C’est dimanche 1er juillet qu’entre en vigueur l’abaissement à 80 km/h de la vitesse sur certaines routes départementales. Quelles sont celles qui sont concernées par cette mesure controversée?

On en parle depuis plusieurs mois, mais l’entrée en vigueur de la limitation de vitesse à 80 km/h – au lieu de 90 km/h – sur les routes départementales sera effective dimanche 1er juillet. « Treize mètres, c’est ce qui vient de lui sauver la vie en roulant à 80 km/h » : à cette occasion, un clip est diffusé depuis quelques jours par la Sécurité routière pour promouvoir l’abaissement de la vitesse. Le décret d’application est paru le 15 juin au Journal officiel. Une mesure critiquée par des élus, qui refusent de se mettre en ordre de marche, et des associations.

Quelles routes sont concernées?

A compter du 1er juillet, cette limitation s’appliquera sur les routes secondaires à double sens sans séparateur central (muret, glissière), soit 40% du réseau routier français. Le Premier ministre Edouard Philippe s’est toujours dit « prêt à assumer l’impopularité » de cette disposition qui permettra, selon lui, de sauver 300 à 400 vies par an. Si selon les chiffres officiels, 400.000 à 450.000 kilomètres de voies sont concernées, Auto Plus fait état d’un million de routes impactées.

Selon une étude de la Sécurité routière, un automobiliste gagne 13 mètres en distance de freinage lorsqu’il roule à 80 km/h, contre 90 km/h, sur des routes bidirectionnelles sans séparateur central. Elle relève également que le temps perdu sur un même trajet de 39 km entre un véhicule roulant à 90 km/h et un autre à 80 km/h ne représente qu’une minute et 32 secondes.

Des départements plus ou moins touchés

Le site spécialisé a listé les départements qui seront les plus touchés par cette mesure, en faisant appel au fabricant de GPS et cartographe TomTom. On retrouve la Dordogne (10.971 km), la Manche, l’Aveyron, la Charente-Maritime ou encore l’Ille-et-Vilaine. Parmi les moins impactés : Paris (0 km) et les départements d’Ile-de-France, le Territoire de Belfort (340 km), les Alpes-Maritimes, la Corse du Sud ou encore les Hautes-Alpes.

Tous les panneaux seront-ils changés?

En Loire-Atlantique, 210 panneaux doivent être posés sur les 4.400 km de routes départementales, pouvait-on lire dans la presse régionale. Le ministère de l’Intérieur évalue à 11.000 le nombre de panneaux de signalisation à changer, pour un coût global de 6 à 12 millions d’euros. Ces modifications sont à la charge des collectivités et doivent ensuite être remboursées par l’Etat.

Alors que la mesure est controversée, certains départements pourraient décider de ne pas les remplacer. C’est notamment le cas de la Creuse. La présidente du département, Valérie Simonet (Les Républicains), a indiqué qu’elle laisserait l’opération entièrement à la charge de l’Etat. « En l’absence de concertation, que l’Etat se débrouille », a-t-elle ainsi lancé au micro de France Bleu. Début mars, 27 autres présidents de conseils départementaux, plutôt de centre-droit, ont écrit au Premier ministre pour lui faire part de leur courroux.

Remonté contre la mesure, le département des Hautes-Alpes a pris un arrêté supprimant les zones à 70 km/h existant sur certaines portions de son réseau. « Avec l’abaissement par le gouvernement de la vitesse autorisée à 80 km/h, les limitations à 70 km/h n’ont plus de sens. L’idée, c’est de clarifier le réseau », a expliqué à l’AFP Jean-Marie Bernard, le président (LR) du conseil départemental.

Et s’ils ne le sont pas?

Mais attention, car si les panneaux ne sont changés, les automobilistes ne respectant pas les 80 km/h pourront quand même être sanctionnés. C’est ce qu’expliquait il y a peu au JDD Emmanuel Barbe, le monsieur Sécurité routière du gouvernement, en rappelant une notion essentielle du code de la route : « Nous avons un système de limitation de vitesse par défaut. » En clair, nul conducteur n’est censé ignorer la loi ; les panneaux servent d’aide-mémoire. Les automobilistes ne pourront donc pas arguer d’une absence de signalisation pour contester une amende. Dans un sondage publié en avril, 76% des Français se déclaraient opposés à cet abaissement de la vitesse.

Une expérimentation prévue pour durer deux ans

L’abaissement de 90 à 80 km/h est une expérimentation prévue pour durer deux ans. « On rendra transparent les résultats. Si ça ne marche pas, on ne continuera pas. Si c’est inégal, les départements reprendront la main », avait déclaré Emmanuel Macron lors de son interview sur TF1 à Berd’huis dans l’Orne le 12 avril dernier. « Tout le monde va rester calme, si dans deux ans ça ne marche pas, on arrêtera », avait-il renchéri. Le président de la République avait également indiqué que « durant ces deux années, l’argent qui sera perçu si des contraventions sont données, on le mettra pour les hôpitaux qui soignent les blessés de la route ».

Une « clause de rendez-vous » est fixée au 1er juillet 2020. « Si les résultats ne sont pas à la hauteur de nos espérances, […] le gouvernement prendra ses responsabilités », avait également assuré Edouard Philippe.