Deux hommes portant la kippa ont été agressés et insultés mardi soir, dans le quartier de Prenzlauer Berg, au cœur de la capitale allemande. Cet acte antisémite suscite de vives inquiétudes dans un pays encore hanté par son passé.

La scène est survenue mardi soir, à Berlin. Deux hommes portant une kippa se promenaient non loin de la place Helmholtz, dans une partie très animée du quartier de Prenzlauer Berg, lorsqu’ils ont été victimes d’une agression. Injures antisémites en arabe, coups de ceinture : la scène a été filmée par l’une des victimes et largement diffusée sur les réseaux sociaux. Une enquête est en cours afin d’identifier les trois agresseurs.

«Une honte pour notre pays»

Devant l’émoi général, le gouvernement fédéral a rapidement manifesté sa préoccupation. Ainsi le ministre des Affaires étrangères Heiko Maas a-t-il écrit sur Twitter : «Quand de jeunes hommes sont attaqués chez nous, simplement parce qu’ils portent une kippa, c’est insupportable. Les Juifs ne doivent plus jamais se sentir menacés chez nous.»

«Il est insupportable que des Juifs soient agressés en Allemagne, dans la rue, en plein Berlin. C’est une honte pour notre pays. L’antisémitisme ne doit plus jamais avoir sa place chez nous. Nous devons tout faire afin de protéger la vie des personnes juives en Allemagne», a indiqué sur Twitter la ministre de la Justice, Katarina Barley.

Même condamnation chez le parti libéral, le FDP, qui fait allusion aux soixante-dix ans de la création de l’État d’Israël

L’affaire préoccupe d’autant plus les autorités allemandes que les actes antisémites semblent être en hausse. En 2017, la police en a dénombré 288 à Berlin. C’est deux fois plus qu’en 2013. En septembre dernier, le gouvernement fédéral faisait état de 681 délits d’antisémitisme au premier semestre, soit une hausse de 6% sur un an. Dans 93% des cas, précisait-il, il s’agissait d’un antisémitisme d’extrême droite.

Ajoutons que l’extrême droite, en la personne d’Alice Weidel, présidente du groupe parlementaire AfD au Bundestag, fut prompte à dénoncer l’agression antisémite de mardi soir. Mais c’est vite oublier que le parti compte dans ses rangs des antisémites et des révisionnistes, et qu’il se distingue régulièrement en critiquant le devoir de mémoire en Allemagne. On se souvient de la sortie très remarquée l’an dernier d’un pilier du parti, Björn Höcke, qualifiant le Mémorial de l’Holocauste à Berlin de «mémorial de la honte». En janvier, au Bundestag, lors de la commémoration de la libération d’Auschwitz, un député AfD, Hansjörg Müller, a été le seul à ne pas applaudir le long et émouvant discours d’une survivante du camp d’extermination.

Le gouvernement fédéral vient par ailleurs de nommer son premier commissaire à l’antisémitisme, Felix Klein. Ce dernier s’est récemment exprimé sur une polémique autour de deux rappeurs allemands, Kollegah et Farid Bang. Auteurs d’une chanson où ils se comparaient à des prisonniers d’Auschwitz, ils ont reçu le 12 avril – date qui coïncide avec la commémoration de la journée du souvenir de la Shoah –, le prix Echo du meilleur artiste hip-hop. Devant la polémique, les deux chanteurs ont rejeté tout antisémitisme, Kollegah proposant même des entrées gratuites «à vie» à leurs concerts à leurs fans de confession juive. Felix Klein, lui, a d’ores et déjà expliqué qu’il considère que les deux rappeurs «abusent de la liberté de création».