Choqués par la diffusion d’une partie de l’intervention du patron des Républicains dans leur école, des étudiants, contactés par franceinfo, veulent défendre le cours auquel ils ont assisté.

Ils disent se sentir « trahis », « en colère », « déçus », voire même éprouver « un sentiment de honte ». Certains étudiants de l’EM Lyon n’ont pas de mots assez durs pour qualifier la diffusion dans l’émission « Quotidien », sur TMC, des propos de Laurent Wauquiez tenus dans le cadre d’un cours jeudi et vendredi 17 février.

Au début de son intervention, Laurent Wauquiez avait pourtant prévenu : « Si j’ai la moindre interface qui sort par le moindre élève, là pour le coup, ça se passera très mal. » Mais voilà, dès vendredi soir, l’émission animée par Yann Barthes compile sur près de trois minutes ses punchlines contre Emmanuel Macron, Angela Merkel, Gérald Darmanin ou encore Nicolas Sarkozy.

Des propos qui mettent dans l’embarras le parti Les Républicains, mais également la prestigieuse école lyonnaise. Sans pour autant tous prendre le parti de Laurent Wauquiez, les étudiants contactés par franceinfo défendent la liberté de ton de ce cours.

Une lettre de motivation pour assister au cours

Jean, Paul et Anatole l’assurent : ils ne sont encartés dans aucun parti, mais sont passionnés de politique et ont donc sauté sur l’occasion. « Des amis qui avaient eu le cours mi-décembre me l’avaient conseillé en me disant qu’il était incroyable », raconte Jean, 22 ans, en dernière année à l’EM Lyon. Laurent*, qui a assisté à ce premier séminaire, se souvient « d’un échange extrêmement libre » et « d’une ambiance très apaisée ».

Pour y assister, les élèves de l’EM Lyon ont d’abord dû prouver leur motivation. « Il a fallu faire une petite lettre pour expliquer en quoi ce cours nous intéressait, car il y avait beaucoup de demandes », explique Paul, 23 ans, lui aussi en dernière année. Trente-cinq étudiants sont finalement sélectionnés.

La thématique de ce cours est pour le moins vaste : il s’agit d’évoquer les grands enjeux contemporains. « L’essentiel du cours, 10 heures sur 12, il [Laurent Wauquiez] a fait des explications philosophiques, littéraires et artistiques des grands schémas de pensée qui structurent la France », assure Jean.

On a eu quelqu’un qui se livrait, qui parlait sur le ton de la confession et qui ne faisait pas de com’.

Jean, étudiant à l’EM Lyon à franceinfo

Un cas pratique inspiré par l’affaire Fillon

Laurent Wauquiez organise également des cas pratiques sur lesquels les étudiants planchent.

Mon groupe travaillait sur le sujet de la politique migratoire. On devait en dix minutes chercher des infos sur internet et montrer que l’on maîtrisait le sujet.

Paul, étudiant à l’EM Lyon à franceinfo

« On a fait un parallèle entre les promesses de Macron candidat et son programme sur la politique migratoire qu’il a présenté pendant ses vœux pour montrer qu’il y avait une différence », poursuit Paul. En retour, le patron des Républicains délivre des conseils sur la forme. « Il voulait nous former à prendre la parole en public. Il m’a dit que j’avais de bonnes idées, mais que je devais plus m’affirmer », se souvient Paul.

Laurent Wauquiez nous a dit : ‘vous êtes dans l’équipe Fillon et vous venez d’apprendre qu’il est mis en examen, vous faites quoi ?

Anatole, étudiant à l’EM Lyon à franceinfo

L’affaire Fillon offre un autre cas pratique. « On a dû écrire un communiqué de presse et il nous a dit : ‘attention, il ne faut pas dire ce genre de mot sinon les journalistes vont vous reprendre' », explique Anatole, 24 ans. Quel était le mot à bannir ? L’étudiant assure ne pas s’en souvenir. Le cas de l’ancien candidat à l’Élysée avait déjà été étudié mi-décembre.

Sur l’affaire Fillon, il a concédé un certain nombre d’erreurs, mais sans en dire plus.

Laurent*, étudiant à l’EM Lyon à franceinfo

Une séance de questions-réponses musclée

Tous l’assurent : les quelques minutes diffusées par « Quotidien » ne reflètent pas l’intégralité du cours. Les étudiants affirment avoir poussé Laurent Wauquiez dans ses retranchements. « On posait énormément de questions, on l’interrompait au milieu de ses phrases (…) on utilisait des mots plus virulents que les siens », assure Jean qui veut « rétablir la vérité » sans « défendre Monsieur Wauquiez ». « On sait qu’il va essayer de nous vendre son point de vue, mais nous on entre dans le jeu et on le challenge », rebondit Anatole. D’ailleurs, dès le début du cours, le chef de file des Républicains a prévenu :

En arrivant, il nous a dit qu’il avait des convictions et qu’il n’allait pas les ranger au placard.

Paul, étudiant à l’EM Lyon à franceinfo

Les questions sur l’actualité fusent. « Gérald Darmanin va-t-il tenir ? »« N’êtes-vous pas jaloux de M. Macron ? »« Cette question, c’est moi qui lui ai posé », indique Paul. Réponse de l’intéressé, reprise par « Quotidien » : « Le président actuel, Macron, lui pour faire cool, il fait comme moi ! Il se met en chemise. Bras de chemise. Jamais un président de la République ne s’était mis en bras de chemise. »

« Ça va nous priver d’un cours passionnant »

Quand ces propos fuitent, Anatole dit avoir d’abord « ressenti de la colère puis un sentiment de honte d’avoir rompu ce pacte de confiance entre lui et nous ». Dans l’esprit de plusieurs étudiants germe l’idée d’une tribune. Elle est finalement diffusée samedi, sans aucune signature nominative. « On voulait que ce soit anonyme, car on est tous de sensibilités politiques différentes, mais on l’a tous signé », assure Jean. Impossible à vérifier.

Les participants au séminaire n’attendent maintenant qu’une chose : savoir si la deuxième partie du cours, prévue les 16 et 17 mars, aura bien lieu. Cela semble pour le moment mal parti. Et Paul est déçu d’avance : « C’est égoïste d’avoir enregistré un prof à son insu, car ça va possiblement nous priver d’un cours qui est passionnant. »

* Le prénom a été modifié à la demande de l’intéressé.