La cour d’assises de Créteil juge depuis mardi cinq hommes accusés d’avoir violemment agressé un couple en 2014. Le caractère antisémite de l’agression a été retenu. Mais les deux principaux accusés nient tout racisme, et accusent un troisième homme, en fuite.

« Je ne suis pas raciste, je suis tout sauf ça. Je ne suis pas raciste du tout. » Mercredi, devant la cour d’assises de Créteil, Abdou Salam K. insiste. Certes, il reconnaît avoir violemment agressé Jonathan et Laurine, à Créteil, le 1er décembre 2014. Mais le jeune homme assure qu’il n’y avait pas de motivation antisémite à son geste. Dans un premier temps, la juge d’instruction n’avait pas retenu le caractère antisémite de l’agression, mais la qualification avait finalement été conservée, après l’appel du parquet.

A l’époque des faits, l’émotion avait été vive, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, avait fait de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme une « cause nationale ». Au total, cinq hommes sont accusés dans cette affaire, âgés de 21 à 26 ans et originaire de Créteil et de Bonneuil, dans le Val-de-Marne. Trois ont participé à l’agression, les deux autres sont accusés de complicités. Mais l’un d’entre eux manque à l’appel : il a pris la fuite vers l’Algérie quelques jours après la violente agression. Or, selon les deux autres accusés qui s’en sont pris au couple, Abdou Salam K. et Ladje H., c’est lui, Houssame H., qui a tenu des propos antisémites pendant l’agression.

L’un des suspects est en fuite depuis 2014

Ce 1er décembre 2014, Laurine, 19 ans, qui vit avec Jonathan chez les parents de ce dernier, ouvre la porte pensant reconnaître un cousin de son compagnon. Il s’agit en fait de Yacin, choisi « parce qu’il ressemble à un juif », explique l’un des co-accusés. Lui conteste les faits et ne fera pas partie du « commando » qui entre dans l’appartement. Les trois hommes – Abdou Salam K. et Ladje H et Houssame H. – sont cagoulés, gantés et munis d’une arme de poing et d’un fusil scié. Ils ligotent le couple sur le canapé du salon.

Ils fouillent l’appartement, à la recherche d’argent. Quand Jonathan leur dit qu’il n’y en a pas, l’un des agresseurs, identifié comme Houssame H., répond : « Les Juifs, ça ne met pas d’argent à la banque ». « Les Juifs, vous êtes là, vous tuez nos petits frères », aurait-il encore dit.

A l’audience mercredi, le président de la cour d’assises a fait défiler des photos issues du compte Facebook du jeune homme, datant de 2015 : Houssame sur un jet-ski, Houssame pouce levé devant la mer… Son père le décrit comme « peu intelligent », « armé de rien du tout ». Il est aujourd’hui visé par un mandat d’arrêt international. Selon ses deux co-accusés, dans l’appartement, il est le plus violent. Outre les propos antisémites, il s’amuse à faire tomber des couteaux sur le dos de Jonathan, ligoté au sol.

Abdou Salam K., 26 ans, fils d’un diplomate sénégalais

Abdou Salam K., 26 ans, lui, veut pour preuve de sa bonne foi que la mère de son enfant, né six mois avant l’agression, est juive. « Un ami à elle a voulu me tester, il a dit qu’il emmènerait mon fils chez le rabbin », raconte celui qui se décrit comme musulman pratiquant. « Ça ne me dérangerait pas » mais « c’est le petit qui doit choisir sa religion ».

De Ladje, avec qui il n’échange aucun regard dans le box, Abdou Salam K. dit : « Je pensais que c’était un ami mais je me suis trompé. » Fils d’un diplomate sénégalais, arrivé en France à ses 18 ans, le jeune homme assure qu’il s’est « laissé entraîner ».

Ladje H., 21 ans, accusé de viol

L’autre suspect, Ladje H., 21 ans, est accusé d’avoir violé la jeune femme. Selon l’enquête, c’est Houssame H. qui aurait suggéré l’agression sexuelle de Laurine, qui a été isolée dans l’une des chambres. L’homme lui impose une pénétration digitale à deux reprises. Lui conteste les faits « à 1.000% ».

En 2015, il avait été découvert in extremis, pendu au grillage de sa cellule, à 30 centimètres du sol. « Je m’étais fait tabasser, c’était trop dur, le bruit que ça a fait cette histoire », explique-t-il, le regard baissé. « Je suis accusé de viol alors que c’est pas moi », insiste-t-il encore. Depuis, dit-il, il ne sort plus de sa cellule, sauf pour les parloirs avec ses proches. A la barre, il s’est excusé auprès de Jonathan pour le vol à main armée.

Issu d’une famille malienne polygame – il a 17 frères et sœurs -, le jeune homme raconte son parcours. A l’âge de 12 ans, il est envoyé pendant deux ans en école coranique au Mali pour apprendre « à être droit ». A son retour, sa mère le laisse dormir sur le palier quand il rentre après le couvre-feu. Sa petite-amie actuelle le décrit comme « calme et attentif ». La précédente, de confession juive elle aussi, le décrit comme « adorable ».

Lui aussi assure qu’il n’est « pas raciste », même s’il dit juste après que la directrice de bâtiment de sa prison, « d’origine juive », « s’acharne » contre lui. Et quand l’avocate de la Licra, partie civile dans ce dossier, l’interroge sur les raisons de ce sentiment, le jeune homme répond : « Des autres détenus qui sont là depuis longtemps me l’ont dit. Je l’ai vu dans son regard, maintenant je reconnais. » Le conseil semble atterré.

L’une des victimes n’a « aucun doute » sur le caractère antisémite de l’agression

Jonathan, lui, dit n’avoir « aucun doute » sur les motivations antisémites de ses agresseurs. « Ils s’en sont pris à la seule famille juive de l’immeuble, en tout cas, la seule identifiable comme telle avec la mezouzah (un objet de culte juif) sur la porte », avait-il raconté au Parisien avant l’ouverture du procès. L’un des deux complices avait en effet confié lors de l’une de ses déclarations l’intérêt de repérer les mezouzah  sur les portes du quartier.

« Quatre ans après, c’est encore très douloureux. C’est votre vie qui est détruite », a encore confié le jeune homme, aujourd’hui séparé de Laurine et chauffeur de VTC. Les deux victimes doivent s’exprimer vendredi, un huis clos partiel a été demandé par leurs avocats. Le verdict est attendu le 6 juillet. Les trois accusés encourent jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle.