Après l’arrivée à la tête de Nissan d’un directeur général pro-Alliance, Jean-Dominique Senard pourrait remplacer Thierry Bolloré chez Renault, selon Le Figaro. Pourquoi retirer sa confiance au DG qu’il avait encensé en juin dernier ?
Sacrifier Hiroto Saikawa – directeur général de Nissan forcé brutalement à la démission à la mi-septembre – et en même temps Thierry Bolloré, son homologue de Renault (actionnaire de Challenges) ? L’idée était dans l’air à Bercy comme côté japonais depuis le printemps dernier, pour panser les blessures de l’Alliance franco-japonaise. Mais, cette fois, les événements semblent s’accélérer. Le remplacement de Thierry Bolloré « pourrait, avec l’aval de l’Etat actionnaire, être mis à l’ordre du jour du prochain conseil d’administration »  de Renault le 18 octobre, affirme ce mercredi matin Le Figaro. Une façon de renouveler complètement la direction de Renault, après la nomination mardi de Makoto Uchida comme nouveau directeur général chez… Nissan – dont Renault détient 43,4% du capital – , lequel sera intronisé le 1er janvier prochain. But : parachever le départ des derniers témoins de

Après l’arrivée à la tête de Nissan d’un directeur général pro-Alliance, Jean-Dominique Senard pourrait remplacer Thierry Bolloré chez Renault, selon Le Figaro. Pourquoi retirer sa confiance au DG qu’il avait encensé en juin dernier ?

l’ère Ghosn pour tourner résolument la page. Thierry Bolloré avait été en effet nommé directeur général adjoint en février 2018 par l’ex-PDG Carlos Ghosn lui-même.

En juin dernier, Jean-Dominique Senard écartait l’hypothèse, agacé des pressions pour faire partir son directeur général. « C’est moi qui préside Renault et qui décide qui est le DG. Plus on me forcera à me séparer de Thierry Bolloré, moins je serai enclin à le faire », précisait-il à Challenges. Mais, l’été est passé. Et Hiroto Saikawa a dû partir plus tôt que prévu, éclaboussé par une affaire de prime indûment perçue. L’arrivée à la tête opérationnelle de Nissan d’un homme fort apprécié à Paris, « Renault-compatible » et résolument pro-Alliance, peut permettre de faire repartir l’Alliance sur des bases plus saines et constructives. Alors que l’on pouvait penser que Jean-Dominique Senard laisserait Thierry Bolloré se concentrer sur le « transformation » de Renault, il semble finalement faire un autre choix. Comment l’expliquer ?

Des relations parfois tendues

Même si le président de la firme au losange affirmait fin juin que Thierry Bolloré fait « un excellent travail pour Renault qui a présenté des résultats remarquables », les relations entre les deux hommes ont parfois été « délicates », selon un proche de la direction. Et Jean-Dominique Senard écoute « certaines plaintes remontant des équipes d’ingénierie », indique une source interne. Visiblement, certains responsables du Technocentre reprochent au directeur général de ne pas être l’un des leurs et donc de ne pas les comprendre – Thierry Bolloré a un MBA de Paris-Dauphine ! Un non ingénieur à ce poste n’est pas dans la tradition maison.  Du coup, les langues se délient, déplorant « une désorganisation de l’ingénierie »,  une « fuite des talents », un « recours excessif aux consultants du Boston Consulting Group ».

Malgré le renouvellement d’une partie du comité exécutif de Renault au 1er avril 2019, avec trois départs – dont celui de Mouna Sepehri, la puissante femme de confiance de Ghosn -, Renault avait globalement conservé les mêmes personnes pour gérer l’opérationnel, la plupart étant des anciens de la période Ghosn. Ce qui n’est pas sans poser un problème d’autorité. « Les décisions  de Jean-Dominique Senard) sont souvent rediscutées derrière son dos, reconnaît un fin connaisseur de l’entreprise. Les tensions sont parfois exacerbées et beaucoup n’aident pas Senard ». Il en est conscient.

Senard a failli quitter Renault

Jean-Dominique Senard avait lui-même failli quitter Renault avant les congés d’été. Suite à ses démêlées avec l’Etat actionnaire – qui possède 15% de Renault – à propos du projet de fusion entre Renault et Fiat Chrysler Automobiles. Bruno Le Maire avait même cherché, avant l’assemblée générale de Renault du 12 juin dernier, un remplaçant de Jean-Dominique Senard  à l’extérieur de l’entreprise, selon nos informations. Il avait même proposé pour cela un poste de PDG aux pouvoirs élargis par rapport à ceux dont dispose actuellement le président de Renault. Mais le candidat pressenti n’avait pas accepté, malgré les pressions ! Et, le 13 Juin, lors d’une rencontre, Bruno Le Maire et Jean-Dominique Senard avaient du coup affiché, contraints et forcés, une réconciliation… de façade.

Celui qui avait été nommé président de Renault dans l’urgence en janvier 2019 est désormais résolu à asseoir son pouvoir. Bercy lui avait donné comme feuille de route : renouer les liens avec Nissan et réformer la gouvernance de Renault. Remplacer Thierry Bolloré comporte toutefois un risque : celui d’une déstabilisation interne du constructeur de Boulogne-Billancourt, déjà passablement échaudé depuis l’arrestation de Carlos Ghosn en novembre 2018 au Japon. Son successeur, si le départ de Thierry Bolloré se confirme, devra être quelqu’un du sérail, qui connaisse bien l’automobile. Et, vu le symbole que représente encore Renault en France, il est difficile a priori d’imaginer un non Français.