En un temps record, les policiers ont interpellé un Algérien de 24 ans, ancien étudiant en informatique. Le mobile du suspect reste énigmatique. Ses parents et son frère sont aussi en garde à vue. 

Moins de 72 heures d’une enquête éclair auront suffi à identifier et capturer en douceur, lundi matin, le principal suspect de l’attaque au colis piégé qui a fait treize blessés, dont une fillette de 10 ans, vendredi au cœur de Lyon. Né en Algérie en 1995, ce dernier a été interpellé par une dizaine d’hommes de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) à 9h55, alors qu’il descendait d’un bus sur le boulevard Yves-Farge, dans le VIIe arrondissement de la cité des Gaules. Les policiers, qui étaient sur sa trace depuis dimanche soir, ne souhaitaient pas le surprendre à son domicile, où pouvait se trouver du TATP, l’explosif qui a servi à confectionner la bombe. Sans la moindre résistance, le jeune homme a levé les bras avant d’être emmené pour être en placé en garde à vue pour une durée théorique de 96 heures.

Craignant depuis vendredi de voir un «artificier» repasser à l’action, les policiers de la PJ de Lyon, de la sous-direction antiterroriste et de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) sont lancés dans un véritable contre-la-montre. «Ils ont commis un travail d’investigation fulgurant et exemplaire», siffle un haut responsable du ministère de l’Intérieur, précisant que ce n’est pas un «renseignement» qui a permis de «loger» le fugitif. L’ADN, prélevé à partir de trois supports différents, a établi qu’il correspond à un seul et même inconnu. Et que ce dernier n’apparaît dans aucun fichier.

Impressionnant travail de vidéosurveillance

En fait, la piste de ce fantomatique suspect, qui a passé une licence d’informatique à Oran avant d’arriver l’an dernier en France, a pu être d’abord remontée grâce à un impressionnant travail mené sur la vidéosurveillance. Partant des images de l’explosion à 17 h 40 à l’angle de la rue Victor-Hugo, les policiers ont rembobiné avec minutie, séquence par séquence, le film du parcours du suspect et dont la diffusion publique a donné lieu à près de 300 appels. «Son parcours a ainsi pu être retracé jusqu’à un secteur bien défini, précise une source informée. À partir de là, les enquêteurs ont croisé ce lieu avec tous les éléments matériels exploitables.»

Géolocalisé, le suspect aurait notamment attiré les soupçons par l’achat de piles LR6, identiques à celles entrant dans la confection du colis piégé. Dès dimanche soir, l’«ingénieur» était dans le viseur. Présenté comme un «étudiant dans une école d’informatique», il a été admis en 2017 à l’Épitech mais n’a jamais fréquenté cet établissement qui avait dû le désinscrire en raison d’un défaut de visa.

Au dernier stade de l’enquête, ses motivations demeurent énigmatiques. «Le mode opératoire, notamment avec l’usage du TATP, des vis et des billes de métal semblerait pencher vers la piste du terrorisme islamiste mais la prudence est de mise sur le mobile», confie un policier qui ajoute: «On apprend juste à connaître ce suspect, peu bavard». Pour l’heure, toujours aucune revendication n’a été enregistrée.

Motivations floues

Après l’intervention préventive du Raid et des démineurs, les policiers ont mené lundi après-midi la perquisition du domicile parental dans la résidence Les Ifs, à Oullins, en proche banlieue de Lyon. Alors que des véhicules de patrouille verrouillaient les accès et qu’un drone survolait le secteur, les policiers ont mené les fouilles en présence du mystérieux témoin «numéro 1», qui habitait encore chez ses parents. Son frère cadet, scolarisé au prestigieux lycée Ampère de Lyon, sa mère ainsi que son père ont aussi été placés en garde à vue. La sœur du suspect était quant à elle entendue en audition libre.

Une des questions est de savoir qui a inspiré ce qui ressemble à un attentat et d’où vient le TATP (tripéroxyde de triacétone), utilisé en faible quantité. Artisanal et très instable, cet explosif était apparu dans les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis. Un fait semble acquis: le profil de l’informaticien, présenté comme «bon techniquement», pourrait expliquer la sophistication du système de mise à feu doté, comme l’a révélé le procureur Rémy Heitz, d’un circuit imprimé et d’un dispositif de déclenchement à distance.