Le nord de l’archipel est frappé par le super typhon Mangkhut, le plus violent de l’année, dont les vents pourraient dépasser les 250 kilomètres. Près de 4 millions de personnes se trouvent sur son passage.

Vu leur fréquence aux Philippines, les typhons ne font pas toujours l’actualité. Rien que cette année, l’archipel de 100 millions d’habitants en a déjà affronté une vingtaine. Mais Mangkhut – dénommé Ompong localement – qui a commencé à frapper le nord-est de Luçon, est le plus violent de tous depuis janvier. Les autorités ont prévu des vents à 205 kilomètres par heure et des rafales pouvant atteindre 255 km/h, et s’attendent à des vagues de six mètres de hauteur sur les côtes de la province de Cagayan. Au moins 4,3 millions de personnes vivent sur la trajectoire de Mangkhut-Ompong qui poursuivra sa route vers la Chine et Hongkong dimanche.

«Les pluies sont déjà diluviennes. Il pleut tellement que la visibilité est réduite à zéro, racontait via chat, quelques heures avant l’arrivée du typhon, Jerome Lanit, coordinateur d’urgence pour Care Philippines. Les rues sont désertes et sinistres. Il n’y a plus d’électricité et les vents hurlent. La tempête est de plus en plus violente.» Il était réfugié au troisième étage d’un hôtel dans la ville de Tuguegarao dans la province de Cagayan qui se trouve sur la trajectoire de Mangkhut. Il redoutait alors la force des vents : «Ils ont cassé et fait éclater de nombreuses fenêtres à Tacloban en novembre 2013.Si ça m’arrive à nouveau, je me réfugierai dans les toilettes.»

Plus de 7 300 morts en 2013

Cette année-là, l’île de Leyte dans le centre des Philippines, avait été frappée par des murs d’eau, comparables à un tsunami, et des rafales de près de 305 kilomètres/heure. Haiyan, l’un des typhons les plus violents à avoir jamais touché terre, avait fait plus de 7 350 morts en disparus en l’espace de quelques heures et plus de quatre millions de sans-abri. «A Tacloban, les habitants et les autorités étaient convaincus que les eaux n’envahiraient pas la ville. Mais c’est pourtant ce qui s’est passé, se souvient Jerome Lanit qui travaillait pour Care à Tacloban en 2013. A Tuguegarao, nous ne sommes pas en bord de mer, mais nous pourrions être submergés par les flots à cause des rivières Pinacanauan et Cagayan.»

Cette fois, les autorités ont assuré être préparées «à 100%». Vendredi, 350 000 packs alimentaires familiaux étaient stockés dans les entrepôts du département de la protection sociale, 1 742 centres d’évacuation étaient opérationnels. Le Conseil national de réduction et de gestion des risques de catastrophe a évalué à plus de 800 000 le nombre de personnes qui devaient être déplacées. «Des milliers vivant près de la mer ou des zones basses ont été évacués, parfois par la force», poursuit Jerome Lanit.

Besoin d’abris

A Manille, Reiza Dejito, la directrice de Handicap International, préfère comparer Mangkhut-Ompong au typhon Haima qui avait balayé le nord de Luçon en octobre 2016 avec des vents de 250 km/h. Mais elle redoute les prochaines heures. «Sur les 4,3 millions d’habitants concernés par le super typhon, plus de 824 000 vivent sous le seuil de pauvreté et plus de 47 000 maisons ont des maisons avec des murs et des toits fragiles. On aura besoin d’abris dans les prochaines heures.»

Reiza Dejito s’inquiète également pour «tous ceux qui vivent dans des zones reculées et montagneuses. L’aide n’arrivera pas vite dans ces endroits où pourraient vivre autour de 250 000 personnes». Jerome Lanit de Care surenchérit : «Les villages près de la mer vont affronter de très grosses vagues.»

Urgentistes et humanitaires se préparent à vite intervenir pour «traiter des maladies liées à la contamination de l’eau, des blessures causées par les débris et les infections respiratoires», reprend Reiza Dejito de Handicap International. «Mais les plus gros dégâts pourraient bien concerner les récoltes agricoles (Cagayan et Isabela font partie des greniers à riz et à maïs du pays) avec des conséquences pour l’approvisionnement et l’alimentation.»