Alors que les Jeux Olympiques d’hiver de Pékin débutent le 4 février prochain, la tension monte de plus en plus pour les organisateurs qui doivent répondre à de nombreuses zones d’ombres.

La crainte du covid-19

Le 4 février prochain, Pékin accueillera pour la deuxième fois de son histoire les Jeux Olympiques. Après ceux d’été en 2008, ce sont désormais ceux d’hiver qui doivent débuter, dans un climat particulièrement tendu. D’abord, le covid-19 force d’ores et déjà les organisateurs à prendre des mesures très strictes , dans un pays où des villes entières sont confinées dès l’apparition de nouveaux cas. Officiellement, la Chine ne compte que 105 000 cas et un peu plus de 4000 morts depuis le début de la pandémie. Afin de ne pas provoquer de nouvelle vague, il avait déjà été annoncé voilà plusieurs semaines que les spectateurs étrangers ne pourraient pas se rendre sur place. Les autorités ont décidé d’aller encore plus loin en annulant la vente de tous les billets pour le public, annonçant en échange la distribution d’invitations à des spectateurs sélectionnés. Face à la menace du variant omicron, la chaîne NBC, diffuseur historique des Jeux aux Etats-Unis, a annoncé qu’elle n’enverrait aucun commentateur sur place. Ces derniers travailleront depuis les studios de Stamford, dans le Connecticut. «Nous aurons toujours une présence importante sur le terrain à Pékin et notre couverture de tout sera de premier ordre, comme d’habitude, mais nos plans évoluent de jour en jour, comme c’est le cas pour la plupart des entreprises de médias couvrant les Jeux Olympiques», a précisé NBC.

Le boycott diplomatique de plusieurs pays

Et le covid-19 n’est pas le seul élément source de fortes tensions à l’approche des Jeux Olympiques. La question politique est plus que jamais d’actualité. Plusieurs pays, dont les Etats-Unis, ont prévenu qu’ils boycotteraient diplomatiquement la compétition , c’est-à-dire qu’aucun représentant politique officiel ne sera envoyé. Le Japon lui aussi a pris cette décision, tout comme le Royaume-Uni, l’Australie et le Canada, le Danemark ou encore les Pays-Bas (qui avancent eux le covid-19 pour expliquer cette absence). Alors que la France espérait prendre une décision commune avec l’Union Européenne, aucun accord n’a été trouvé et elle n’a pour sa part pas annoncé pour l’instant de boycott. Ces absences politiques visent à dénoncer les droits humains en Chine, notamment à propos de la délicate question des Ouïghours. Mercredi, Amnesty International a annoncé que le 26 janvier serait une «Journée mondiale d’action pour rappeler que les droits humains ne sont pas un jeu». «Le 4 février 2022, l’allumage de la vasque olympique marquera le lancement des Jeux Olympiques d’Hiver de Pékin. A cette occasion, Amnesty International France se mobilise pour dénoncer les violations aux droits humains orchestrées par le gouvernement chinois, particulièrement contre les Ouïghours et autres minorités de la région autonome du Xinjiang. La Chine ne devrait pas être autorisée à utiliser les Jeux olympiques pour blanchir son bilan en matière de droits humains», est-il écrit dans un communiqué. L’association rappelle également les «discriminations, atteintes aux libertés de religion ou d’expression, surveillance de la population» subies par le peuple chinois. L’Assemblée nationale a adopté jeudi une résolution dénonçant le «génocide» des Ouïghours par la Chine, et demandant au gouvernement français d’en faire de même.

Les risques de sécurité et de surveillance

La surveillance de masse et la censure sont d’ailleurs eux aussi au cœur des débats. L’application officielle des Jeux Olympiques d’hiver de Pékin que tous les participants doivent utiliser contiendrait selon des analystes de grandes failles de sécurité qui exposent les utilisateurs à des violations de données, rapporte la BBC . Selon le rapport de Citizen Lab, une liste de «mots clés de censure» a été intégrée à l’application, tout comme une fonctionnalité permettant aux utilisateurs de signaler les expressions «politiquement sensibles». Dans cette liste figureraient les noms de dirigeants chinois et d’agences gouvernementales, ainsi que des références au meurtre en 1989 de manifestants pro-démocratie sur la place Tiananmen et au groupe religieux Falun Gong, qui est interdit en Chine. Les analystes ont noté que ces fonctionnalités et failles de sécurité ne sont pas rares pour les applications en Chine, mais présentent néanmoins un risque pour les utilisateurs. Ils ont ajouté que la liste de «mots illégaux» semblait actuellement inactive. Tous les visiteurs se rendant en Chine pour les Jeux doivent télécharger cette application 14 jours avant leur départ pour la Chine et l’utiliser pour enregistrer quotidiennement leur statut lié au covid-19. La société de cybersécurité Internet 2.0 a également mis en garde contre les risques de sécurité potentiels pendant les Jeux Olympiques. Dans un rapport vu par la BBC, elle a souligné la nécessité d’utiliser des téléphones prépayés et a rappelé aux gens de ne plus se servir de ces appareils après avoir quitté la Chine. Selon «The Independant », cet avertissement aurait été envoyé aux athlètes de l’équipe américaine dès septembre et à nouveau en décembre dernier. L’Australie, la Belgique, les Pays-Bas et le Canada font de leur côté partie des pays qui conseillent aux athlètes de garder leurs appareils hors des réseaux Wi-Fi et d’utiliser des téléphones prépayés si possible.

Des entreprises chinoises spécialisées dans la collecte de données, la surveillance et l’intelligence artificielle font partie des sponsors et fournisseurs officiels des Jeux olympiques d’hiver. Washington et ses alliés ont dans le passé accusé certaines des sociétés fournissant des réseaux et de la gestion des données, notamment Huawei Technologies Co. et Iflytek Co., d’être potentiellement utilisées pour l’espionnage ou la surveillance des minorités au Xinjiang. Huawei et ses pairs nient ces allégations, mais les consultants en cybersécurité préviennent que ces systèmes soumettront les athlètes au même type de surveillance, de suivi des mouvements et de contrôle auxquels la plupart des citoyens chinois font face. Des craintes que la Chine de son côté souhaite balayer. Elle a annoncé que les athlètes pourront bénéficier d’un accès Internet partiellement illimité pendant les Jeux Olympiques à partir du 4 février, supprimant le grand pare-feu qui bloque des services comme Facebook et YouTube sur les sites officiels et les hôtels. Concernant l’application officielle des Jeux, le média d’État chinois «Global Times» a rejeté les inquiétudes, affirmant que «toutes les informations personnelles seront cryptées pour garantir la confidentialité». Cité par ZDnet , le Comité international olympique a défendu l’application et minimisé la gravité des problèmes découverts par Citizen Lab. Un porte-parole a justifié les failles de sécurité de l’application en disant qu’en raison de la pandémie de COVID-19, des «mesures spéciales» devaient être mises en place pour «protéger les participants aux Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de Pékin 2022 et le peuple chinois». «L’utilisateur contrôle ce à quoi l’application My2022 peut accéder sur son appareil. Il peut déjà modifier les paramètres lors de l’installation de l’application ou à tout moment par la suite. Il n’est pas obligatoire d’installer My2022 sur les téléphones portables, car le personnel accrédité peut se connecter au système de surveillance de santé sur la page Web à la place», a ajouté le CIO. «Le CIO a mené des évaluations tierces indépendantes sur l’application de deux organisations de test de cybersécurité. Ces rapports ont confirmé qu’il n’y a pas de vulnérabilités critiques».

Les critiques contre le CIO

Le CIO, très critiqué pour son attribution des Jeux à Pékin s’évertue régulièrement à répondre aux doutes et aux critiques. Jeudi, alors que les Etats-Unis craignaient que les tenues officielles des Jeux aient été fabriquées dans la région du Xinjiang, accusée d’accueillir le travail forcé des Ouïghours, le CIO a affirmé avoir mené une vérification préalable et n’avoir «trouvé aucun travail forcé, asservi, ou du travail d’enfant». Mais les communiqués du CIO ne parviennent pas toujours à convaincre. Il y a quelques semaines, le comité avait été accusé de soutenir la Chine dans l’affaire Peng Shuai , cette joueuse de tennis disparue après avoir accusé un haut représentant chinois de viol et réapparue ensuite uniquement sur les canaux officiels chinois. Alors que la WTA, qui gère le tennis féminin mondial réclamait de s’entretenir personnellement avec elle, le CIO avait affirmé l’avoir contactée et déclaré que la jeune femme souhaitait que sa «vie privée soit respectée». Le CIO avait annoncé vouloir suivre une «approche humaine» et négocier avec Pékin. «Le CIO a accepté les garanties selon lesquelles Peng Shuai allait bien, sans vérifier si elle était soumise à des restrictions dans sa liberté d’expression, sa liberté de mouvement et son droit au respect de la vie privée, courant ainsi le risque d’occulter d’éventuelles violations de ses droits humains», a dénoncé la semaine dernière Amnesty International. Alkan Akad, spécialiste de la Chine pour l’association, ajoute : «Face aux sévères restrictions mises en place pour les Jeux de Pékin 2022, le CIO doit en faire davantage pour tenir sa promesse de protéger le droit des athlètes d’exprimer leurs opinions, et par-dessus tout pour ne pas se rendre complice de violations des droits des athlètes».