Après avoir reconnu en février deux meurtres jamais élucidés, Michel Fourniret a laissé entendre qu’il pourrait être impliqué dans la disparition en 2003 de la fillette de 9 ans. Si pour les avocats d’Eric Mouzin, il s’agit d’«aveux en creux», pour d’autres, il faut rester prudent face à ses déclarations.

S’agit-il «d’aveux en creux» ou d’une énième provocation de sa part? Jeudi, Le Parisien nous apprenait que Michel Fourniret ne «niait pas être impliqué dans la disparition» d’Estelle Mouzin, fillette de 9 ans qui n’a plus donné signe de vie depuis le 9 janvier 2003. Venant d’un homme adepte des coups d’éclat et des formules énigmatiques, ces nouvelles déclarations ont été accueillies avec réserve. À commencer par la procureure de Meaux (Seine-et-Marne) où l’affaire est instruite. Il convient «d’observer la plus grande prudence sur la terminologie ‘d’aveu’ utilisée pour caractériser les propos tenus par Michel Fourniret», a mis en garde Dominique Laurens.

«C’est du Fourniret dans le texte, il faut prendre ce genre de phrases avec des pincettes», abonde une source proche du dossier, qui reconnaît bien le style du tueur en série. «Il ne dit jamais les choses comme elles sont et parle par périphrases. Il aime bien le suspens qu’il alimente et peut-être trouve-t-il qu’on n’a pas assez parlé de lui ces derniers temps?», s’interroge auprès du Figaro cette source qui préfère garder l’anonymat.

«L’un des tueurs en série les plus pervers»

Le psychiatre Daniel Zagury qui a expertisé le tueur en série au milieu des années 2000 se montre tout aussi prudent face à ce genre de déclarations. «Michel Fourniret est probablement un des tueurs en série les plus pervers et organisés. Contrairement aux autres (criminels de sa catégorie), il n’a pas peur des médias et n’hésite pas à se mettre en scène pour donner de l’écho à son ego. Face à la souffrance légitime d’une famille, on a un homme de 75 ans qui joue pour se gonfler d’importance et faire un dernier tour de piste», analyse le médecin, qui vient de publier La Barbarie des hommes ordinaires*. «Il ne faut pas que les médias réverbèrent ce jeu atroce. Il ne demande que ça».

L’ombre de Michel Fourniret a longtemps plané sur le dossier d’Estelle Mouzin. Selon Me Corinne Herrmann, une des avocats de la famille Mouzin, «l’ogre des Ardennes» a livré ces «aveux en creux» devant une juge d’instruction parisienne vendredi dernier, chargée d’élucider le meurtre de deux jeunes femmes disparues dans les années 90 dans l’Yonne, Joanna Parrish et Marie-Angèle Domece. Condamné à la perpétuité en 2008 pour sept meurtres, le tueur en série avait reconnu, en février dernier, devant cette même magistrate, avoir tué les deux jeunes femmes.

Déjà une lettre énigmatique en 2007

Lors d’une nouvelle audition début mars, Michel Fourniret a été interrogé sur une lettre de 2007 dans laquelle il demandait à être entendu sur trois dossiers – ceux des deux jeunes femmes et celui d’Estelle Mouzin. Dans cette missive adressée au président de la chambre de l’instruction de Reims, le prévenu avait demandé que ces dossiers soient joints aux affaires de meurtres pour lesquelles il était renvoyé devant la cour d’assises des Ardennes et disait devoir «des explications» aux familles des trois jeunes filles.

Certains y avaient vu un moyen pour Fourniret de retarder la tenue de son procès. Même le père d’Estelle Mouzin n’y avait pas cru: «Fourniret se cherche des distractions en prison. Cela doit rompre la monotonie», avait-il déclaré. D’autres, au contraire, avaient estimé qu’il s’agissait d’une forme d’aveux. À l’époque, le juge avait rejeté sa requête. Fin 2007, les policiers l’avaient tout de même entendu en prison mais l’intéressé avait finalement nié toute implication. «Avec lui, il faut se méfier de tout», glissait une source proche du dossier dans France Soir en 2008. Aujourd’hui, «il maintient ce qu’il a dit dans sa lettre à savoir qu’il veut être jugé sur les trois dossiers, donc en ce sens, il ne nie pas», a expliqué à l’AFP Me Corinne Herrmann. «Il s’agit certes d’aveux en creux mais qui renforcent nos certitudes», a commenté pour sa part le second avocat d’Eric Mouzin, Me Didier Seban, dans Le Parisien.

Pourtant, il n’est pas impossible que l’homme décrit par tous les experts comme «manipulateur» cherche uniquement à jouer avec les nerfs des enquêteurs et de la juge d’instruction. «Il joue en permanence avec l’autre», reprend le Dr Daniel Zagury, décrivant un individu qui cherche toujours à être dans une posture de domination. «Pour lui, l’autre n’existe que dans une relation où il tire les ficelles», ajoute le psychiatre. Pour illustrer son propos, le médecin raconte cette anecdote qui remonte à 2006. Lors d’un entretien, le Dr Zagury l’avait invité à s’assoir en face de lui. Le prévenu avait refusé, lui répondant qu’il ne recevait d’ordre de personne.

«Sinistre tirade en alexandrins»

Michel Fourniret est aussi connu pour mentir et se livrer à d’étranges déclarations. Juste avant son procès en 2008, il avait ainsi exigé du président de la cour que les futurs jurés aient été vierges au moment de leur mariage, pour que ces derniers puissent comprendre sa quête de la virginité chez ses jeunes victimes, écrivait 20 Minutes à l’époque. Puis durant le procès, il s’était réfugié dans un quasi-mutisme se laissant aller à quelques aveux laconiques et digressions, pour conclure sur une «sinistre tirade» en alexandrins, comme l’avait raconté notre chroniqueur judiciaire Stéphane Durand-Souffland.

Le tueur en série est tout aussi capable de déclarations déroutantes. Aussi s’était-il accusé du meurtre de Robert Boulin dans une lettre qu’il avait rédigée en prison et que les policiers belges avaient saisie en mai 2004. Dans cette missive, il expliquait avoir confié à sa femme, Monique Olivier, qu’il avait «attenté à la vie d’un frère d’une loge maçonnique, ministre du travail dont le corps fut retrouvé près de Rambouillet dans un étang, suicidé». La justice n’a jamais démontré sa responsabilité dans cette affaire. Dès lors, difficile de savoir quand Fourniret dit vrai. «La réponse sera dans l’enquête et le recoupement des faits», conclut le Dr Zagury.