La Roumanie a pris ce mardi 1er janvier la tête d’une Union européenne secouée par le Brexit et la montée des eurosceptiques. La semaine dernière, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker exprimait ses doutes sur l’aptitude du pays à assumer cette présidence.

Pour la première fois depuis son adhésion en 2007, la Roumanie prend la présidence tournante de l’Union européenne. Finalisation du Brexit d’ici mars, élections européennes en mai avec des forces souverainistes en embuscade, difficultés à boucler le budget communautaire… Rarement une présidence aura été confrontée à autant de défis.

Un pays en froid avec Bruxelles

La Roumanie a vu ses relations avec Bruxelles se détériorer fortement ces derniers mois sur fond de réformes controversées du système judiciaire initiées par le Parti social-démocrate (PSD) au pouvoir. Cette vaste refonte souhaiterait corriger les «abus» des magistrats. L’Union européenne estime pour sa part que cette réforme saperait la lutte contre la corruption, un mal endémique dont souffre ce pays.

Ainsi, la Roumanie, ancien pays communiste de 20 millions d’habitants, a multiplié les critiques virulentes contre Bruxelles ces derniers mois. La semaine dernière, Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, affichait d’ailleurs ses doutes quant à cette présidence. «Le gouvernement de Bucarest n’a pas encore pleinement compris ce que signifie présider les pays de l’UE», avait-il affirmé au quotidien allemand die Welt.

Exécutif divisé

M. Iohannis, qui représentera le pays au Conseil européen, s’est voulu rassurant, soulignant que le pays était «bien préparé» et assumerait la présidence «d’une manière appropriée». Mais les soubresauts de la politique roumaine et la volonté de la majorité de mener coûte que coûte sa réforme judiciaire risquent de peser sur la présidence de l’UE. «Le gouvernement PSD a commencé à faire pression sur les autorités judiciaires et anticorruption roumaines d’une manière qui rappelle ses homologues en Pologne et Hongrie», deux autres pays très critiques envers le fonctionnement de l’UE, note le chercheur Luka Oreskovic, dans une note du think tank European Council on Foreign Relations (ECFR).

Pour leurs détracteurs, ces mesures n’ont d’autre but que d’alléger le casier judiciaire de nombreux élus et proches du PSD, à commencer par M. Dragnea, déjà condamné à de la prison avec sursis pour fraude électorale et visé par deux autres procédures. Les sociaux-démocrates accusent pour leur part les procureurs anticorruption de faire partie d’un «État parallèle» agissant contre le pouvoir élu.

Dans ce contexte, le ton populiste, voire nationaliste, du chef des sociaux-démocrates relève davantage de l’opportunisme que de l’idéologie, estime le politologue Andrei Taranu: «Il copie la rhétorique illibérale du premier ministre hongrois Viktor Orban, sans toutefois en comprendre les concepts». Reste que Bucarest veut faire passer rapidement un décret d’amnistie qui pourrait bénéficier aux responsables politiques ayant des démêlés avec la justice. Un tel projet marquerait le franchissement d’une ligne rouge, prévient-on de source européenne. La Roumanie, qui «pâtit déjà d’un handicap en termes de crédibilité», devrait alors dépenser son énergie à se défendre vis-à-vis de ses partenaires au lieu de s’occuper des dossiers européens, avertit la même source.

Une future «Silicon Valley» d’Europe de l’est

Avec un salaire moyen brut de 970 euros par mois et un produit intérieur brut (PIB) par habitant représentant 62% de la moyenne européenne, la Roumanie est parmi les pays les plus pauvres des vingt-huit, derrière la Bulgarie, au coude à coude avec la Croatie. Depuis la chute du régime communiste fin 1989, et de façon accélérée depuis l’entrée dans l’UE, quelque quatre millions de Roumains sont partis vivre et travailler à l’étranger, soit environ 20% de la population. Si cet exode a vidé les villages et suscité une grave pénurie de main-d’œuvre, il s’est aussi traduit par d’importants transferts d’argent vers les familles restées au pays: 4,3 milliards de dollars, soit 2% du PIB en 2017.

En outre, le secteur informatique connaît un boom en Roumanie que les experts décrivent comme une future «Silicon Valley» d’Europe de l’est. Plusieurs compagnies, dont Bitdefender ou UiPath, se sont imposées à l’international, tandis que des milliers de jeunes informaticiens sont recrutés tous les ans par les géants du secteur.