L’acte XIII des gilets jaunes a rassemblé des milliers de personnes à Paris. Près de l’assemblée nationale, des affrontements ont éclaté causant au moins un blessé.

L’acte XIII des gilets jaunes sonnait comme un retour aux sources. Après plus de trois mois de rassemblements, de blocages et de débats, les manifestants étaient de retour sur les Champs Elysées ce samedi matin, à l’appel notamment d’Eric Drouet, l’une des figures du mouvement. A quelques heures du rassemblement, les médias s’interrogeaient en boucle sur le possible essoufflement du mouvement populaire. On comptait pourtant au plus fort de la journée plusieurs milliers de gillets jaunes rassemblés en une foule compacte et très mobile.

«On vient faire une manifestation non déclarée», ironise Michelle*, retraitée à l’air canaille rappelant que dans un communiqué diffusé sur Facebook, les «gilets jaunes manifestant à Paris» ont assuré n’avoir demandé aucune autorisation de défiler. Christophe*, cadre chez La Poste, affirme que «ça ne [lui] fait pas peur» pour autant. Il a quatre enfants, gagne un salaire assez confortable «pour ne pas être inquiet en fin de moi», mais tient tout de même à venir manifester dès qu’il le peut. «Les gilets jaunes, ce ne sont pas seulement ceux qui sont au SMIC. Toute la France s’est appauvrie et les gens se rendent compte qu’ils ont été bâillonés», affirme-t-il. Et tient pour responsables les politiques et les médias «trop souvent censurés».

Si Emmanuel Macron et le gouvernement ont tenté d’apporter une réponse à ces gilets jaunes, en organisant un «grand débat» national, «ça ne sert à rien», regrette-t-il. «Les seules choses que l’on veut sont le Référendum d’initiative citoyenne et la proportionnelle», martelle le cadre. Sur le RIC, Josiane*, présente à tous les actes parisiens, abonde : «Pour nous, c’est le meilleur garde fou si un gouvernement extrême venait à prendre le pouvoir. Et ce n’est pas avec le grand débat qu’on va l’obtenir, en tout cas, pas le RIC tel qu’on le souhaite. Y en a marre de parler avec Macron, on sait déjà comment ça se termine». Pour cette aide-soignante retraitée de 60 ans qui touche une pension de 1400 euros, les gilets jaunes ont été un vrai motif d’espoir. «Avant j’étais désespérée et je me surprends à des manifestations à être fière de nous. On est un peu responsable de la situation dans laquelle on se trouve, car on a trop laissé couler pendant des années. Mais là, il y a des moments où j’ai chaud au coeur quand je regarde tout ce monde». Elle parle avec émotion de la «fraternité» et de la «solidarité» qui structurent le mouvement. «Avant on était seuls devant notre ordinateur à nous dire que ce n’était pas possible. Là, on est dans la rue avec des gens sympas. J’ai enfin trouvé une utilité à Facebook», s’amuse-t-elle.

«L’explosion lui a soufflé le bras»

Arrivé devant l’Assemblée Nationale vers 13h, le cortège s’immobilise pour la première fois depuis son départ aux cris de «Macron démission». Des manifestants tentent de grimper aux grilles et de lancer des projectiles. Les forces de l’ordre répliquent par des grenades lacrymogènes et de désencerclement. Elles explosent en tête de cortège et font fuir les manifestants en courant. Rapidement, un petit groupe se forme autour d’un manifestant à terre et font de grands gestes. Les secours mobiles sur place appliquent les premiers soins. En retrait, des manifestants qui ont assisté à la scène, choqués, font défiler les vidéos. Ils commentent «l’explosion lui a soufflé le bras, on comprend pas on était là mais on faisait rien de méchant». Sur les réseaux sociaux, les images diffusées confirment clairement que la main a été arrachée. Selon des témoins cités par l’AFP, la victime est «un photographe «gilet jaune»» qui «prenait des photos des gens en train de pousser les palissades».

A partir de ce moment, la main arrachée du manifestant devient un symbole pour les gilets jaunes présents. Certains y voient en flagrant délit «l’oppression de l’état», d’autres «des réponses militaires» à la seule colère des manifestants. Josiane, la retraitée, redoute que ce ne soit que le début des affrontements. «Mais je n’ai pas peur», affirme-t-elle fièrement. Près d’elle, une vieille dame interroge un gendarme : «Tu taperais pas sur ta mère, si ? Alors pourquoi tu nous tapes dessus ?». Dès lors aussi, sur le chemin qui conduit le cortège de l’Assemblée Nationale au Sénat en passant par le boulevard de Montparnasse, de nombreuses devantures de banques, de sociétés d’assurances et des abribus sont vandalisés. Près du Sénat, un couple protège sa voiture décapotable de collection d’une main ferme posée sur la capote comme si ça l’immunisait. Ce qui amuse beaucoup les manifestants. La mère de famille tente une approche maladroite : «J’habite dans le quartier, vous savez les loyers sont chers, je sais ce que vous vivez, j’ai de la famille en province». Un peu plus loin, devant le Sénat, le cortège s’est de nouveau arrêté. Faisant éclater des affrontements contre les forces de l’ordre. «Et ça va être comme ça jusqu’à la fin», regrette un gilet jaune en retrait tentant de réparer les dégâts. Avec d’autres, il redresse les palmiers en pot d’un restaurant, renversés par terre. «Question de respect», glisse le manifestant.

*Le prénom a été changé.