Après les violences qui ont émaillé l’acte 8 des Gilets jaunes, le gouvernement et la majorité ont dénoncé le « silence coupable » de l’opposition. Cette dernière renvoie l’exécutif à ses responsabilités.

En quelques heures, trois faits de violences pendant l’acte 8 des Gilets jaunes ont provoqué de nombreuses réactions : un commandant de police a frappé des manifestants à Toulon (Var), un boxeur s’en est pris violemment à des gendarmes à Paris, tandis que le bâtiment du ministère de Benjamin Griveaux a été forcé et dégradé par une poignée de manifestants. Si la majorité et l’exécutif ont condamné unanimement ces violences – en restant toutefois plus prudents sur le cas du policier de Toulon -, ils ont regretté la position ambiguë de l’opposition, celle des Insoumis de Jean-Luc Mélenchon, des Républicains (LR) de Laurent Wauquiez ou du Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen.

Lundi matin sur RTL, le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin a ainsi dénoncé « le silence coupable de Jean-Luc Mélenchon et de Laurent Wauquiez » après les dégradations du bâtiment du ministère. « Je n’en peux plus de ces propos qui ne condamnent pas de façon très claire les violences », a fustigé pour sa part le patron de La République en marche, Stanislas Guerini, invité sur France 3 et citant le Rassemblement national ou Laurent Wauquiez.

Mélenchon accusé d’avoir quitté le « champ républicain »

Dimanche, sur BFMTV, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire s’en est pris pour sa part à Jean-Luc Mélenchon : « Il a perdu dans les urnes, il veut la revanche dans la rue et cautionne les violences. On sort du cadre démocratique. » Sur France Inter, lundi, Benjamin Griveaux s’en est aussi pris au leader de la France insoumise, l’accusant d’avoir quitté le « champ républicain ».

Réponse de Jean-Luc Mélenchon, avec une référence à la perquisition de son domicile dans le cadre de l’affaire de ses comptes de campagne :

Laurent Wauquiez ne commente pas l’intrusion dans le ministère de Benjamin Griveaux

En effet, plusieurs responsables de l’opposition ont été plutôt discrets, samedi, face aux violences qui ont émaillé l’acte 8 des Gilets jaunes. Le président de LR Laurent Wauquiez s’est fendu samedi d’un seul tweet, évoquant l’agression d’un gendarme par un boxeur à Paris : « Frapper un gendarme à terre, ce n’est pas comme cela qu’on défend ses idées, c’est prendre la République pour cible. À nouveau ces images de violence… Soutien à nos forces de l’ordre, toujours mobilisées. »

Le patron de LR est resté silencieux depuis, n’ayant pas de mot pour Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement qui a dû être évacué de son ministère. A droite, certains ont toutefois réagi, à l’image du vice-président du parti Guillaume Peltier qui a tweeté dès samedi soir : « Je m’oppose politiquement à Benjamin Griveaux, mais ce soir, je suis à ses côtés. Je suis toujours du côté de l’ordre. » Et la porte-parole du parti, Laurence Sailliet, s’est fendue d’un tweet, qualifiant d' »inadmissibles toutes ces violences, celles contre les forces de l’ordre, contre Benjamin Griveaux, contre l’ordre ou le pouvoir républicain ».

Accusés de ne pas avoir réagi « de façon très claire », les Républicains se sont défendus en deux temps lundi matin :

  • Ils ont d’abord condamné toutes les violences ;
  • Mais, disent-ils, ces violences n’auraient jamais eu lieu si le gouvernement n’avait pas mis de l’huile sur le feu.

S’adressant à Benjamin Griveaux sur Twitter, au sujet des dégradations du ministère, Nadine Morano a ainsi expliqué : « C’est condamnable et scandaleux! Mais preuve est fait de votre défaillance à assurer la sécurité des Français quand vous n’êtes pas capable d’assurer celle de nos institutions! » Lors de son point presse, lundi matin, la porte-parole du parti Laurence Saillet a de nouveau « condamné les violences », tout en expliquant : « C’est la politique menée depuis 18 mois qui a conduit notre pays dans le chaos. Ils sont responsables de ce chaos. »

Le député Eric Ciotti, le patron de la commission d’investiture de LR, a, lui, dénoncé « l’amalgame » fait par Gérald Darmanin entre les différentes oppositions, insistant sur le fait que « Les Républicains ont dénoncé les violences commises par des casseurs » :

Pour l’extrême droite, la violence vient aussi du gouvernement

Le Rassemblement national a déroulé un argumentaire similaire lundi matin pour justifier le silence de Marine Le Pen, qui ne s’était toujours pas exprimée, lundi midi, sur l’acte 8 des Gilets jaunes. Pas un communiqué, ni un message sur les réseaux sociaux pour évoquer les violences depuis samedi.

Dimanche, Bruno Bilde était l’un des rares élus RN à réagir, dans un tweet, aux dégradations des locaux du porte-parolat du gouvernement : « Si la tentative d’intrusion dans son Ministère est condamnable, Benjamin Griveaux paye son mépris, ses insultes et ses ricanements. » « Nous condamnons toute forme de violence, mais nous n’oublions pas que la première violence est en ce moment celle du gouvernement », a déclaré pour sa part le porte-parole du RN, Julien Sanchez.

Le patron de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, a aussi adopté pour une ligne identique. S’il relève qu’il y a « des violences des deux côtés » et qu’elles « sont condamnables et doivent être condamnées », il a aussi renvoyé la responsabilité au gouvernement : « L’Etat de droit n’est pas à sens unique, il s’applique aussi au gouvernement qui ne devrait pas donner des consignes de brutalité. »