L’association Tous migrants a déposé lundi un signalement auprès du procureur de Gap après la découverte d’un corps qui serait, affirme-t-elle, celui d’une Nigériane qui a passé la frontière, le 7 mai.

Mathew Blessing, 21 ans, Nigériane, n’a plus donné de nouvelles après avoir été poursuivie par la police le 7 mai, vers 5 heures du matin à La Vachette, hameau de la commune de Val-des-Prés (Hautes-Alpes). L’endroit se situe à 1 400 mètres d’altitude, juste sous le col frontalier de Montgenèvre qui constitue l’un des axes de passage importants des migrants d’Italie vers la France, malgré une importante présence policière.

Deux jours plus tard, à quinze kilomètres en aval et de l’autre côté de la ville de Briançon, le corps d’une jeune femme noire a été retrouvé dans la Durance, sur un petit barrage. L’autopsie a établi qu’elle «serait décédée à la suite d’une noyade» selon le procureur de la République de Gap, Raphaël Balland, qui précise que «la jeune femme n’a pas encore été formellement identifiée» malgré l’appel à témoin lancé la semaine dernière.

Le collectif briançonnais Tous migrants, qui regroupe les citoyens de la vallée engagés dans le soutien aux migrants, et notamment ceux qui vont leur porter assistance en altitude, n’a «quasiment aucun doute» sur le fait que la disparue et la noyée sont la même personne, dit l’un de ses membres, Michel Rousseau. Selon le communiqué de Tous migrants publié lundi soir, la jeune femme disparue marchait en direction de Briançon, après avoir réussi à passer la frontière, en compagnie de deux hommes dont les témoignages amènent l’association à redouter le pire : une noyade de la jeune femme lors de sa tentative d’échapper aux policiers. «La jeune femme marchait difficilement du fait de douleurs aux jambes […]. Cinq policiers dissimulés dans les fourrés ont surgi brusquement sur la route nationale en allumant des torches électriques et en criant « police, police ». Les trois personnes étrangères se sont alors enfuies à travers champs en direction du village où elles se sont dispersées, poursuivies par les policiers. L’un des deux hommes est interpellé vers l’église. Les policiers sillonnent ensuite le village pendant plusieurs heures. La jeune femme ne donne plus aucune nouvelle d’elle depuis ce jour. En toutes hypothèses, les cinq policiers sont les dernières personnes à avoir vu vivante la jeune femme disparue.»

Tous migrants, en raison «d’un faisceau d’indices concordants», a déposé lundi soir un signalement auprès du procureur de Gap. L’association soupçonne l’existence de délits de «mise en danger délibéré de la vie d’autrui», «homicide involontaire par imprudence, négligence ou manquement à une obligation de sécurité», «violence volontaire ayant entraîné la mort sans intention de la donner», «non-assistance à personne en danger», «discrimination d’une personne en raison de son physique ou de son apparence», ainsi que manquements au code de déontologie des policiers. Michel Rousseau est catégorique : «La gendarmerie dispose de tous les éléments que nous communiquons, nous ne sommes pas là pour faire une justice parallèle» et le parquet de Gap annonce qu’il «ne communiquera plus d’éléments sur les investigations en cours» d’ici la fin de l’enquête.

Tous migrants exige solennellement «l’interdiction des pratiques policières de guet-apens et de chasse à l’homme» et «le rétablissement de l’Etat de droit et le plein respect des personnes étrangères qui frappent à notre porte». Avec d’autres associations, elle appelle à une veillée funèbre ce mercredi soir à La Vachette. Face aux eaux tumultueuses et glaciales de la Durance, gonflées par la fonte des neiges.