Douze réfugiés vont bénéficier d’une formation d’électricien du spectacle, grâce à une mobilisation régionale inédite du monde de la musique.

La lumière viendra peut-être d’un emploi d’électricien. Et si ce n’est la lumière, jailliront au moins l’espoir et une certitude : « Personne ne restera sur le bord de la route », assure Thierry Teboul, directeur général de l’Afdas, organisme qui finance habituellement les projets de formation des professionnels de la culture et de la communication.

« A ces personnes-là, on leur doit absolument la réussite », ajoute-t-il. A partir de la mi-mars, douze réfugiés apprendront le métier d’électricien du spectacle, en alternant cours théoriques au centre de formation de l’Afpa, à Stains, où ils sont également hébergés, et apprentissage sur le terrain.

Une douzaine de salles et structures de formation

Pour les aider à s’insérer, un partenariat régional inédit s’est en effet monté. Une douzaine de salles de concerts et structures de formation du secteur du spectacle d’Ile-de-France se sont associées pour accueillir les candidats dans leur nouvel univers professionnel.

Les scènes musicales de l’EMB à Sannois (95), la Clef à Saint-Germain-en-Laye (78), la Marbrerie à Montreuil, Mains d’Œuvres à Saint-Ouen (93), Petit Bain, la Maroquinerie, le Point Ephémère et Station-Gare des Mines, à Paris ont accepté de jouer le jeu.

Archives. Jérémy Verrier (à droite), le directeur de la Marbrerie, va accueillir dans la salle de concert montreuilloise des réfugiés qui se formeront au métier d’électricien du spectacle. LP/E.M.

« Les salles de spectacles ont une responsabilité vis-à-vis de la société. Pour nous, c’est une chance, confirme Jérémy Verrier, directeur de la Marbrerie. Nous sommes une petite famille. Les réfugiés sont de gens qui ont beaucoup d’énergie à apporter et l’envie de découvrir. »

Cours de français depuis décembre

Les stagiaires ont commencé à se préparer dès le mois de décembre, en suivant des cours de français. « La langue reste en effet une barrière à l’intégration », rappelle le représentant de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), également partenaire du programme, aux côtés de Pôle emploi qui participe à la sélection des candidats.

« Il y a plus de demandes que de places, confirme Karine Rivière, de la direction régionale de Pôle emploi. A la fin, la transformation des stagiaires est bluffante. La plus grande des réussites est de les voir s’insérer. C’est chouette et très positif. »

Dispositif national

La formation au métier d’électricien de spectacles entre dans un dispositif national baptisé Hope, comme l’espoir en anglais et comme l’acronyme « Hébergement, Orientation, Parcours vers Emploi ». Créé il y a deux ans et demi, Hope a accompagné professionnellement 1 375 réfugiés sur toute la France dont 300 en région parisienne, dans différents secteurs d’activité, comme le bâtiment, la restauration ou la logistique.

L’Afpa a lancé ce dispositif, avec le soutien des ministères de l’Intérieur, du Travail et du Logement et des organismes de financement de formations. Selon les premiers résultats, à l’issue du programme Hope, 70 % des stagiaires ont décroché du boulot (majoritairement en intérim et CDD) ou approfondissent leur apprentissage et 65 % d’entre eux ont un logement.

« JE SUIS TRÈS, TRÈS CONTENT »

Accoudé à une caisse de matériel, le visage éclairé par la lumière mauve d’un projecteur, Aziz qui est formé et hébergé à l’Afpa de Stains, vient de débuter son immersion au sein de la salle de concerts flottante, Petit Bain, à Paris.

Les choses sérieuses commenceront vraiment dans deux semaines pour lui, comme pour ses camarades répartis dans différentes scènes musicales d’Ile-de-France.

« Je suis très, très content », souligne Aziz, arrivé en France, en 2016, après avoir fui l’Afghanistan, l’année précédente. « J’ai voyagé pendant huit mois. Je suis passé par l’Iran, la Turquie, la Bulgarie, la Serbie… »

Il a appris le français grâce à YouTube

Il raconte l’extrême dureté de la traversée. « On pouvait marcher trois jours de suite, chercher à boire, à manger. Il a fait très, très froid. J’avais que du plastique contre la pluie. C’était très, très dur. »

Le jeune homme de 27 ans égrène les noms de tous les pays qu’il a parcourus jusqu’en Suède, dans un français déjà correct et clair. « J’ai commencé à apprendre votre langue en regardant YouTube ! », s’exclame-t-il. Les cours reçus depuis décembre l’ont ensuite aidé à mieux parler. « Ecrire en français, c’est trop difficile pour le moment. »

Cette formation d’électricien du spectacle, il la vit comme une chance. « Je travaillais déjà sur des générateurs pour les maisons en Afghanistan », précise-t-il. Désormais, pour lui, s’ouvre un champ des possibles.