En fin d’année dernière, Ayoub El-Khazzani, lourdement armé quand il est monté à bord d’un Thalys en août 2015, a fait de nouvelles déclarations au juge d’instruction. Des propos auxquels France-Inter a eu accès.

Ayoub El-Khazzani avait d’abord livré une version rocambolesque, expliquant avoir eu l’intention de rançonner les passagers du train, et avoir trouvé les armes par hasard dans un parc de Bruxelles où il avait dormi avec des SDF.

Le 21 août 2015, le Marocain de 25 ans avait ouvert le feu dans un Thalys Amsterdam – Paris peu après son entrée en France, armé d’une kalachnikov. Il avait blessé deux passagers avant d’être maîtrisé par des militaires américains en vacances, évitant le pire. Abdelhamid Abaaoud, cerveau présumé des attentats du 13 novembre 2015, lui aurait donné l’ordre d’agir.

Arsenal

Devant le juge, Ayoub El-Khazzani avait ensuite dans un premier temps gardé le silence. Notamment mis en examen pour « tentatives d’assassinats à caractère terroriste », l’auteur de l’attaque de l’attentat déjoué avait décidé de répondre aux questions du juge d’instruction.

« Je suis un vrai djihadiste, mais on ne massacre pas les femmes et les enfants. Je ne suis pas un massacreur. Je suis un noble combattant. Je suis un soldat », avait-il alors déclaré, entre autres, le 14 décembre 2016, selon « Le Monde », assurant avoir voulu tuer « des Américains », et non des passagers au hasard.

Des déclarations invérifiables, précisait alors le quotidien, rappelant l’arsenal trouvé en sa possession : une kalachnikov, un cutter, une arme de poing, et neuf chargeurs pleins.

« Détruit psychiquement »

En fin d’année dernière, Ayoub El-Khazzani s’est à nouveau exprimé face au juge d’instruction qui l’a à nouveau questionné. C’était le 23 novembre, et France-Inter, qui a eu accès à l’échange, en publie ce mercredi 9 mai plusieurs extraits.

« Personnellement, j’ai pas pu tuer. J’avais deux armes avec moi. Intérieurement, j’étais détruit psychiquement, mais à la dernière minute, je n’ai pas pu. »

Avant les faits, Ayoub El-Khazzani et Abdelhamid Abaaoud seraient rentrés de Syrie ensemble, avant de loger dans la même planque dans la capitale belge, rappelle également France-Inter. En août 2015, le cerveau présumé des attentats du 13-Novembre lui aurait transmis des ordres.

« Il m’a dit que la cible était le Thalys où je devais attaquer des Américains », avait-il confié en décembre 2016 au juge d’instruction.

« Un Américain, un grand, m’a fixé »

En fin d’année, toujours selon France-Inter, il a aussi précisé avoir suivi les consignes d’Abaaoud et affirmé :

« Je me suis dirigé vers les Américains. […] A un moment, un Américain, un grand, m’a fixé, il était loin de moi. Je l’ai vu de face et je n’ai pas pu le tuer.

Selon France-Inter, toujours, Ayoub El-Khazzani a affirmé avoir refusé la ceinture d’explosifs proposée par Abaaoud. « J’étais contre le fait de massacrer des gens », a-t-il déclaré au juge. Des déclarations qu’il convient une nouvelle fois de prendre avec prudence, le même ayant pourtant également affirmé avoir « regretté de ne pas avoir tué » :

« En garde à vue, très honnêtement, j’ai regretté de ne pas avoir tué, après avoir vu tout ce qui se passe en Syrie. »

L’enquête se poursuit. En février dernier, un Marocain de 36 ans a été arrêté à Paris. Soupçonné d’avoir fourni une aide logistique à El-Khazzani, il a finalement été relâché.

Au côté d’El Khazzani, quatre hommes sont poursuivis en France dans cette enquête. L’un d’eux est soupçonné d’avoir joué un rôle d’éclaireur pour Abaaoud et lui sur leur trajet de retour de Syrie. Un autre est soupçonné d’avoir participé aux préparatifs de la fusillade dans le train.

Deux autres, également inculpés dans l’enquête menée en Belgique, ont été remis à la France début 2018. L’un d’eux est soupçonné d’avoir joué un rôle de logisticien essentiel de la cellule djihadiste qui a frappé la France et la Belgique en 2015 et 2016, l’autre est soupçonné d’avoir hébergé El-Khazzani à Bruxelles avant l’attaque du Thalys.