La justice britannique a décidé mardi de maintenir le mandat d’arrêt visant le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, réfugié à l’ambassade d’Équateur de Londres depuis plus de cinq ans. Retour sur une succession de coups d’éclat et de malaises.

Julian Assange ne sortira donc pas encore de l’appartement londonien, situé dans l’ambassade d’Équateur, qu’il occupe depuis plus de cinq années, sans jamais en passer la porte. Le verdict a été rendu par la justice britannique ce mardi, après une demande de levée du mandat d’arrêt visant le fondateur de WikiLeaks.

  • 2006-2007 : WikiLeaks voit le jour

Création du site WikiLeaks, dont l’objectif est de publier des documents pour partie confidentiels, en donnant une large audience aux lanceurs d’alertes. Les premières fuites concernent la corruption au Kenya, où Julian Assange a longtemps vécu, et mettent en difficulté le président sortant Mwai Kibaki – qui est réélu, mais perd les législatives. Wikileaks publie également un document américain sur les procédures d’interrogatoire standard des prisonniers de Guantanamo. La torture psychologique infligée aux pensionnaires du camp Delta devient une réalité aux yeux du monde.

  • 2009 : premiers faux pas

Le site diffuse un rapport d’enquête sur l’affaire Dutroux, un pédophile belge condamné à la perpétuité en 2004, au risque de rendre publiques « des infos qui mettent en cause une série de gens qui n’ont parfois rien à se reprocher », fustige le procureur général de Liège. Dans le même temps, Wikileaks fait l’étalage de centaines de milliers de messages envoyés par le Pentagone, des policiers et des citoyens ordinaires, durant les attentats du 11 septembre 2001. Julian Assange brise le tabou jusqu’alors respecté par la presse américaine et expose les derniers instants des victimes, ce que tous les Américains n’apprécient pas.

  • Mars 2010 : l’heure de gloire

C’est le vrai tournant pour WikiLeaks. Le site publie deux rapports de la CIA montrant respectivement comment l’agence de renseignements américaine voulait couler le site gênant, et comment elle espérait impliquer l’Europe dans la guerre en Afghanistan. WikiLeaks diffuse également une vidéo datant de 2007, tournée depuis un hélicoptère américain, prouvant que l’US Army a abattu deux employés de l’agence de presse Reuters. Des milliers de documents dévoilent également les failles des versions officielles de certains incidents durant la guerre en Afghanistan. Washington et ses alliés, dont la France, ne décolèrent pas et estiment que ces informations mettent en danger leurs personnels sur le terrain. Quelques mois plus tard, rebelote : WikiLeaks dévoile 400 000 documents secrets, cette fois sur l’Irak. Tortures, assassinats, abus de pouvoir, les dérives des forces de sécurité irakiennes semblent couvertes par la coalition.

  • Été 2012 : le huis clos

Alors que Julian Assange est visé par un mandat d’arrêt européen depuis deux ans, lancé par la justice suédoise pour une affaire de mœurs, il se fait arrêter à Londres. Il est placé en résidence surveillée, puis parvient à s’enfuir pour se réfugier dans l’enceinte de l’ambassade d’Équateur, située dans le quartier chic de Knightsbridge. L’homme vit dans un petit appartement, avec un chat pour seule compagnie. Sa santé se détériore. Il fait de rares apparitions au balcon de l’ambassade.

  • Juillet 2016 : la campagne présidentielle américaine, un retour décrié

Nouveau coup d’éclat pour WikiLeaks, avec la publication de 20 000 courriels piratés au parti démocrate américain, dont certains sont très préjudiciables à la campagne présidentielle d’Hillary Clinton. En octobre, un mois avant le scrutin, ce sont des milliers d’e-mails du président de son équipe de campagne, John Podesta, qui sont publiés par le plateforme, favorisant de fait son adversaire, Donald Trump. Face aux accusations, Julian Assange a nié que la Russie ou tout autre État soit derrière ces fuites.

  • Mai 2017 : la fin du tunnel ?

Le parquet suédois classe sans suite l’enquête pour viol qui visait Julian Assange. Mais les autorités britanniques lui reprochent tout de même d’avoir violé les termes de sa libération conditionnelle en se réfugiant dans les locaux de l’ambassade équatorienne à Londres. En décembre 2017, il obtient la nationalité équatorienne. Il n’en reste pas moins toujours bloqué dans les locaux de l’ambassade… à moins que la justice britannique n’en décide autrement, ce mardi, et lève le mandat d’arrêt à son encontre.