Depuis deux jours, plusieurs villes de France, dont Paris, Lyon ou encore Strasbourg ont interdit la circulation aux véhicules les plus polluants. Décryptage.

Avec la canicule, la pollution à l’ozone augmente. Les municipalités sont obligées d’agir pour tenter de maîtriser la situation. Depuis lundi 6 août, plusieurs villes de France ont décidé de mettre en place une circulation différenciée jusqu’à la fin de l’épisode caniculaire.

A Paris par exemple, les véhicules Crit’air 4 (diesels immatriculés avant 2006)  et Crit’air 5 (diesels immatriculés avant 2001) sont interdits de circulation. Mais pour quelle efficacité ?

32% d’émissions de dioxyde d’azote en moins

Airparif, l’association de surveillance de la qualité de l’air en Ile-de-France, n’a pas encore de résultats précis quant à l’efficacité de la circulation différenciée. Néanmoins l’organisme a publié en 2017 quelques estimations, lorsque les vignettes Crit’air sont entrées en vigueur. Selon l’organisme, la circulation différenciée permettrait de réduire de 32% les émissions de dioxyde d’Azote. « C’est un des polluants principaux pour la formation de l’ozone, explique à « l’Obs » Charlotte Songeur, ingénieure à Airparif. Si on réduit ce dioxyde d’azote, on va forcément réduire la fabrication d’ozone. »

L’interdiction de la circulation des véhicules les plus polluants permettrait aussi de réduire de 25% les émissions des particules inférieures à 10 microns, appelées PM10 et filtrées par le nez. Les émissions de particules inférieures à 2,5 microns, appelées cette fois PM2,5 et filtrées par les bronches, sont également en baisse de 30%.

Si ces résultats sont encourageants, il faut prendre ces statistiques avec des pincettes. « C’est une estimation maximum de la baisse que l’on peut atteindre », explique l’ingénieure. Pour que ces projections deviennent réalité, il faut que tous les véhicules polluants assortis des vignettes Crit’air 4 et 5 restent à l’arrêt comme le demandent les municipalités.

Plus performant que la circulation alternée

Qu’en était-il de la circulation alternée lorsqu’elle était encore d’actualité ? Les jours de forte pollution, seuls les véhicules pairs ou impairs pouvaient circuler. En 2014, selon Airparif, cette mesure avait permis d’enregistrer une baisse moyenne du trafic de 18% pour Paris contre 13% pour la petite couronne. Les émissions de dioxyde d’azote avaient ainsi diminué de 20% et les émissions de particules de 15%.

« En 2014, la circulation alternée a été efficace, estime Charlotte Songeur, même si ces chiffres restent bien en-deçà des estimations d’Airparif pour la circulation différenciée. En revanche, en 2016, l’organisme n’avait pas pu procéder à des calculs. « Cette année-là, la circulation alternée a été beaucoup moins suivie. Nous n’avions pas pu évaluer une baisse de trafic, et sans baisse de trafic, nous ne pouvions pas mesurer de baisse d’émissions de pollution », regrette l’ingénieure.

Circulation différenciée ou circulation alternée, lorsque les règles fixées par les municipalités sont respectées, les effets sont visiblement bénéfiques comme le montre l’ingénieure. « Depuis 15 ans, on voit que les pics d’ozone sont moins intenses. Avant, il suffisait que l’on soit à 30 degrés pour qu’il y ait de l’ozone. Maintenant, il faut monter jusqu’à 33 ou 34 degrés pour en former. C’est notamment dû à la réduction des émissions primaires de pollution. »

Pour la scientifique, les mesures mises en place vont dans le bon sens, mais ne sont pas encore suffisantes. « Certes, les pics diminuent d’intensité mais s’il commence à faire de plus en plus chaud, avec de plus en plus d’ensoleillement, on continuera à avoir des pics d’ozone. Il faudra alors diminuer d’autant plus les émissions primaires pour réduire l’impact de l’ozone. »