Les grandes fédérations de mosquées, dont celles animant le CFCM, ont acté un projet d’Association pour le financement et le soutien du culte musulman. En plein débat sur la régulation des flux financiers du culte musulman, Elles veulent garder une marge de manœuvre vis-à-vis de l’État.

Dix-huit mois que le dossier était sur la table. Ahmet Ogras, le président du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) est parvenu samedi dernier à rassembler les différentes fédérations musulmanes de France à la grande mosquée de Paris. Outre les différentes branches du CMCF proches du Maroc, de l’Algérie, de la Turquie ou des Antilles et Comores, ont répondu présents, entre autres, le mouvement Musulmans de France ( ex: UOIF, proche des Frères Musulmans), la Mosquée de Saint-Denis de la Réunion, l’Union des Mosquées de France et la Fédération Nationale des Musulmans de France. La réunion a abouti à la création lundi d’une unique association, l’Association pour le financement et le soutien du culte musulman (AFSCM).

Acronyme compliqué, pour une tâche pas moins ardue: créer une unique structure de régulation des financements de l’islam à l’échelle nationale. Celle-ci devra collecter les dons auprès des contributeurs entreprises comme particuliers ainsi que les fonds du marché du hallal et de la zakat (aumône légale). Et ainsi financer divers projets, comme la construction des mosquées et la formation des imams.

«Il a fallu attendre que toutes les fédérations aient la maturité nécessaire, mais le projet a fini par aboutir», se réjouit Ahmet Ogras auprès du Figaro. «Cette association doit nous permettre d’assurer la traçabilité et la transparence du financement de la communauté musulmane en France.»

Jusqu’ici, la collecte des fonds est assurée par les différentes fédérations, sans concertation. Ces organismes hétéroclites sont accusés de se faire les ambassadeurs de pays en particulier, de communautés spécifiques, ou encore de mosquées locales. Voire même de business, certains membres des fédérations étant impliqués dans le marché du hallal ou de l’organisation des pèlerinages à la Mecque. Résultat, le financement du culte musulman, opaque, ouvrirait selon certains la voie à l’intervention d’acteurs privés ou diplomatiques.

«Une vaste opération de communication»?

Alors que se tiennent jusqu’en septembre les «assises territoriales de l’Islam de France» menées par le gouvernement, les fédérations voulaient vite trouver un accord, elles qui craignent de perdre le monopole de l’organisation de l’islam en France. Le jour même où elles signaient la création de l’AFSCM, lundi, Emmanuel Macron déclarait devant le Congrès réuni à Versailles que l’éxecutif donnerait à l’islam un cadre et des règles garantissant qu’il s’exercera partout de manière conforme aux lois de la République». «Si la France est un pays laïc, elle ne doit pas intervenir dans la religion, et nous ferons le nécessaire pour gérer au mieux les projets de la communauté musulmane» , estime Ahmet Ogras.

Pour réguler les flux financiers de l’islam sans l’intervention de l’État, Hakim El Karaoui, consultant pour l’Institut Montaigne, avait adressé en 2016 une note au gouvernement préconisant la création d’une association musulmane pour l’islam de France gérée par les musulmans eux-mêmes. Mais l’AFSCM le laisse dubitatif: «C’est une vaste opération de communication», juge-t-il. «Ils ont senti le «souffle du boulet» et c’est simplement pour ça qu’ils ont trouvé un accord.» Ce proche d’Emmanuel Macron estime que les fédérations ne peuvent mettre fin à leurs conflits d’intérêts, et donc assurer des flux financiers «neutres» et transparents. «Qui va gouverner l’AFSCM? À quoi cette association va-t-elle servir? Si elle collecte vraiment de l’argent neutre, ce serait au détriment des fédérations elles-mêmes, de leurs mosquées et de leurs agences de voyages qui organisent les pèlerinages, par exemple», poursuit-il. Effectif à l’automne, le bureau de l’AFSCM sera déterminé par un «conseil d’administration souverain et représentatif des différentes fédérations», d’après Ahmet Ogras.