Atteint d’un cancer en phase terminale après avoir manipulé le pesticide de Monsanto, Dewayne Johson a attaqué la firme agrochimique en justice. Début du premier procès du genre à San Francisco ce lundi.

Le Roundup est-il cancérigène? Monsanto a-t-il volontairement caché la dangerosité de son désherbant? C’est sur ces questions que va devoir statuer le tribunal de San Francisco à partir de ce lundi. Une première. Dewayne Johnson, un Américain de 46 ans atteint d’un cancer en phase terminale, a porté plainte en 2016 contre l’entreprise agrochimique Monsanto. Cet ancien jardinier estime que son cancer est lié à l’usage de l’herbicide Roundup, le nom commercial donné par Monsanto au glyphosate, une substance très controversée qui fait l’objet d’études scientifiques contradictoires quant à son caractère cancérigène. Il accuse Monsanto d’avoir sciemment masqué la dangerosité du produit.

Dewayne Johnson est tombé malade après avoir vaporisé du Roundup, deux fois par semaine en moyenne, et ce pendant plus de deux ans, de 2012 à 2014, lorsqu’il entretenait les jardins du district scolaire de Benicia (à l’est de San Francisco). En 2014, les médecins lui diagnostiquent un lymphome, un cancer qui affecte les globules blancs, l’obligeant à quitter son travail. La maladie lui cause de nombreuses lésions sur le corps.

Un procès inédit sur fond de bataille scientifique

Si des centaines de procédures sont en cours aux États-Unis contre le géant de l’agrochimie – qui vient d’être racheté par le groupe pharmaceutique et agrochimique allemand Bayer -, la plainte de Dewayne Johnson est la première concernant ce produit et ses possibles effets cancérigènes à aboutir à un procès. Celui-ci s’est officiellement ouvert mi-juin avec la désignation d’un juge, mais après une série d’audiences techniques, les débats de fond débutent ce lundi. Le procès devrait durer au moins trois semaines à San Francisco (Californie), et pourrait coûter cher à Monsanto en termes de dommages et intérêts. Les avocats du plaignant n’ont pas encore fixé les sommes qu’ils comptent demander mais ont évoqué un «jugement à plusieurs millions de dollars».

Pour autant, la partie s’annonce ardue pour Dewayne Johnson. Ces avocats devront prouver un lien entre sa maladie et la vaporisation du glyphosate. Un lien que Monsanto a toujours fermement réfuté. Il a affirmé, au contraire, que son produit était biodégradable et bon pour l’environnement, ce qui lui a valu deux condamnations aux États-Unis et en France, pour publicité mensongère placée sur l’emballage. La question est: «est-ce que l’exposition de M. Johnson au glyphosate a provoqué son cancer? (…) Cela n’a pas causé son cancer», affirme en tout cas à l’AFP Sandra Edwards, du cabinet Farrella, Braun and Martel, l’une des avocates de Monsanto.

Le procès sera très suivi par les organisations de défense de l’environnement. «Si Dewayne Johnson gagne ce procès, ce sera un énorme coup porté à l’industrie des pesticides tout entière», affirme Linda Wells, de l’ONG anti-pesticides «Pesticide Action Network North America». Un procès d’autant plus complexe qu’il existe nombre d’études et de décisions contradictoires sur le glyphosate. Contrairement à l’agence fédérale américaine de protection de l’environnement (EPA), la Californie a placé le glyphosate sur la liste des produits cancérigènes. Dans cet État, tout fabricant ayant connaissance du caractère cancérigène certain ou suspecté d’un produit doit obligatoirement le faire figurer sur l’emballage.

Le glyphosate, triste réputation

Commercialisé depuis plus de quarante ans, le Roundup est l’herbicide le plus vendu au monde, mais il est sujet à polémiques. En 2015, le glyphosate est classé «cancérigène probable» par le CIRC (Centre internation de recherche sur le cancer), une émanation de l’OMS (Organisation mondiale de la Santé), contrairement aux agences européennes, l’EFSA (sécurité des aliments) et l’ECHA (produits chimiques). D’autres effets néfastes sur la malformation du fœtus ou sur l’environnement lui sont également attribués.

Le glyphosate fait particulièrement polémique en Europe. Après la décision de l’Union européenne en novembre de renouveler la licence de l’herbicide pour cinq ans, le gouvernement français s’est engagé à cesser d’utiliser cette substance pour les principaux usages d’ici trois ans.