Le Tchad enregistre 253 cas positifs dont 27 décès, selon les chiffres rendus publics jeudi (07.05.20).

Alors que des pays africains procèdent à un déconfinement progressif, ce pays d’Afrique centrale décide d’isoler maintenant sa capitale et certaines villes.

Le ministre de la santé Mahamoud Youssouf Kahyal a déclaré à la Deutsche Welle qu’il y a de plus en plus des cas communautaires, regrettant que des malades se soient rendus dans des cliniques non appropriées pour la gestion des cas positifs.

Non-respect des gestes barrières

Succès Masra, président du parti Les transformateurs pense que le gouvernement s’y est mis très tard dans la gestion du virus. Il redoute que le gouvernement ait beaucoup tergiversé dans la réponse au Covid-19 :

« En annonçant cette mesure quelques jours à l’avance, on a surtout laissé le temps aux gens de voyager et d’aller notamment vers le sud du pays en masse. Donc, potentiellement des porteurs de virus. A Abéché par exemple, où il y a eu un cas avéré du Covid-19, ce même gouvernement a organisé une grande cérémonie regroupant des milliers de personnes pour introniser un sultan. Il y a des personnes qui sont atteintes du Covid-19 mais qui continuent à recevoir des personnes où ils sont soignés. »

Des médecins insuffisamment dotés en matériels de protection sont morts. Le port de masque est enfin obligatoire dans tout le pays. Le régime l’avait recommandé il y a trois semaines avant de faire un rétropédalage.

Difficile confinement

« Le gouvernement a attendu jusqu’à la mi-mars pour mettre sur pied des structures aussi nombreuses qu’inefficaces », accuse le parti Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR) de l’opposant Saleh Kebzabo.

Celui-ci avait suggéré l’isolement de la capitale. Mais pour Mahamoud Youssouf Kahyal, le ministre de la Santé, cette opération était difficile à réaliser :

« La grande majorité de la population doit aller au marché, doit travailler au jour le jour pour arriver à régler les problèmes quotidiens. Je pense qu’au Tchad, on n’a pas besoin d’un confinement total. Mais si cela s’impose, on va le faire. »

Cependant, le nombre de cas positifs a été multiplié par cinq en l’espace d’une semaine. Selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publiés jeudi (30.04.20), le Tchad enregistrait 52 cas positifs dont deux décès. Max Loangar, président de la Ligue tchadienne des droits de l’homme (LTDH), déplore la négligence des autorités.

« Je crois que par rapport à la fermeture des frontières, ils ont été quelque peu laxistes. Quelques vols ont eu lieu, des gens sont descendus sans être mis en quarantaine. Je crois que ça s’imposait pour ne pas que l’arrière-pays soit exposé. Au vu de ce qui se passe à N’Djamena, on peut dire que la maladie est là. »

Des arrêtés flous

Un deuxième arrêté interministériel abrogeant le premier a mis aussi en quarantaine les chefs-lieux des 23 provinces du Tchad.

Il reste encore flou, selon Antoine Sougnabe Misset, coordonnateur de l’action citoyenne contre le Covid-19 (A3C). Il ajoute que l’isolement des villes « va compliquer les opérations de secours entre les villes, les échanges. Cet arrêté va causer beaucoup plus de mal que du bien à la société tchadienne ».

Le parti de Succès Masra déclare avoir proposé un plan concret de gestion du Covid-19 au gouvernement.

Il appelle à la mise en place d’un comité multidisciplinaire pour mieux lutter contre le virus.