L’écologie a le vent en poupe depuis les résultats des élections européennes. Europe Écologie-Les Verts (EELV) a surpris l’ensemble des observateurs dimanche en se hissant à la troisième place du scrutin, avec 13,5 % des voix. Un sursaut électoral inattendu qui est loin d’avoir échappé à Emmanuel Macron.

En déplacement à Bruxelles mardi, pour un sommet extraordinaire de l’Union européenne, le chef de l’État n’a pas manqué de commenter cette percée du vote écologiste. La demande de « répondre à l’urgence climatique » est « un message très fort en France et partout en Europe », a-t-il déclaré devant la presse, avant d’ajouter que le résultat du scrutin attestait d’une « véritable recomposition » du paysage politique. Un chambardement certes, mais dans lequel il pourrait bien jouer sa carte.

Les européennes pour se reverdir

Parfois accusé de ne pas agir suffisamment pour le climat au-delà de ses discours, le président avait entrepris de reverdir son image à travers le programme porté par la liste Renaissance aux européennes. Nathalie Loiseau et son numéro deux, l’écologiste Pascal Canfin, proposaient ainsi d’injecter 1000 milliards d’euros dans la transition écologique d’ici 2024 via la création d’une Banque européenne du climat.

Alors que l’exécutif traîne comme un boulet l’interdiction du glyphosate, la liste La République en marche proposait également de bannir l’herbicide d’Europe d’ici 2021 et de diviser par deux l’utilisation de pesticides.

« Le programme écologique de Renaissance lors des élections européennes, s’il est appliqué, n’est pas dénué d’ambition », analyse pour L’Express Daniel Boy, directeur de recherche au Centre de recherches politiques de Sciences po (CEVIPOF) et spécialiste de l’écologie politique. « La question reste de savoir s’il sera bien appliqué », nuance-t-il néanmoins.

Pour y parvenir, LREM a lancé dès le lendemain des européennes une opération séduction auprès d’EELV, alors qu’au Parlement européen, le groupe des Verts devrait passer de 50 à 70 eurodéputés. « Nous devons tendre la main aux écologistes (…) Il y a une majorité à constituer au Parlement européen, moi je suis convaincu que les écologistes responsables ont toute leur place », a ainsi plaidé François de Rugy, ancien d’EELV, au micro de Radio Classique lundi.

De nouvelles instances pour l’écologie en France

Au-delà de la politique européenne, les efforts seront aussi nationaux assure-t-on au sein de la majorité. « Nous allons accélérer le mouvement au niveau français en matière d’écologie », confirme auprès de L’Express Jean-Baptiste Djebbari, porte-parole de LREM à l’Assemblée et membre de la commission développement durable. Signe des temps selon lui, la décision du Conseil de défense écologique prise début mai, déclarant « l’incompatibilité » du projet minier de la Montagne d’or, « avec les exigences environnementales ».

Autre innovation dans les tiroirs, le lancement en juin de la Convention citoyenne : un nouvel organe composé de 150 citoyens tirés au sort pour réfléchir aux mesures à adopter en matière de transition écologique. Certaines décisions pourraient ensuite être directement adoptées, soumises à l’Assemblée, ou encore à référendum, comme l’avait annoncé le ministre de la Transition écologique François de Rugy sur BFMTV fin avril.

« Je pense que c’est aussi par ce biais-là qu’on pourra créer du consensus et un élan citoyen », estime Jean-Baptiste Djebbari, affirmant qu’aucun sujet ne sera tabou. Pas même celui de la taxe carbone, à l’origine du mouvement des gilets jaunes le 17 novembre dernier, atteste-t-il. « Cette convention citoyenne pourrait séduire un certain nombre d’électeurs écologistes, dans la mesure où elle implique directement les citoyens, sur le sujet de la politique environnementale », note le chercheur Daniel Boy.

Un réservoir de voix conséquent

Une mise au vert d’autant plus intéressante pour le chef de l’État qu’elle représente un réservoir de voix conséquent en vue des prochaines échéances électorales. Selon un sondage Ipsos en date du 26 mai, 14% des électeurs ayant glissé un bulletin EELV dans l’urne aux européennes avaient voté pour Emmanuel Macron lors du premier tour de la présidentielle de 2017.

« On constate que certaines personnes qui avaient voté pour nous par le passé se sont déportées vers un vote EELV aux élections européennes. Il nous faut donc leur prouver que le parti réellement crédible sur l’écologie, c’est nous », appuie Jean-Baptiste Djebbari. « Je ne pense pas que le vote en faveur des Verts soit un plébiscite de Yannick Jadot, c’est surtout le signe que l’écologie est une préoccupation importante des électeurs », ajoute-t-il.

Un constat assez proche de celui que dresse le chercheur Daniel Boy. « On sait que certains écologistes ont voté pour Emmanuel Macron à l’élection présidentielle. Donc il y a un potentiel électoral, cela ne fait pas de doutes », décrypte-t-il. « Ces mesures écologistes ont sans doute un fond de sincérité dans la mesure où ils ont conscience de l’importance des enjeux environnementaux, mais il y a vraisemblablement aussi un peu de stratégie politique. »