Plusieurs ONG ont dénoncé mercredi la poursuite des ventes d’armes françaises à l’Arabie saoudite et aux Émirats Arabes Unis.

Selon un rapport du ministère des Armées, dévoilé lundi par l’AFP, le Proche et Moyen-Orient ont représenté l’an dernier environ 60% des commandes d’armement français. Soit 3,9 milliards d’euros sur un total de 6,9 milliards d’euros. Le Koweït est en tête (1,1 milliard) suivi du Qatar (1,08 milliard ), des Émirats arabes unis (701 millions) et de l’Arabie saoudite (626 millions).

Dans un communiqué, trois ONG – Amnesty International France, ACAT et Observatoire des armements – accusent l’hexagone de participer aux conflits ayant lieu dans ces régions en vendant des armes aux pays concernés : « La France surfe de façon éhontée sur la crise entre les pays du Golfe, engagés dans une course inquiétante pour leur réarmement » écrit Tony Fortin, de l’Observatoire des armements. Mais ce sont les conséquences pour la guerre au Yémen qui ulcèrent le plus ces organisations : « Les Émirats arabes unis, le Koweït, l’Arabie saoudite et l’Égypte, impliqués dans ce conflit, figurent parmi nos premiers clients » rappelle Tony Fortin.

Le cas de l’Arabie saoudite retient en particulier l’attention des ONG. Ce pays mène la coalition intervenant au Yémen. « Pour l’Arabie saoudite seulement, la France a livré en 2017 pour plus de 1,381 milliard d’euros de matériels de guerre, bien plus qu’en 2015 ou 2016 », déclare Aymeric Elluin, chargé de plaidoyer Armes et Justice internationale chez Amnesty International France.

La France a-t-elle le droit de vendre des armes à ces pays ?

Le communiqué rappelle qu’en Belgique, le Conseil d’État a annulé le 29 juin 2018 des licences d’exportations à destination de l’Arabie saoudite. En parallèle, Tony Fortin condamne ce qui représente selon lui, « une violation manifeste » par la France « du traité sur le commerce des armes et de la Position commune de l’Union européenne interdisant les transferts vers des pays accusés de crimes de guerre ».

Sur le site du ministère de la Défense, la France se targue pourtant d’attacher « la plus grande importance au Traité international sur le commerce des armes (TCA) ». L’hexagone s’engage, entre autres, à « limiter la fourniture d’armes et de munitions dans les zones d’instabilité » et « préserver la paix, la sécurité et la stabilité régionale ».

Interpellée sur le paradoxe entre le respect du TCA et la vente d’armes à des pays en guerre, la ministre des Armées Florence Parly s’était justifiée sur France Inter en février dernier: « Qui pouvait imaginer la survenance de ce conflit au Yémen? (…) Beaucoup de pays sont confrontés à cette situation que d’avoir, le cas échéant, livré des armes à d’autres pays alors que ces armes n’étaient pas censées être utilisées ». « L’utilisation des armes, une fois livrée, est normalement encadrée, mais les conflits peuvent évoluer », a-t-elle assuré. La guerre au Yémen, démarrée en 2015, dure toujours actuellement.