Les différences d’approche et de vision se sont encore révélées patentes entre la France et l’Allemagne, à l’occasion de la visite du président français à Berlin, jeudi.

Avant de se mettre au travail, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont visité le chantier du Forum Humboldt au cœur de Berlin. Sur l’emplacement de l’ancien Palais de la République, où se trouvait le parlement de l’ex-Allemagne de l’Est, les autorités allemandes ont entrepris de reconstruire l’ancien château des Hohenzollern, rasé après la guerre par le régime communiste. Le nouveau lieu, qui ouvrira en 2019, abritera des musées et des événements culturels. C’est dans un bâtiment en reconstruction que la chancelière allemande et le président de la République française ont repris leurs discussions sur l’avenir de l’Union européenne. «D’ici au mois de juin, nous prendrons des décisions importantes pour la relance de l’Europe», a affirmé la première. «La volonté d’avancer ne manque pas», a assuré le second.

Si la promesse est là, les différences d’approche et de vision sont encore patentes entre la France et l’Allemagne. La CDU/CSU, le parti d’Angela Merkel, est décidée à freiner les ambitions d’Emmanuel Macron en matière d’Europe. «Nos points de départ sont parfois différents, il nous faut des échanges ouverts et francs», a admis la chancelière en plaidant pour «des compromis». «Nous devons mieux articuler responsabilité et solidarité» en Europe, a ajouté Emmanuel Macron en reprenant des mots chers à l’Allemagne. Mais dans la bouche du président français, l’enjeu est de «construire la solidarité» au sein de l’Union, alors que les instruments de responsabilité existent déjà.

Six mois après le discours d’Emmanuel Macron à la Sorbonne et les élections fédérales allemandes, Angela Merkel est maintenant sous pression. «Je ne savais pas que la formation d’un gouvernement pouvait durer aussi longtemps», a-t-elle déclaré comme pour s’excuser: il lui a fallu six mois pour trouver une majorité. «Il a fallu mettre la magie de côté, mais maintenant elle est de retour», a-t-elle ajouté, en référence aux mots qu’elle avait utilisés en mai 2017 en accueillant pour la première fois Emmanuel Macron à Berlin: «Tout début a sa part de magie, mais le charme ne dure que si les résultats sont à la clé», avait-elle déclaré. Il s’agissait d’un avertissement à son homologue pour qu’il mène à bien des réformes en France. En difficulté aujourd’hui sur le terrain social, Emmanuel Macron attend maintenant un geste de l’Allemagne en contrepartie.