Le Sénat dominé par l’opposition de droite a entamé lundi l’examen en première lecture du texte encadrant la restauration de Notre-Dame, la quasi totalité des groupes mettant en garde contre « une loi d’exception » et un chantier qui serait mené tambour battant.

Le texte déjà adopté par l’Assemblée nationale entérine l’ouverture d’une souscription nationale pour gérer les dons de particuliers, d’entreprises ou de collectivités qui ont immédiatement afflué après l’incendie qui a détruit le 15 avril la charpente et la flèche de ce monument emblématique.Il prévoit une majoration de la réduction d’impôt applicable aux dons des particuliers (portée à 75% dans la limite de 1.000 euros). Contre l’avis du gouvernement, le Sénat a prévu qu’elle s’applique dès le 15 avril, pour ne pas pénaliser les premiers contributeurs, alors que le texte initial fixait la période du 16 avril au 31 décembre. La partie du projet de loi la plus controversée porte sur la création par ordonnances d’un établissement public destiné à assurer la conduite des études et travaux.

Tout aussi controversé, l’article habilitant le gouvernement à déroger à certaines règles (urbanisme, environnement, construction, préservation du patrimoine, commande publique) a été supprimé par les sénateurs dès l’examen en commission, avec l’assentiment de quasiment tous les groupes. « Oui, nous restaurerons Notre-Dame de Paris. Le président a fixé un objectif, 5 ans, c’est un délai ambitieux, volontariste (…). Dans cette tâche qui nous attend, nous ne confondrons jamais pour autant vitesse et précipitation », a déclaré le ministre de la Culture Franck Riester. Le chef de l’Etat a réaffirmé vendredi ce calendrier qui irrite les sénateurs à peu près sur tous les bancs.

« Il s’agit d’une loi pour reconstruire Notre-Dame de Paris, pas Notre-Dame de l’Elysée », a attaqué David Assouline (PS).  Le rapporteur LR Alain Schmitz (LR) a jugé « absurde de se laisser enfermer dans le délai de 5 ans si celui-ci doit conduire à rogner sur la qualité du chantier ». « Que vous vouliez aller vite, pourquoi pas ? A condition que cela reste un objectif et non pas un impératif », a affirmé la présidente de la commission de la Culture Catherine Morin-Desailly (centriste). « Le chantier durera ce qu’il doit durer ». « A la patience, vous substituez l’urgence (…), à la persévérance vous substituez la performance », a accusé le chef de file des sénateurs LR Bruno Retailleau, tandis que Pierre Ouzoulias (CRCE à majorité communiste) évoquait « une dépossession » des autorités compétentes « au profit d’un dispositif contrôlé depuis le plus haut sommet de l’État ».

 « Tradition » et « modernité »

Les sénateurs ont inscrit dans le texte une référence aux engagements internationaux de la France en matière de patrimoine, qui imposent de « préserver l’authenticité et l’intégrité » du monument lors de sa restauration. Elle devra être fidèle au « dernier état visuel connu » du monument avant le sinistre, y compris la flèche, ont acté les sénateurs en commission. Un prérequis qui n’exclurait cependant pas l’utilisation de matériaux et techniques différents. Ce point risque de relancer dans l’hémicycle la querelle entre anciens et modernes qui a suivi l’annonce d’un concours d’architecture international pour restaurer la flèche.

Les socialistes sont opposés à l’introduction d’un critère pour la restauration à l’identique « qui interdirait tout geste architectural ultérieur ». Au contraire, Jean-Pierre Leleux (LR) défend une « fidélité à l’état originel » qui respecterait également, « dans la mesure du possible, l’emploi des matériaux utilisés par les bâtisseurs ». Pour sa part, assumant être « conservatrice » en la matière, la maire de Paris Anne Hidalgo (PS) s’est dite sur le site du Journal du Dimanche « favorable à ce que (la cathédrale) soit restaurée à l’identique », tout en mettant de côté la question de la flèche, qui « n’a été ajoutée qu’au XIXe siècle ».

Vendredi, Emmanuel Macron a assuré que le chantier « redonnerait une flèche » à la cathédrale. « Nous devons faire une reconstruction inventive » en s’inspirant de « ce qu’avait fait Viollet-Le-Duc en son temps », qui avait privilégié « une alliance de la tradition et de la modernité, une audace respectueuse », selon le chef de l’Etat.