Alors que les grandes vacances approchent, de nombreux enfants savent qu’ils devront plancher cet été sur les traditionnels cahiers de vacances.

Le grand départ se rapproche à grand-pas. Le plein de la voiture est fait, le coffre sera comme d’habitude remplit à ras-bord. Mais il reste tout de même une petite place pour les cahiers de vacances. Pas question de laisser votre enfant sans rien faire pendant deux mois? Vous n’êtes pas le seul à penser comme ça: Il s’en va chaque année entre 4 et 5 millions en France. Ce sera donc une heure de devoirs par jour. Ou par semaine. Enfin on verra au gré de l’été. En tout cas, l’idée de départ c’est d’entretenir les connaissances scolaires infusées tout au long de l’année et de faire en sorte de ne pas arriver totalement déconnecté à la rentrée.

« En vacances, on a trop  d’opportunités pour faire des choses ultra cools et apprendre différemment »

Tout cela part sans doute d’un bon sentiment. « La vraie question à poser c’est est-ce que ça fait du sens? Moi je pense que non. En vacances, on a trop  d’opportunités pour faire des choses ultra cools et apprendre différemment », assure Héloïse Pierre. Il y a trois ans, elle a fondé la société Topla, qui propose des jeux éducatifs aux enfants de quatre à 11 ans. Comme chaque année, elle propose pour l’été une sorte de contre-programmation aux cahiers de vacances: un petit livre de 20 exercices centrés sur les mathématiques dont la particularité est de se baser sur des expériences concrètes pour revoir les leçons de l’année écoulée.

Elle est encore loin de pouvoir concurrencer les poids-lourds du secteur, puisqu’il s’est vendu 2000 exemplaires de son livre l’an passé. Mais elle espère doubler les chiffres cet été. Mais si elle reconnait avoir encore du mal  à convaincre les parents « qu’on peut apprendre en s’amusant », elle y croit dur comme fer.

« Selon les chiffres, il se dit que 50% des enfants ne terminent pas leur cahier de vacances, reprend Héloïse Pierre. Du coup, on propose des activités qui se basent sur les choses qui nous entourent: faire un château de sable pour utiliser la symétrie, fabriquer une cabane dans les bois en utilisant les volumes dans l’espace… C’est dommage de ne pas utiliser tout cet environnement qui change par rapport à l’école. Cela vient en complémentarité avec ce qu’on a fait dans l’année ».

« Là on peut faire la cuisine avec son enfant et lui apprendre les mathématiques »

Des méthodes sur le papier plus séduisantes qu’une heure assis dans la salle à manger alors que tout le monde joue dans la piscine, mais qui réclament un minimum d’investissement de la part des parents. « Il faut qu’ils aient vraiment envie de le faire et qu’ils soient capables de donner du plaisir à leurs enfants », prévient la psychopédagogue Florence Millot. En période de vacances, les apprentissages doivent s’adapter au nouveau rythme de la famille, et pas l’inverse.

« Le cahier de vacances, c’est sécurisant, mais ça reprend toujours la forme de l’intelligence scolaire: la phrase à compléter, les petits calculs… Là on peut faire la cuisine avec son enfant et lui apprendre les mathématiques. Pour la biologie, on peut aller regarder directement dans la nature comment pousse une plante. Il faut essayer d’être dans le concret. Pour l’orthographe on lance un jeu du petit bac. C’est souvent ce qui manque aux enfants et c’est aussi pour ça qu’ils n’aiment pas travailler: ça ne leur parle pas », explique Florence Millot.

C’est encore plus vrai avec la nouvelle génération, selon la psychopédagogue Brigitte Prot. Selon elle, si le recours à des cahiers de vacances « n’a pas beaucoup de sens sauf si l’enfant le demande », ceux-ci peuvent servir certains élèves qui auraient besoin de se rassurer. « Avant les vacances, on peut établir une liste de points à revoir. Et avoir recours à un cahier de vacances de manière ciblée: si l’item n°7 correspond à un point à revoir, là oui ça a du sens. Mais il y aussi aujourd’hui beaucoup de ressources disponibles sur des points très précis sur internet. Et on ne refait pas une année scolaire en deux mois de vacances. Ce que je propose, c’est qu’il n’y ait rien en juillet, qu’on reprenne début août avec un peu tous les deux jours et jamais plus de 45 minutes ».

« Pour l’écriture on peut proposer un album photo commenté des vacances à partir d’une aventure »

Pour le reste, à peu près tout peut être prétexte à travailler en vacances. « Il faut savoir saisir les occasions, sans être obsédé par ça en transformant la vie quotidienne en une sorte de chemin de croix scolaire qui serait contre-productif », explique Philippe Meirieu, professeur émérite à l’université de Lyon 2 et chercheur en sciences de l’éducation. Préparer une excursion pour servir de guide aux parents, apprendre à se repérer sur une carte, lancer un herbier, collectionner des cailloux, gérer un repas des courses jusqu’à la vaisselle, « Il y a une multitude d’activité de vacances qui sont des occasions de travail en commun extrêmement utiles pour le développement intellectuel et psychologique de l’enfant », assure-t-il.

Mais sans cahier de vacances, on peut aussi travailler des savoirs aussi fondamentaux que la lecture et l’écriture. « C’est souvent négligé par les parents, parce que c’est compliqué, admet Philippe Meirieu. Pour la lecture, on peut lire les mêmes livres, ou se les raconter oralement. Pour l’écriture,  les enfants ont tous la possibilité de faire des photos avec un smartphone, on peut donc proposer un album photos commenté des vacances à partir d’une aventure. Il faut le faire de manière ludique et trouver ce qui va intéresser l’enfant », conclut Philippe Meirieu.