Parler cash ne doit pas empêcher de parler vrai

Suite aux propos polémiques tenus par Laurent Wauquiez devant les étudiants lyonnais, un professeur de l’École de management de Lyon, pointe les erreurs énoncées à propos de la participation de la région au financement des organisations syndicales.

Le Président de la région Auvergne Rhône-Alpes Laurent Wauquiez, à l’occasion d’une série de cours dispensés à l’EMLYON, avait prévenu les étudiants -tel que le rapporte l’un des élèves présent, dans une interview au Figaro du 17 février: «Vous serez cash avec moi, je serai cash avec vous.» À la suite du charivari provoqué par quelques réponses aux élèves, certains d’entre eux ont voulu remercier, dans une tribune, Laurent Wauquiez pour «la transparence dont il a fait preuve» et protester contre les quelques minutes rendues publiques qui n’ont pas rendu compte de la qualité de l’ensemble de sa prestation. La tonalité directe, «cash», des échanges et la rapidité des réponses à la suite ou en parallèle du cours –nous n’y avons pas assisté– ne sauraient servir d’alibi aux erreurs avancées.

Sur l’un des sujets abordés, les syndicats, au sujet desquels nous avons quelque compétence à parler, les propos de Laurent Wauquiez n’étaient malheureusement pas exacts. Nous le citons: «Par exemple, les associations syndicales recevaient à peu près 5 millions d’euros de la région. La CGT se faisait un joli chèque de 3 millions d’euros sur le budget de la région, chaque année. Je les ai reçus et je leur ai dit: « moi je suis extrêmement attaché à l’indépendance des syndicats et comme je veux surtout pas que vous dépendiez de moi, hé ben c’est zéro ».»

Annoncer en France, où la tradition syndicale n’est pas particulièrement forte, que l’on refuse de financer les organisations syndicales, CGT en tête, c’est à coup sûr s’assurer les vivats de la foule qui ne manquera pas de souligner les mérites du parler vrai et le courage des décisions difficiles.

La région, dans les deux mandatures précédentes, a certes apporté son concours aux organisations syndicales (O.S.) mais en contrepartie de prestations au service du dialogue social territorial. Le nouveau Président a parfaitement le droit de considérer que les dispositifs financés (le travail des organisations syndicales pour proposer des solutions dans les TPE en difficultés, le travail de ces mêmes O.S. pour anticiper les grandes mutations touchant le tissu économique, le soutient à des projets portés par les O.S. en matière de formation) ne donnaient pas de résultats satisfaisants.

Encore eut-il été honnête de dire en quoi l’évaluation très favorable réalisée par l’exécutif précédent était faillible, au-delà de la simple opposition politique. Cela eut évité de donner à penser qu’il s’agissait de subventions sans contreparties quémandées par les syndicats ou d’arrangements entre «copains et coquins». Ce dialogue lancé par Anne-Marie Comparini (ex-assistante parlementaire de Raymond Barre) a, au contraire, été co-construit, dans la transparence, entre les partenaires sociaux et les pouvoirs publics. Son but : donner réellement vie sur les territoires au jeu positif des corps intermédiaires, tant défendu par le christianisme social auquel le Président Wauquiez se réfère parfois.

Mais il y a plus. Les sommes annoncées par Laurent Wauquiez sont fausses. C’est un montant d’environ 510 000 euros (2014) et non de 5 millions que se partagent les organisations syndicales chaque année, dix fois moins que ce qui fut annoncé devant les élèves de l’EMLyon. À cela s’ajoutait une enveloppe d’environ 60 000 euros, dans le cadre de la politique mise en place dans les années 90, pour développer la coopération internationale des 4 moteurs chère à la Région Rhône-Alpes (Lombardie-Catalogne-Baden Wurtemberg). Nous sommes loin de la transparence louée par des élèves trompés. Nous sommes loin d’un parler «cash» qui dit «vrai».