La France compte 8,8 millions de pauvres, selon l’Insee. Les familles monoparentales, les chômeurs, les jeunes, mais aussi les agriculteurs et les artisans commerçants sont particulièrement touchés. 65% des pauvres vivent dans les grandes villes.

Alors qu’Emmanuel Macron dévoile son plan pauvreté ce jeudi, Le Figaro fait le point sur les grands chiffres et les principaux enseignements relatifs à la pauvreté en France. La récente étude de l’Insee sur les niveaux de vie en 2016, l’édition 2018 de l’étude de l’Insee sur «Les revenus et le patrimoine des ménages», ainsi que les travaux de l’Observatoire des inégalités donnent un aperçu détaillé de la situation. Voici ce qu’il faut savoir:

• Un seuil de pauvreté à 1026 euros par mois

Selon l’Insee, le seuil de pauvreté monétaire en France s’élevait à 1026 euros par mois en 2016. Ce chiffre correspond à 60% du niveau de vie médian de la population. Le niveau de vie médian – qui sépare la population française en deux parts égales – était de 1710 euros par mois en 2016.

• 8,8 millions de pauvres

La France comptait 8,8 millions de pauvres en 2016, selon l’Insee. En d’autres termes, 8,8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté monétaire – qui s’élève donc à 1026 euros par mois – en 2016.

• Un taux de pauvreté à 14%

En 2016, le taux de pauvreté était de 14%, en baisse de 0,2 point par rapport à 2015. Cette légère baisse s’explique par la mise en place de la prime d’activité, estiment les experts de l’Insee. Au plus bas, en 2004, le taux de pauvreté français atteignait 12,8 %, contre 17,9 % en 1970. Malgré cette relative stabilité du taux de pauvreté, le nombre de pauvres a tout de même augmenté d’un million entre 2005 et 2015.

• Le taux de pauvreté en France est l’un des plus faibles d’Europe

Les données d’Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne, permettent d’établir une comparaison au niveau européen. Cet organisme évoque le taux de risque de pauvreté, c’est-à-dire la part des personnes dont le revenu total du ménage disponible est inférieur au seuil de risque de pauvreté monétaire, fixé à 60% du revenu disponible équivalent médian national après transferts sociaux.

Selon Eurostat, le risque de pauvreté en France atteignait 13,6% en 2015. Un chiffre inférieur aux taux de pauvreté allemand et britannique, par exemple.

• 35% des familles monoparentales sont pauvres

Selon l’Insee, qui s’intéresse à la pauvreté selon la composition familiale, les familles monoparentales sont les plus exposées à la pauvreté: 34,8% d’entre elles étaient considérées comme pauvres en 2016. «Leurs membres sont quatre fois plus souvent pauvres que les personnes vivant dans un ménage composé d’un couple avec un ou deux enfants», explique l’Insee.

• 38% des chômeurs vivent sous le seuil de pauvreté

Les travaux de l’Insee permettent également de mesurer le niveau de pauvreté selon le «statut d’activité». En 2016, 38,3% des chômeurs étaient pauvres. Du côté des inactifs de 18 ans ou plus, le taux de pauvreté des retraités est à un niveau faible (7,4%) tandis que celui des autres inactifs (dont les étudiants) atteint 31,1%. Parmi les actifs occupés, les indépendants sont bien plus pauvres (17,5%) que les salariés (6,4%). Le taux de pauvreté des enfants de moins de 18 ans reste à un niveau élevé (19,8%).

• 26% des moins de 30 ans sont pauvres

Des données de l’Insee, qui datent de 2015, informent sur le taux de pauvreté en fonction de l’âge. En 2015, 25,7% des moins de 30 ans vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 7,4% des 65 ans ou plus.

• Agriculteurs, artisans, commerçants: près d’un sur quatre est pauvre

Si on se penche sur le niveau de pauvreté en fonction de la catégorie socio-professionnelle (CSP), toujours selon les données de l’Insee de 2015, on s’aperçoit que les agriculteurs, artisans, commerçants et chefs d’entreprise sont davantage touchés par la pauvreté que d’autres CSP: leur taux de pauvreté était de 23% en 2015.

• 65% des pauvres vivent dans les grandes villes

«65% des personnes pauvres vivent dans les grands pôles urbains, là où habitent aussi les plus riches et où les inégalités de revenus sont les plus élevées», explique l’Observatoire des inégalités dans une note de novembre 2017. Avant de poursuivre: «La carte de France de la pauvreté fait surtout ressortir les grandes régions industrielles, la France des grandes villes et de l’immigration, au nord-est et autour de la Méditerranée».

• 4,15 millions d’allocataires des minima sociaux

D’autres chiffres, relatifs à la précarité, sont également à prendre compte pour rendre compte du phénomène de pauvreté. Selon une étude publiée début septembre par le ministère de la santé, 4,15 millions de personnes étaient allocataires de minima sociaux fin 2016 (RSA, minimum vieillesse, allocation aux adultes handicapés, allocation de solidarité spécifique, etc). Avec les conjoints et les personnes à charge, 7 millions de personnes sont couvertes, soit 11% de la population. Par ailleurs, les prestations sociales réduisent le taux de pauvreté de 8,1 points: elles permettent de contenir le taux de pauvreté aux alentours de 14% alors qu’il serait de près de 22% sans aides sociales.

• 1 Français sur 5 est en situation de précarité alimentaire

Selon le baromètre Ipsos-Secours populaire diffusé mardi, plus d’une personne sur cinq (21%) admet avoir du mal à se procurer une alimentation saine lui permettant de manger trois repas par jour, tandis que payer la cantine des enfants représente également un obstacle financier pour 19% des personnes.

D’autres données sont également préoccupantes. Ainsi, selon des chiffres de l’Insee de 2012, 6% des ménages français ne peuvent maintenir leur logement à bonne température tandis que 28% se trouvent dans l’impossibilité de se payer une semaine de vacances au moins une fois dans l’année.