Donald Trump se rend mercredi au sommet de l’Otan et les débats s’annoncent tendus, le président américain attendant de gros efforts financiers de la part de ses alliés.

C’est un contentieux qui dure depuis son arrivée à la Maison-Blanche. Donald Trump souhaite que ses alliés augmentent leur budget de défense afin de rééquilibrer la charge financière au sein de l’Otan. Mardi, à la veille du sommet de l’Alliance, le président américain a mis la pression à ses homologues sur Twitter : « De nombreux pays de l’OTAN, que nous sommes censés défendre, sont non seulement en dessous de leur engagement actuel de 2% (ce qui est faible), mais ils sont également en retard depuis de nombreuses années dans des paiements qui n’ont pas été faits. Vont-ils rembourser les Etats-Unis? », s’est interrogé le milliardaire.

Pour comprendre la colère du président américain, il faut s’intéresser au mode de financement de l’Otan, qui se fait de deux façons :

  • Indirectement, lorsque les membres mettent au service de l’organisation des moyens militaires. C’est pour cela que Donald Trump est attentif au budget de défense de chacun des pays membres.
  • Directement, à travers des contribution au budget de l’Alliance. Celles-ci sont utilisées pour financer le « budget civil » de l’Otan (248 millions d’euros en 2018), qui couvre les coûts de fonctionnement du siège de Bruxelles, et le « budget militaire » (1,325 milliard en 2018), qui finance la structure de commandement de l’Otan.

Concernant ces contributions directes, les 29 membres contribuent à hauteur d’une formule de partage des coûts fondée sur la taille de leur économie : les Etats-Unis paient 22% du total, suivis de l’Allemagne (14%) puis de la France et du Royaume-Uni (10,5% chacun).

Du retard sur l’objectif de 2%

La colère de Donald Trump vient principalement du fait que contrairement à leur engagement de 2006, les pays de l’Otan peinent à atteindre l’objectif des 2% du PIB consacré à la défense. La crise financière de 2008 a balayé leurs bonnes intentions et de nombreux pays ont revu à la baisse leurs engagements à l’époque. Lors du sommet de l’Alliance au Pays de Galles en 2014, les 29 membres de l’Otan s’étaient donc de nouveau engagés à « viser d’atteindre l’objectif de 2% en une décennie ».

Les Etats-Unis sont de loin le plus gros contributeur de l’Otan. Leur budget de défense représente cette année 3,50% du PIB américain. La Grèce est deuxième position (2,27%), devant l’Estonie (2,14%), le Royaume-Uni (2,10%) et la Lettonie (2%). Ce sont les seuls pays européens à avoir déjà atteint l’objectif de 2% du PIB. Mais la Pologne est à 1,98% en juillet 2018, la Lituanie à 1,96% et la Roumanie à 1,93%. Ces trois pays devraient avoir atteint l’objectif d’ici la fin 2018, a précisé l’Otan. La France atteint 1,81%.

Mais l’Allemagne, première économie européenne, n’est qu’à 1,24%. Le Canada est à 1,23%. C’est pourquoi les deux pays sont des cibles privilégiées de Donald Trump. Dès son arrivée à Bruxelles mercredi, le président américain s’est montré très offensif vis-à-vis de l’Allemagne, qu’il a accusée d’être « prisonnière » de la Russie pour ses approvisionnements en énergie et d’enrichir un pays considéré comme l’ennemi de l’Alliance. La Maison-Blanche a annoncé dans la foulée que Donald Trump allait rencontrer Angela Merkel en marge du sommet. Les discussions s’annoncent tendues.

Des débats agités en prévision

Le secrétaire général de l’Otan, le Norvégien Jens Stoltenberg, est embarrassé par cette tension et n’a pas caché son appréhension sur le déroulement du sommet. « Je ne serais pas surpris qu’il y ait des discussions vigoureuses, notamment sur les dépenses de défense », a-t-il reconnu mardi. « J’espère que nous pourrons avoir pendant le sommet des discussions franches et honnêtes sur les désaccords et les divergences de vues, mais il est de mon devoir de réduire leur impact sur l’Otan afin que l’Alliance puisse demeurer la pierre angulaire de la sécurité transatlantique », a-t-il ajouté.

Selon lui, « les Alliés ne doivent pas augmenter leurs dépenses pour plaire aux Etats-Unis, mais parce que c’est dans leur intérêt. »