Trente jours de prison : c’est la peine dont écope Alex van der Zwaan, un avocat néerlandais vivant à Londres et mis en cause dans le cadre de l’enquête du FBI sur les soupçons d’ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine de 2016.

Alex van der Zwaan, 33 ans, est la première personne condamnée dans l’enquête sur l’ingérence russe dans l’élection américaine de 2016. Cet avocat néerlandais lié à un ex-responsable de campagne de Donald Trump a été condamné mardi à Washington à 30 jours de prison, après avoir menti dans le cadre des investigations tentaculaires menées depuis pratiquement un an par le procureur spécial Robert Mueller.

Il avait plaidé coupable en février, devant une juge fédérale, de faux témoignage. L’avocat, habitant Londres et présent à l’audience, a par la voix de son conseil demandé à échapper à une peine de réclusion ferme, mais la magistrate Amy Berman Jackson ne s’est pas laissée convaincre. Ni Alex van der Zwaan ni son défenseur ne se sont exprimés après le verdict. Le Néerlandais devra se livrer aux autorités pénitentiaires fédérales, régler une amende de 20.000 dollars, et demeurera deux mois en liberté conditionnelle après sa détention.

Russophone, Alex van der Zwaan est le gendre de l’oligarque russe German Khan. Il a travaillé au sein d’un cabinet chargé de redorer l’image de l’ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch, en coopération alors avec le futur directeur de campagne de Donald Trump, Paul Manafort.

Ce que lui reproche la justice américaine, c’est d’avoir menti le 3 novembre 2017 à des enquêteurs du FBI, faisant partie de l’équipe de Robert Mueller, à propos de ses échanges avec Richard Gates, ancien associé de Paul Manafort. Dans le détail, selon des documents judiciaires rendus publics, l’avocat néerlandais n’a pas dit la vérité sur ses discussions avec Robert Gates et un autre interlocuteur, identifié par le FBI comme «Personne A», liée aux services de renseignement russes.

Des e-mails compromettants effacés

Alex van der Zwaan, employé par le cabinet londonien Skadden, Arps, Slate, Meagher & Flom, a aussi effacé des e-mails compromettants, relatifs à sa communication avec «Personne A». Ses avocats ont expliqué qu’il avait agi de la sorte afin de dissimuler le fait qu’il avait enregistré ses conversations avec «Personne A» et Richard Gates.

De 2006 à 2015, Robert Gates et Paul Manafort ont travaillé comme consultants politiques et lobbyistes au service du président ukrainien Ianoukovitch, soutenu par Moscou, et des partis proches de ce dirigeant qui a été renversé en 2014 par un grand mouvement anticorruption. Les deux hommes sont accusés d’avoir monté un système complexe permettant de ne pas déclarer au fisc américain une grande partie de leurs revenus. Plus de 75 millions de dollars de paiement ont ainsi transité par des comptes offshore. Les deux suspects auraient blanchi dans le processus plus de 30 millions de dollars.

Ils ont été inculpés fin octobre par Robert Mueller, qui avait retenu contre eux douze chefs d’accusation, dont blanchiment, fausses déclarations et non déclaration de comptes à l’étranger. Paul Manafort a ensuite dirigé de juin à août 2016 l’équipe de campagne de Donald Trump, dont il a été écarté quand sa proximité avec les intérêts russes en Ukraine a été révélée. Il rejette toutes les charges qui le visent.

Une épée de Damoclès sur la présidence de Trump

Robert Gates a lui d’abord nié toute infraction, avant de faire volte-face en février et d’accepter de coopérer avec les enquêteurs de Mueller. Trois autres personnes ont plaidé coupables de façon publique dans cette enquête, suspendue comme une épée de Damoclès sur la présidence de Donald Trump. Ces accords de négociation de sentence prévoient leur coopération dans les investigations, ce qui retarde leur condamnation.

La stratégie suivie par le procureur spécial accentue la pression sur Paul Manafort, de plus en plus isolé dans la perspective d’une comparution pénale. Les avocats du lobbyiste mènent une âpre bataille procédurale pour la retarder. Mais un procès n’est probablement pas l’objectif prioritaire de Robert Mueller. Il veut pousser Paul Manafort à révéler ce qu’il sait sur l’équipe de campagne de Donald Trump et une éventuelle collusion entre des membres de celle-ci et Moscou. Il risque sinon de finir ses jours derrière les barreaux.