3.700 suppressions de postes. C’est ce que PSA réclame à Opel en Allemagne, selon le conseil d’entreprise du constructeur automobile allemand. Angela Merkel a dû monter au créneau.

PSA exige la suppression de 3.700 emplois chez Opel en Allemagne d’ici à 2020, affirme ce vendredi Wolfgang Schäfer-Klug, président du conseil d’entreprise du constructeur automobile allemand, racheté en 2017 par le groupe tricolore. Il ajoute toutefois que des plans de retraite anticipée et d’autres mesures ont déjà entraîné la disparition de 2.000 postes. « Environ 2.000 personnes ont accepté de partir et il est probable que 2.000 personnes supplémentaires accepteront des plans de départ », souligne Wolfgang Schäfer-Klug dans une conférence de presse. « Ce qui manque, c’est une vision claire de l’avenir pour Opel en termes d’utilisation des capacités de production et de garanties en matière d’emploi au-delà de 2020 », déplore-t-il cependant.

La chancelière allemande était montée cette semaine au créneau sur le dossier Opel. Exceptionnel. Lors d’une conférence de presse mercredi à l’issue d’une rencontre avec des chefs de gouvernement des Länder de l’ex-RDA, Angela Merkel avait déclaré : « le gouvernement fédéral, avec les autorités du Land (de Thuringe), se sent obligé de faire sa part (de chemin) pour l’aider », ajoutant: « des discussions sont en cours ». L’avenir de l’usine d’Eisenach – un ancien site du constructeur est-allemand Wartburg – est en suspens.

Les partenaires sociaux avaient rejeté, lundi, des concessions salariales. La direction d’Opel veut convaincre le syndicat IG Metall de renoncer à une hausse de 4,3% des salaires, en contrepartie d’un nouvel investissement pour un nouveau modèle. Selon le magazine Der Spiegel, le constructeur pourrait  en cas d’échec des discussions réduire les effectifs de l’usine d’Eisenach à un millier de personnes (contre 1.800). Le groupe français a proposé de produire sur place un nouveau « SUV », mais les représentants syndicaux craignent que les ventes de ce modèle ne suffisent pas à assurer la survie du site et ils réclament des garanties supplémentaires. « Ils essaient de nous faire du chantage », précise ce vendredi Berthold Huber, un dirigeant d’IG Metall membre de l’équipe de négociation d’Opel. Lors d’un entretien téléphonique en février 2017 avec la chancelière allemande, Carlos Tavares s’était engagé à ne procéder à aucun licenciement. Mais l’échéance était… à fin 2018.

Des coûts deux fois supérieurs

« Nos coûts de production sont deux fois supérieurs à ceux de PSA », reconnaissait début mars  Michael Lohscheller, le PDG d’Opel, . « Avec General Motors (ancien propriétaire de la firme allemande), c’était très compliqué,  avec des coûts logistiques très supérieurs. Nous sommes aussi en Allemagne, un pays cher », soulignait au salon de Genève le patron du constructeur de Rüsselsheim, racheté par PSA début août 2017 pour 1,3 milliard d’euros (hors filiale financière), et qui « perd de l’argent depuis 1999 » ! Il faut « réduire fortement les coûts, de 700 euros par véhicule d’ici à 2020 », martelait le PDG.

Pour afficher une marge de 2% en 2020 dans les activités automobiles – tel est son objectif -, Michael Lohscheller exclut a priori licenciements et fermetures d’usines au sein d’Opel – qui compte 38.000 salariés, dont la moitié en Allemagne. Mais une étude du centre de recherche automobile de Duisbourg-Essen (CAR) assurait l’an dernier que la firme allemande devrait supprimer 6.000 emplois pour être compétitive… Le PDG mise sur un plan de pré-retraites volontaires. « Nous recueillons un grand intérêt des salariés », soulignait le patron d’Opel qui négocie lui-même avec les partenaires sociaux. Il table aussi sur la réduction du temps de travail et une diminution de la surface des usines de 25%. Avec des plans notamment à Eisenach.

Le ratio voiture produite par salarié chez Opel « est de 20 à 30% inférieur à celui de PSA et tout ça alourdit les coûts des véhicules », explique à Challenges Yann Vincent, directeur industriel de PSA. Opel a déjà annoncé des départs d’effectifs dans les usines d’Opel en Pologne et Hongrie. Sa marque soeur britannique Vauxhall a pour a part annoncé une réduction d’un quart des effectifs dans son usine d’Ellesmere Port. « Il faut ajuster les effectifs aux volumes de production », précise Yann Vincent, qui ajoute: « nous ne mettrons de nouvelles voitures dans les usines que s’il y a un bon niveau de performance ».