L’imam de la mosquée de Toulouse, Mohamed Tataï, est visé par une enquête pour un prêche jugé antisémite et dont le parquet vient de recevoir une traduction officielle et assermentée. Cette dernière doit permettre à la justice de prendre sa décision dans les prochaines semaines.

Après 13 ans de travaux, la Grande mosquée de Toulouse a rouvert ses portes le 23 juin dernier, sous la houlette de Mohamed Tataï, un imam de nationalité algérienne. Mais l’événement a aussitôt été éclipsé. Le responsable religieux, visé par une enquête judiciaire, a en effet été accusé d’avoir tenu des propos antisémites et anti-sionistes dans un prêche en arabe, diffusé sur Internet en décembre 2017. Une vidéo dont une traduction officielle et assermentée a été transmise vendredi au parquet de Toulouse, comme le révèle Le Figaro de mardi.

Selon le quotidien, cette traduction devrait permettre de prendre sa décision dans les prochaines. « Mais pas avant le courant du mois d’août », prévient le parquet de Toulouse.

Pourquoi la justice a-t-elle ouverte une enquête?

Le 29 juin, le procureur de la République a résumé l’affaire dans un communiqué transmis à la presse : « Le parquet de Toulouse a été saisi par le préfet de la Haute-Garonne sur le fondement de l’article 40 du code de procédure pénale de faits susceptibles de constituer une incitation à la haine à travers des propos diffusés dans une vidéo. Cette vidéo, poursuit le communiqué, sous-titrée en anglais, relaierait une partie de prêche en langue arabe d’un Imam de Toulouse. » Un prêche, que le parquet a indiqué vouloir traduire afin de « vérifier la réalité d’un contenu infractionnel ».

Cette vidéo a été diffusée par Memri TV, la chaîne YouTube d’un institut de recherche américain spécialisé dans les médias du Moyen-Orient, qui diffuse des prêches en apposant un sous-titrage en anglais. A en croire la traduction de l’institut Memri – qui fait par ailleurs la promotion d’un Islam modéré -, Mohamed Tataï évoque dans son prêche un des hadiths – ces textes sacrées de l’Islam qui rapportent les actes et les paroles du prophète Mahomet – consacrés au combat entre les Musulmans et les Juifs. Avant de faire, selon lui, une plaisanterie sur l’Etat d’Israël qui ne dépasserait pas les 76 ans. Ce qui a convaincu le préfet de Haute-Garonne de saisir la justice au motif d’une possible « incitation à la haine ».

Qu’a-t-il dit exactement?

Le Figaro revient sur la traduction littérale de la vidéo diffusée par Memri TV, laquelle ne reprend que des extraits du prêche. Selon le quotidien, deux passages posent question à la justice.

D’abord, l’évocation d’un des hadiths attribués à Sahih Muslim, un imam qui vécut entre 821 et 875 et qui, deux siècles après la mort de Mahomet, a rédigé une partie de ces textes sacrés qui, avec le Coran, servent de référence aux musulmans. « [Le Prophète] nous a dit, pendant une bataille meurtrière, une bataille décisive : ‘Le jour du jugement n’arrivera que lorsque les musulmans auront combattu les juifs, et il n’y aura pas un juif derrière un arbre ou une pierre sans que cet arbre ou cette pierre ne dise : Ô musulman, ô serviteur de Dieu, ce juif est derrière moi, viens le tuer' », cite ainsi l’imam de Toulouse.

En pleine polémique, Mohamed Tataï s’est défendu, le 5 juillet dernier dans La Dépêche du Midi, et est revenu sur son choix d’avoir cité ce hadith : « Le Prophète met en garde les fidèles face à un conflit contre les juifs, qui est justement un signe avant-coureur de l’Apocalypse. Comme dans les autres hadiths qui annoncent la fin du monde, ce qui est décrit, c’est précisément ce qu’il faut éviter. »

Dans un autre passage de la vidéo, l’imam algérien évoque dans son prêche l’actualité de décembre dernier, et notamment la décision de Donald Trump de transférer l’ambassade américaine en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem. Mohamed Tataï cite alors « le Premier ministre israélien » qui aurait dit, selon « la presse », « craindre que l’Etat d’Israël ne dépasse pas l’âge de 76 ans ». « Ça, c’est amusant, c’est amusant », commente alors Mohamed Tataï en arabe. Et d’ajouter : « Une de leurs célébrités a dit : ‘Les gens ne sont pas venus [à l’inauguration de l’ambassade américaine] pour l’enterrement de [Shimon] Perès [le président israélien mort il y a deux ans, NDLR], mais pour l’enterrement d’Israël’.' » Le propos est confus, mais il pourrait être interprété comme antisioniste.

« Les deux citations, l’une évoquant la fin du monde, à condition qu’il n’y ait ‘pas un juif’ sur la terre, et l’autre sur la durée de vie de l’État d’Israël, sont liées dans le prêche », assure encore Le Figaro.

Un imam isolé en France, mais soutenu par le gouvernement algérien

L’affaire a d’ores et déjà provoqué du remous au sein de la communauté musulmane française. La Grande mosquée de Paris, qui avait supervisé l’inauguration de la nouvelle mosquée de Toulouse, a dû sortir de sa réserve. Son recteur, Dalil Boubakeur, avait d’abord redit sa confiance en Mohamed Tataï, évoquant « une interprétation décontextualisé » du prêche. Mais il a finalement rétro-pédalé en condamnant « vivement les propos totalement incongrus » de l’imam de Toulouse.

Mohamed Tataï a toutefois reçu le soutien du ministre algérien des Affaires religieuses, Mohamed Aissa. Ce dernier, selon des propos cités le 8 juillet dernier par l’agence de presse algérienne d’Etat APS, a qualifié les accusations contre l’imam de « mensongères ». « L’imam Mohamed Tataï est le fils d’une famille d’oulémas [théologiens], a encore plaidé le ministre. Il est inconcevable qu’il commette le péché de souiller les lois ou valeurs du pays dans lequel il travaille. »

Un soutien diplomatique qui n’aura aucun impact sur l’enquête du parquet de Toulouse. En fonction des conclusions de cette enquête préliminaire, l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), tout comme la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), ont annoncé leur intention de déposer plainte pour « incitation à la haine raciale ».