Créé début décembre sur les réseaux sociaux, le mouvement continue de prendre de l’ampleur, entre témoignages d’enseignants solidaires et projets d’actions locales à la rentrée.

Après les « gilets jaunes », qui visaient les tarifs des carburants, les « gyros bleus », le manque de moyens dans la police, les « stylos rouges » dénoncent les difficultés de fonctionnement de l’Éducation nationale. Depuis la mi-décembre, un nouveau collectif citoyen fleurit sur les réseaux sociaux, pour faire remonter les revendications des enseignants de tous niveaux, et envisagent de mettre en place des actions concrètes à la rentrée. Europe 1 fait le point sur ce que l’on sait de ce mouvement.

Comment sont nés les « stylos rouges » ?

À l’origine, il s’agit d’un groupe Facebook, créé par six enseignants dont Cyril, professeur d’histoire-géographie à Blois. Interrogé par Marianne, il explique avoir pris cette initiative le 11 décembre, au lendemain de l’allocution d’Emmanuel Macron, qui annonçait de premières mesures pour répondre à la colère des « gilets jaunes ». « Un constat a été fait : nous sommes les grands oubliés de notre propre employeur », explique-t-il au journal. Le groupe Facebook, à la bannière explicite – « stylos rouges en colère » – compte aujourd’hui 42.000 membres. Ce nombre augmente à vue d’oeil : il n’était que de 25.000 vendredi dernier. Le groupe compte aussi six modérateurs. Il est « fermé » : les demandes des utilisateurs souhaitant le rejoindre doivent être validées.  « Tout est à construire ensemble : à vos propositions, revendications et idées », précise son texte introductif, consultable par tous.

Qui sont les professeurs qui composent le mouvement ?

Des professeurs des écoles, de collèges et de lycées et de lycées professionnels, qui partagent leurs expériences dans quelque 1.300 posts. Sur Twitter, le hashtag #Stylosrouges permet également à certains de ces enseignants de partager leur quotidien et leurs revendications. « Quand, dans une classe de 2nde de 36 élèves, l’inspecteur te reproche de n’avoir pas vu ‘les deux élèves qui s’ennuyaient sur la gauche’… Peut-être qu’avec un effectif de 25, la vue est plus perçante, et les conditions de travail bien meilleures », écrit par exemple une ancienne enseignante.

« Être enseignant, c’est faire face aux préjugés pendant le repas de Noël. ‘Mais vous êtes tout le temps en vacances’, ‘c’est bon ta journée se termine à 16h30’, ‘je les gère facile les 30 gamins’… », écrit une autre utilisatrice, professeure des écoles.

Quelle différence avec #Pasdevague ?

Ces témoignages rappellent ceux du mouvement #Pasdevague, créé en octobre après l’agression d’une professeure dans un lycée de Créteil. En quelques heures, des dizaines de milliers d’enseignants avaient raconté leurs expériences de violences ou de problèmes de disciplines sur les réseaux sociaux. Mais dans un contexte de grogne sociale, le mouvement est cette fois plus large, puisqu’il concerne tous les enseignants et toutes les sphères de leur travail. Il semble aussi s’installer plus durablement dans le temps et a fait l’objet de rencontres entre professeurs en chair et en os. « Nous avons constaté que les ‘gilets jaunes’ ont réussi à obtenir quelques avancées, même si ce ne sont que des miettes », témoigne un professeur de collège interrogé par La Voix Du Nord lors d’un rassemblement à Lille. « Nous allons nous mettre d’accord sur les évènements à mettre en place par département, parce que toute la France est concernée par ce mouvement. »

Quelles sont leurs revendications ?

Comme pour les « gilets jaunes », le spectre est très large. Un manifeste publié le 17 décembre sur Twitter dresse une liste, « non exhaustive », qui comprend notamment le dégel du point d’indice des fonctionnaires, une augmentation des salaires « à la hauteur des diplômes », mais aussi une réduction du nombre d’élèves par classe et une hausse du nombre d’auxiliaires de vie scolaire (AVS) pour les élèves qui en ont besoin.