Les fins de mois s’annoncent difficiles pour les Nations unies. L’année 2019 se termine bientôt et les «réserves de trésorerie risquent d’être épuisées» d’ici le 30 octobre, a alerté mardi son secrétaire général, Antonio Guterres. La raison? «Les États membres n’ont versé que 70% du montant total nécessaire aux activités inscrites au budget ordinaire de 2019», a-t-il précisé dans une lettre, évoquant un «stade critique» avec «le plus important déficit en dix ans». Comme l’indique l’article 17 de la charte du 26 juin 1945, les 193 pays membres ont l’obligation de contribuer au financement de l’organisation. Mais cette participation varie largement selon le pays. Qui finance l’ONU et comment? Analyse des épineux comptes d’un aréopage planétaire.

L’Assemblée générale de l’ONU, régulièrement critiquée pour son manque de pouvoir, joue un rôle capital en interne. Elle est chargée de négocier et approuver les différents financements de l’organisation, révisés tous les trois ans. Le budget «ordinaire» comprend les frais de fonctionnement liés au personnel et aux organes principaux (Conseil de sécurité, secrétariat général, Cour international de justice, etc): sur la période 2019-2021, il est de 5,868 milliards de dollars. Le budget lié aux programmes des quatorze opérations de maintien de la paix (OMP) dans le monde (Mali, Darfour, Liban, etc) s’élève quant à lui à 6,518 milliards de dollars.

Les États-Unis, 22% du budget de l’ONU

La contribution des États membres de l’ONU est établie par une clé de répartition logique mais complexe. Le but est que les dépenses de l’organisation soient réparties «approximativement» en fonction de leur «capacité de paiement». Pour le budget ordinaire, le critère principal est le produit national brut (PNB), mais d’autres éléments comme le taux d’endettement et le taux de conversion sont pris en compte. Depuis l’an 2000, les cotisations sont plafonnées à 22% par pays, un taux appliqué aux États-Unis. La limite inférieure est de 0,001 % pour les États les plus pauvres, dont font partie de nombreux pays africains (Érythrée, Gambie, Somalie) ou de petites îles (Nauru, Samoa, Sainte-Lucie).

Pour les opérations de maintien de la paix, le système est globalement le même. En revanche, les membres permanents du Conseil de sécurité (Chine, États-Unis, Russie, France, Royaume-Uni) doivent payer plus en raison de leurs «responsabilités spéciales» au sein de l’organisation. Les États sont ensuite classés par catégories, des plus au moins développés. Les «pays les moins avancés» bénéficient d’un dégrèvement maximum. Ainsi, le Brésil a beau contribuer à 2,95% au budget ordinaire, il ne donne que 0,76% pour le maintien de la paix.

Concernant la France, elle est le 6e contributeur de l’ONU, derrière les États-Unis, la Chine, le Japon, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Cette part a tendance à baisser depuis quinze ans (de 6,03% sur la période 2004-2006 à 4,43% sur 2019-2021), l’Hexagone étant en stagnation économique depuis plusieurs années. En 2019, la France a ainsi donné 123 millions de dollars pour le fonctionnement de l’organisation, et 381 millions pour les opérations extérieures. Des contributions sont également apportées à d’autres fonds et programmes (UNICEF, ONU femmes par exemple) mais ceux-ci disposent de leurs propres budgets.

Baisse des coûts

Les opérations de maintien de la paix occupent une place essentielle dans le travail de l’ONU. On en compte quatorze dans le monde. La plus coûteuse se situe au Soudan du Sud (MINUSS, 1,1 milliard de dollars). Plus de 27.000 personnes sur place sont chargées de «protéger les civils, surveiller le respect des droits fondamentaux, faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire et accompagner la mise en œuvre de l’accord de cessation des hostilités». Au Mali (MINUSMA, 1,1 milliard de dollars), l’ONU appuie le processus politique pour tenter de stabiliser le pays tandis qu’en République démocratique du Congo (MONUSCO, 1 milliard de dollars), il s’agit de protéger les civils et «consolider la paix».

En 2010-2011, le budget dévolu aux OMP a atteint 7,8 milliards de dollars: il a baissé de plus de 17% en dix ans. La faute à l’arrêt de certaines missions (ex-Yougoslavie, Rwanda, Somalie) et, récemment, à la réticence de certains chefs d’États – Donald Trump et Vladimir Poutine en tête – à s’impliquer dans ces missions. Les demandes de coupes budgétaires se sont multipliées et ont contraint les experts financiers des Nations unies à faire autant avec moins. Ceux-ci se congratulent régulièrement de réussir à maintenir leurs actions malgré ces baisses. Le montant du budget des OMP «représente moins de 1% du total des dépenses militaires mondiales estimées à 1747 milliards de dollars en 2013», relativise l’organisation sur son site internet.