La femme du Premier ministre est accusée d’avoir commandé, au frais du contribuable, des centaines de plats dans les meilleurs restaurants de Jérusalem, alors qu’elle bénéficie d’un chef à plein-temps.

La «Marie-Antoinette» israélienne face aux juges. Nuage judiciaire parmi tant d’autres, la menace flottait depuis plus d’un an au-dessus du couple Nétanyahou, visé par une série d’enquêtes pour corruption. Elle est désormais bien réelle : jeudi, le ministère de la Justice israélien a annoncé la mise en examen pour «fraude systématique» et «abus de confiance» de Sara Nétanyahou, l’épouse du Premier ministre. La psychologue de formation et ex-hôtesse de l’air est accusée d’avoir facturé au contribuable des centaines de repas sortis des cuisines des meilleurs restaurants de Jérusalem et livrés à domicile, alors que la résidence du Premier ministre employait un chef à plein-temps. Entre 2009 et 2013, le montant de ces agapes représenterait «plus de 350 000 shekels», selon l’acte d’inculpation, soit environ 83 470 euros.

Le chef d’inculpation de fraude porte sur les tentatives de maquiller l’emploi du chef cuisinier des Nétanyahou pour le faire disparaître des documents officiels. Preuve, pour les enquêteurs, que Sara Nétayahou et Ezra Saidoff, un proche collaborateur, avaient parfaitement conscience de l’illégalité de ces commandes gastronomiques au regard des règles de conduites régissant la résidence officielle. (A ce titre, Saidoff est aussi accusé de falsification, y compris au sujet du nombre de repas commandés).

Ce n’est pas la première fois que le train de vie et les goûts culinaires des Nétanyahou, dont l’hédonisme est chroniqué avec force détails dans la presse, viennent ternir l’image du Premier ministre. En 2013, le budget crème glacée du couple (2 200 euros par an pour des glaces à la pistache) avait fait sensation au moment où le leader du Likoud (droite) tentait de faire passer un plan d’austérité. Sara Nétanyahou s’est régulièrement plainte en public de la «modestie» de la résidence du Premier ministre, héritée des spartiates fondateurs de l’Etat hébreu.

«Absurde et honteux»

Dans un dossier disjoint, il est reproché aux Nétanyahou d’avoir accepté divers cadeaux (des cigares, du champagne rosé, des bijoux) de la part de milliardaires en échange de diverses faveurs. En février, la police israélienne a recommandé la mise en examen du Premier ministre dans cette affaire, ainsi que sur un dossier concernant des tractations secrètes avec un grand patron de presse. La décision finale revient au procureur général Avichaï Mandelblit. Longtemps accusé de traîner les pieds par l’opposition, cet ancien collaborateur de Nétanyahou vient en tout cas de prouver avec la mise en examen de Sara Nétanyahou qu’il n’était pas l’obligé du couple qui domine la vie politique israélienne depuis un quart de siècle.

Selon la presse israélienne, Sara Nétanyahou s’est vue offrir le classement de l’affaire en échange de la reconnaissance des faits reprochés et du remboursement intégral des repas. Offre refusée par l’épouse du Premier ministre, qui réfute les charges retenues contre elle. A l’orée des années 2000, le couple avait vu les accusations de corruption durant le premier mandat de «Bibi» (1996-1999) s’effondrer dans la dernière ligne droite. Quelques heures après sa mise en examen, les avocats de Sara Nétanyahou ont qualifié l’acte d’inculpation d’«absurde et honteux», arguant que les limites budgétaires imposées à la résidence du Premier ministre sont inconstitutionnelles faute d’avoir été validées par la Knesset, le Parlement israélien.

Lady Macbeth

Peu de personnalités cristallisent autant les passions que Sara Nétanyahou en Israël, laquelle se retranche derrière un «harcèlement» médiatique et juridique dont elle serait victime. Punching-ball des programmes satiriques qui aiment à la dépeindre en mégère pingre et hystérique, elle est aussi décrite par d’anciens proches comme une Lady Macbeth, exerçant une emprise sans pareille sur son époux, quitte à couper régulièrement les têtes de ses contradicteurs au sein du cabinet de son époux.

L’accusation tient en partie sur le témoignage de leur ancien concierge, Meni Naftali, lequel a gagné aux prud’hommes contre le couple après une plainte pour «abus physique et moral». Alors que les Nétanyahou ont tenté d’en faire le bouc émissaire de la gestion erratique de leur résidence, ce dernier s’est répandu auprès des juges sur les frasques de Sara Nétanyahou. La presse en a retenu un exemple révélateur : cette dernière aurait ordonné aux employés de recycler toutes les bouteilles des dîners officiels, payées avec l’argent public, et de lui rapporter le cash récupéré à la consigne. Le tout pour un profit d’environ 4 500 euros…