A 43 ans, un pilote privé non voyant de l’aéroclub du Cercle aéronautique d’Entzheim (Bas-Rhin) s’est lancé le défi de rejoindre Casablanca, décollage imminent…

« FGTEZ, vous êtes autorisé à décoller. » Destination, le Maroc. Ces paroles de la tour de contrôle de l’aéroport d’Entzheim et cette promesse d’aventure, il les rêve depuis des mois, voire des années. Il, c’est Olivier Koebel, un Strasbourgeois de 43 ans non voyant. Il va troquer, pour un vol d’une quinzaine d’heures, (en plusieurs étapes) sa canne blanche pour les commandes d’un petit monomoteur, un PA 28 appartenant à l’aéroclub du Cercle aéronautique d’Entzheim.

Pour rejoindre le Maroc, il va faire escale à Perpignan, en Espagne, survoler la Méditerranée, ravitailler et dédouaner à Fès ou Tanger, selon la météo. Sur ce type d’avion, ce n’est déjà pas chose facile pour un pilote privé… Alors le défi est d’autant plus étonnant lorsque l’on discerne à peine une source de lumière. Avec cet exploit, Olivier Koebel deviendra le premier pilote privé malvoyant à traverser la Méditerranée, si la météo favorable en cette saison, l’y autorise. Et « cette fenêtre de tir », c’est peut-être son unique chance car en raison de l’évolution de sa maladie, cela sera sans doute la dernière année sur laquelle il peut espérer réaliser ce projet.

Sensibiliser le plus grand nombre sur le handicap

Bien sûr, Olivier Koebel – qui, sur le papier, n’est autorisé « qu’à être élève pilote » malgré une centaine d’heures de vol mentionnées sur son carnet de vol – sera accompagné de Marc, son instructeur. Réglementation aéronautique et contraintes médicales obligent. Mais ne vous y trompez pas, cela reste un véritable défi, un vrai travail d’équipe car il faudra se fier aux yeux de son instructeur, sentir les commandes, gérer le vol, traduire par des gestes précis et rapides les indications des instruments de bord communiquées par l’instructeur.

Une sorte de vol aux instruments que seuls connaissent les pilotes aguerris qui ont cette qualification. Et il sera seul aux commandes et cela pendant toutes les phases du vol, même les plus délicates, comme le décollage ou l’atterrissage : « Il n’y a qu’en survolant l’Espagne que l’instructeur prendra la radio, car mon anglais aéronautique n’est pas suffisant », plaisante Olivier Koebel.

Ramener des épices du Maroc pour un chocolatier strasbourgeois

Mais plus qu’une aventure personnelle, l’objectif est surtout de sensibiliser le plus grand nombre sur le handicap, « L’idée première est de faire connaître l’association Revazur, souligne le pilote. Une association qui veut rendre accessible les sports mécaniques aux différents handicaps, montrer qu’il est possible de tout faire. » D’ailleurs, le Strasbourgeois qui a ouvert une cagnotte en ligne pour financer une partie de son périple, promet que les dons supplémentaires seront reversés à l’association afin d’acheter une voiture de sport (d’occasion) et de l’équiper de doubles commandes et d’un lève-personne pour permettre à de nombreux handicapés de vivre le frisson de la vitesse.

Engagé, Olivier Koebel, dont le métier est masseur-kinésithérapeute et ostéopathe, va rencontrer à Casablanca les élèves de l’école de kiné, qui intègre des élèves handicapés mais aussi ramener des épices pour le chocolatier Christian, en vue d’une soirée caritative. Décollage prévu le 24 septembre d’Entzheim, si la météo le veut bien.