Le président américain a accusé dimanche le FBI d’avoir raté les signes avant-coureurs qui pointaient vers l’auteur de la fusillade en Floride, jugeant que la police fédérale américaine passait «trop de temps» sur l’enquête russe.

Donald Trump enfonce le clou. Deux semaines après la déclassification du controversé «mémo» à charge contre le FBI, de nouvelles déclarations du président des États-Unis viennent alimenter le climat délétère entre Donald Trump et le FBI.

Dimanche, deux jours après l’inculpation de 13 ressortissants russes par le procureur spécial Robert Mueller, il a accusé avec virulence la police fédérale de ne pas avoir su empêcher la tuerie dans un lycée de Floride. L’agence avait en effet été alertée en janvier sur le comportement alarmant de l’auteur de la fusillade. «Vraiment dommage que le FBI ait manqué tous les signaux envoyés par le tireur de l’école de Floride. Ce n’est pas acceptable», écrit le président dans une nouvelle salve de tweets rageurs. «Ils passent trop de temps à essayer de prouver la collusion russe avec la campagne Trump – Il n’y a pas de collusion. Revenez-en aux bases et rendez-nous tous fiers de vous!»

Le directeur de l’agence, Christopher Wray, a certes reconnu son erreur et promis de faire toute la lumière sur le dysfonctionnement interne l’ayant permise. L’affaire vient toutefois un peu plus fragiliser sa position à la tête du FBI, le gouverneur de Floride, Rick Scott, proche du président, allant jusqu’à demander vendredi sa démission. Le ministre de la Justice, Jeff Sessions, a lui-même reconnu que la mort des 17 lycéens était une «conséquence tragique» du faux pas de la police fédérale, dont il supervise pourtant le travail. Or le FBI se trouve en première ligne depuis la déclassification par le président d’une note confidentielle de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants, accusant l’agence de s’être appuyée au cours de l’enquête russe sur un rapport cofinancé par le camp démocrate.

Ce dernier épisode n’a fait qu’exacerber davantage la guerre de tranchées que se livrent depuis son élection le président Trump et l’agence soucieuse de son indépendance. James Comey, son ancien directeur, et Andrew McCabe, ex-numéro deux, en sont à cette heure les deux principales victimes. Le premier a été limogé en mars 2017, officiellement pour sa gestion de l’affaire des e-mails de l’ancienne candidate démocrate Hillary Clinton. Selon le principal intéressé, il paie surtout son manque de coopération avec le président sur l’affaire russe. Le second, qui avait assuré l’intérim après son départ, a préféré prendre prématurément sa retraite en janvier après avoir été l’objet de critiques récurrentes de la part du président. Il était notamment mis en cause pour la proximité de son épouse avec Hillary Clinton, héritant ainsi du surnom de «marionnette des Clinton» sur le comte Twitter du président.

Le nom de Christopher Wray pourrait être le prochain sur la liste. Le président l’avait pourtant lui-même placé à la tête du FBI au printemps dernier, espérant replacer l’agence dans son giron. «Donald Trump s’est aperçu que Christopher Wray servait plus l’État que sa personne, ce qui a redoublé sa colère», observe Corentin Sellin, historien et spécialiste des États-Unis à l’Institut français des relations internationales. Car le patron du FBI lui a plusieurs fois tenu tête. Selon la presse américaine, il a même mis sa démission dans la balance pour sauver la tête d’Andrew McCabe et n’a pas manqué de faire publiquement savoir son inquiétude avant la publication du «mémo Nunes». «Wray avait pourtant montré des gages au président en désignant des personnalités lui étant plus favorables à des postes clés comme Dana Boente. Mais cela n’a apparemment pas suffi», analyse encore Corentin Sellin.

Un couteau à double tranchant

Donald Trump n’est pas le premier président à vouloir s’assurer l’allégeance du FBI. «Richard Nixon ne pouvait admettre qu’une personne nommée par ses soins puisse œuvrer contre lui», rappelle justement l’historien. Seulement, aucun de ses prédécesseurs ne s’était aussi frontalement attaqué au travail du FBI. En se servant de la fusillade pour discréditer une agence qui fait figure d’institution outre-Atlantique, Donald Trump manie un couteau à double tranchant. «Notre président utilise cette tragédie pour s’en prendre à l’enquête sur l’ingérence d’un adversaire étranger dans notre démocratie. Honteux», dénonce l’ex-ministère par intérim de la Justice, Sally Yates. La petite musique imprime toutefois auprès de ses partisans. En un an, la confiance des républicains dans le FBI a d’ailleurs chuté de 40 à 28%, dans un sondage paru en janvier. La cote de Donald Trump connaît, elle, un regain de popularité.

Reste que Donald Trump pourrait se créer des inimitiés dangereuses au sein de la puissante agence. Son prédécesseur Richard Nixon, qui n’était pas allé jusqu’à limoger le directeur du FBI, en a eu l’amère expérience. Sa volonté de s’assurer le contrôle de la police fédérale avait poussé son numéro deux, Mark Felt, à devenir la fameuse «gorge profonde» qui précipita sa chute.