Emmanuel Macron a rencontré mardi matin pour la première fois le pape François. Une rencontre en apparence très cordiale, malgré l’épineux dossier des migrants qui déchire les Européens.

Le pape François et Emmanuel Macron qui s’embrassent sur la joue. L’image forte résume à elle seule la première rencontre entre les deux hommes, mardi 26 juin dans la bibliothèque du somptueux palais pontifical, au Vatican. Fidèle à son image d’homme appréciant les contacts physiques, le président français a également posé la main sur l’épaule de son hôte dans un geste étonnamment complice.

Preuve de cette entente cordiale : Emmanuel Macron est sorti de leur tête-à-tête au bout de 57 minutes, le plus long entretien jamais accordé par le pape argentin à un chef d’État ou de gouvernement. Il n’a toutefois pas battu le record absolu de son prédécesseur François Mitterrand resté une heure et quart en tête-à-tête avec Jean-Paul II.

À la fin de son entretien privé, le président français a été rejoint par son épouse Brigitte, ainsi que par une délégation d’une douzaine de personnes dont son ministre de l’Intérieur Gérard Collomb. Le président français a offert au pape une édition en italien de 1949 du « Journal d’un curé de campagne » de Georges Bernanos, écrivain catholique fervent que son hôte apprécie beaucoup. Le pape lui a remis une médaille en bronze de Saint Martin et les textes phares de son pontificat.

« Les corridors humanitaires, un modèle de politique d’immigration légale »

Avant cette rencontre, Emmanuel Macron avait pris son petit-déjeuner avec la communauté de laïcs catholiques Sant’Egidio, très impliquée dans l’accueil de migrants et organisatrice de « couloirs humanitaires » acheminant des réfugiés syriens en Europe, et notamment en France. »Le président Macron a mentionné les corridors humanitaires comme modèle de politique d’immigration légale, surtout pour les personnes qui ont besoin de protection humanitaire », a commenté après sa rencontre Andrea Riccardi, fondateur de Sant’ Egidio et ancien ministre italien.

Emmanuel Macron est à couteaux tirés avec le gouvernement italien, notamment avec son ministre de l’Intérieur Matteo Salvini qui ne cesse de fustiger son « arrogance » sur le dossier des migrants. Le nouveau pouvoir a déclaré la guerre aux ONG positionnant leurs bateaux au large des côtes libyennes.

Le pape interpelle régulièrement les dirigeants de l’UE pour qu’ils maintiennent des idéaux fondateurs comme « la solidarité ». S’il fustige souvent « les populismes qui prospèrent à partir de l’égoïsme », il s’est abstenu jusqu’à présent de commenter les annonces du nouveau gouvernement italien, au pouvoir depuis le 1er juin.

« Premier et unique chanoine d’honneur »

Le président français vient aussi à Rome chercher son titre de « premier et unique chanoine d’honneur » de la cathédrale du pape, une tradition remontant au XVIIe siècle. Baptisé à 12 ans dans la foi catholique, ancien élève d’un collège jésuite où il a rencontré son épouse Brigitte, Emmanuel Macron se définit aujourd’hui comme « agnostique ».

Nicolas Sarkozy fut le dernier chef d’État, en décembre 2007, à se plier à cette tradition honorifique dans l’immense basilique majeure de Saint-Jean-de-Latran. Il avait alors suscité un tollé, à gauche, pour son discours d’éloge de la foi et des racines chrétiennes de la France.

Le président Macron devrait s’abstenir prudemment mardi après-midi de tout discours sur le terrain miné de la laïcité.