Depuis l’annonce de coupes budgétaires par le ministre de l’Éducation, le 28 mars, de nombreuses universités ont perdu des centaines de bourses. La colère monte chez les étudiants menacés par la précarisation.

Depuis le 28 mars, le monde universitaire roumain est en émoi. Pour la première fois depuis la chute du communisme, étudiants et enseignants sont unis et menacent de grève générale. Dans leur ligne de mire, la décision de Valentin Popa, ministre de l’Éducation, de couper des bourses pour les étudiants de licence, master et doctorat. Mais cette coupe budgétaire ne concerne que les universités qui ont montré leur désaccord lors de la nomination du ministre socialiste en février. Celles qui ont signé une pétition de soutien ont, elles, vu le nombre de bourses allouées augmenter.

«Pour la première fois de son histoire, la Roumanie fait face à une politisation de l’enseignement supérieur», s’inquiète Marian Preda, professeur de sociologie et président du sénat de l’université de Bucarest. Pour lui, la décision du ministère est clairement une sanction car bon nombre de recteurs cumulent fonctions universitaires et politiques, ce qui favorise le clientélisme et a abouti à la situation actuelle. Par cette décision, le gouvernement tend donc à museler les voix discordantes et l’opposition civile en s’attaquant aux cerveaux en formation.

Comme l’université de Bucarest, celles de Cluj, Timisoara ou Iasi, soit les principaux centres universitaires roumains, ont perdu chacune plusieurs centaines de bourses pour leurs cursus. «Cette décision n’a aucun fondement rationnel et va entraîner, à terme, une perte de compétitivité pour les universités car les étudiants risquent de réfléchir à deux fois avant d’investir dans des études coûteuses pour la plupart des ménages», alerte Preda qui annonce que l’université de Bucarest va porter le cas devant la justice administrative.

Des frais universitaires jusqu’à quatre mois de salaire

Horia Onita, étudiant en deuxième année de licence à la faculté de droit de Bucarest et représentant des étudiants au conseil d’administration de l’université, est très inquiet des retombées d’une telle décision à quelques mois seulement du début des admissions à l’université. Car en Roumanie, pour accéder aux études supérieures, les élèves de terminale passent des examens d’admission dans les universités qu’ils convoitent. Selon leur classement, ils auront droit ou pas aux bourses qui exonèrent des droits de scolarité. Dans un pays où le salaire minimum est de 408 euros net, les frais universitaires représentent souvent une charge pour les familles. À l’université de Cluj, ces frais varient entre 430 et 1 615 euros, soit jusqu’à quatre mois de salaire. Avec la suppression d’exonération des frais, étudier deviendra un luxe que les plus pauvres ne pourront plus se permettre.

À une heure et demie au nord de Bucarest, dans la petite ville de Curtea de Arges, Andrei est en terminale scientifique. Pour ce lycéen qui veut poursuivre des études dans les nouvelles technologies, la mesure fraîchement adoptée par le gouvernement est tombée comme un couperet. «Si mon pays ne me donne plus l’occasion de poursuivre mes études gratuitement, je préfère partir les faire aux États-Unis où est installée une partie de ma famille», soutient Andrei, avant d’ajouter : «Le coût sera plus cher et cela me demandera un effort pour perfectionner mon anglais, c’est certain, mais j’aurai accès à un enseignement de pointe et mon diplôme sera reconnu partout.»

«Cette décision entraîne une précarisation des étudiants qui devront travailler pour payer leurs études. On n’étudie pas avec la même énergie quand on travaille à côté pour se perfectionner dans son futur métier et quand on travaille pour survivre», s’indigne Horia Onita. Selon le représentant, les étudiants ne vont pas aller dans des centres universitaires moins prestigieux seulement pour être boursiers : «La plupart ne vont pas abandonner des universités d’excellence au profit d’universités médiocres juste pour économiser les frais d’inscription.»

Un gouvernement aux mesures impopulaires

Si à Bucarest les étudiants se mobilisent, l’eurodéputé Cristian Preda a déjà attiré l’attention du Parlement européen sur cette situation hautement inquiétante, le 16 avril. Le pouvoir, quant à lui, fait officiellement mine de ne pas remarquer la gronde : des sources internes au Parti social-démocrate au pouvoir mettent déjà le nom de Valentin Popa sur la liste des ministres qui seront prochainement remerciés.

Depuis une semaine, au sein même de la majorité, de nombreuses voix parlent d’un remaniement car le gouvernement de l’ancienne eurodéputée Viorica Dancila, nommée en février, montre déjà des faiblesses structurelles. Il enchaîne les mesures impopulaires qui font monter le mécontentement. Pour Marian Preda, «les étudiants vont se révolter car ils sont comme tous les Roumains : ils ne veulent plus de mesures négatives et de gouvernants incompétents !»