Ce 20 mai, les Vénézuéliens sont appelés aux urnes pour désigner leur président de la République. Il est probable que le président sortant, Nicolas Maduro obtiendra le renouvellement de son mandat. Les conditions d’organisation de ce scrutin sont dénoncées par l’opposition, l’Union européenne et les États-Unis.

Ce samedi 21 avril démarre la campagne présidentielle au Venezuela pour un scrutin qui doit se tenir le 20 mai prochain. Les deux principaux candidats sont Nicolas Maduro, le président sortant héritier désigné par Hugo Chavez avant sa mort. L’autre est Henri Falcon, qui a appartenu au chavisme puis s’est rallié à la coalition de l’opposition la MUD (table de l’unité démocratique). Mais cette dernière ne le soutient pas car elle a décidé de boycotter l’élection, estimant que les conditions d’un scrutin libre et juste ne sont pas réunies. Un ou deux autres candidats se présentant comme évangélistes devraient également se présenter.

«Cette élection est le pire des scénarios pour le Venezuela, estime Paola Vasquez, chercheure au CNRS. Maduro est dans la stratégie: «après-moi le déluge». Il ne propose aucun changement alors que la situation économique est catastrophique. Le chaos n’est pas à venir, il est là. Et le pouvoir n’exprime aucune idée pour trouver des solutions. Les derniers à s’exprimer sur la politique monétaire, centrale dans la crise, ce sont des militaires!»

Pour la chercheure vénézuélienne, la stratégie de l’opposition n’est pas plus convaincante. Ne se présentant pas, ils ont totalement arrêté de s’exprimer sur la scène nationale et se contentent de faire des tournées internationales pour obtenir des soutiens. Mais ils sont inaudibles dans le pays.

L’Union européenne, par la voix de Federica Mogherini, haute représentante de l’Union européenne pour les relations extérieures, a estimé que «la décision du Conseil national électoral (CNE) de limiter la participation à la présidentielle aux partis qui ont participé aux élections locales et régionales d’octobre et de décembre dernier est un coup à la crédibilité du processus». Elle a également dénoncé l’existence de prisonniers politiques, comme Leopoldo Lopez de Voluntad Popular et Henri Capriles, de Primera Justicia, qui n’ont pas le droit de se présenter.

De leur côté, Washington et les pays latino-américains du groupe de Lima (Argentine, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Costa Rica, Guatemala, Honduras, Mexico, Panama, et Pérou) ont averti samedi 14 avril que la présidentielle du 20 mai serait illégitime si l’opposition ne peut y participer. Les 16 pays signataires de la déclaration exigent «une élection présidentielle avec les garanties pour un processus libre, juste, transparent et démocratique sans prisonnier politique, qui inclut la participation de tous les acteurs politiques vénézuéliens».

Une tournée pour défendre le caractère démocratique du scrutin

Au Venezuela, alors que les partis d’opposition sont étrangement muets, l’association Frente amplio Venezuela Libre a organisé ce vendredi 20 avril des assemblées citoyennes dans tout le pays. Il veut faire exister une parole face à un pouvoir omnipotent et inefficace: «Aujourd’hui, les Vénézuéliens n’ont pas de nourriture parce que les entreprises qui ont été expropriées ont aussi été pillées. Aujourd’hui, les Vénézuéliens subissent des pannes d’électricité parce que les autorités ont détourné tout l’argent du système électrique.»

La présidente du CNE, Tibisay Lucena, a annoncé qu’elle allait faire une tournée en Afrique et en Europe pour défendre le caractère démocratique du scrutin. Elle a commencé à Tunis. Pour l’Europe, les autorités n’ont pas annoncé le programme de son voyage. Et pour cause: elle fait partie des hauts responsables vénézuéliens sous le coup de sanctions de la part de l’Union européenne. Pourtant, le pouvoir chaviste n’en démord pas: le système électoral vénézuélien est «le plus fiable du monde».

Le ministre de la Défense, Padrino Lopez, explique que la «majorité des Vénézuéliens veulent la paix, un gouvernement stable des institutions stables, la démocratie et la souveraineté». L’Assemblée nationale, que le gouvernement a privée de tous ses pouvoirs au profit d’une assemblée constituante composée uniquement de chavistes, a symboliquement autorisé l’ouverture d’un procès du président Maduro pour corruption dans l’affaire Odebrecht, société de BTP brésilienne, qui éclabousse l’ensemble de la classe politique sud-américaine. L’ex-procureure générale, chaviste historique, Luisa Ortega, a accusé le président Maduro d’avoir touché des pots-de-vin de la part de la société brésilienne pour financer, notamment, la campagne électorale de 2013.

Autre chaviste historique entré en dissidence, Rafael Ramirez, ancien puissant ministre du Pétrole, a, lui aussi, récemment dénoncé les dérives du madurisme estimant que ce dernier devait «en finir avec le chavisme pour survivre».