Mercredi, Dino Scala a été mis en examen pour une série de viols commis dans le bassin de la Sambre. Il est soupçonné d’avoir sévi pendant plus de trente ans. Franceinfo a cherché à mieux comprendre son profil.

Personne ne l’a vu venir. L’arrestation, lundi 26 février, de Dino Scala, identifié par les enquêteurs comme le « violeur de la Sambre », a plongé dans l’effroi la petite commune de Pont-sur-Sambre (Nord) près de Maubeuge. Et pour cause : l’homme de 57 ans, marié et père de trois enfants, est connu de tous. « C’est grave, c’est terrible. Je tombe sur les fesses », lance André Cheboub, une connaissance de longue date de l’interpellé, à France 3 Hauts-de-France.

Dino Scala est soupçonné d’avoir commis, principalement dans le Nord, une quarantaine de viols et d’agressions sexuelles. Pour l’heure, le père de famille est « mis en examen pour 19 infractions », dans le cadre de l’information judiciaire ouverte en 1996, a précisé son avocat Jean-Benoit Moreau. Mais le parquet de Valenciennes n’a pas exclu, mercredi, que certains faits puissent remonter jusqu’à 1988.

Un profil « fréquent et banal »

Dans le village où le suspect réside, tout le monde est tombé de haut. « C’est une bonne personne. Il a toujours été là, présent pour nous sur un simple coup de fil », confie Christine, l’une des sœurs de la femme de Dino Scala, au Parisien. « Il est sociable, bon père de famille, presque le gendre idéal. Un bon mari, attentionné avec ses enfants, avec son épouse », raconte à France 3 Hauts-de-France Michel Detrait, maire de Pont-sur-Sambre. Un profil « tout à fait fréquent et banal, observe Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie, contactée par franceinfo. Cela casse le stéréotype de l’agresseur marginalisé. »

L’homme, ouvrier chez un sous-traitant du nucléaire, semblait aussi être parfaitement inséré dans la vie locale et associative. Dans le club de foot de Pont-sur-Sambre, où Dino Scala a occupé les postes d’entraîneur puis de président, Pascal Bidois, éducateur, se souvient d’une personne « exemplaire, irréprochable, toujours serviable avec tout le monde ». Un homme en apparence sans histoires, qualifié par le procureur de Valenciennes de « monsieur Tout-le-monde ». Une caractéristique dans les affaires d’agressions sexuelles et de viols.

« Il n’y a aucun profil particulier pour les agresseurs sexuels. »

Gérard Rossinelli, expert judiciaire psychiatre à franceinfo

« Les agresseurs sexuels peuvent être des gens très insérés dans la société, avec tous niveaux d’âges et de diplômes. La grande majorité des agresseurs n’ont pas de troubles mentaux caractérisés », ajoute Gérard Rossinelli. « Combien va-t-il falloir de crimes pour comprendre qu’ils sont souvent commis par des hommes ordinaires ? », interroge Daniel Zagury, psychiatre et expert judiciaire, dans Le Parisien.

« Pas un malade mental »

Dino Scala a été confondu par les enquêteurs de la PJ de Lille après une ultime agression, le 5 février, à Erquelinnes (Belgique), commune jouxtant Jeumont où il travaille, de l’autre côté de la frontière. Dans ce cas, comme dans les autres, il aurait agi selon un mode opératoire « assez similaire », selon le procureur de Valenciennes. Il attaquait ses victimes de dos, tôt le matin, le visage masqué.

« Cela nous renseigne sur un élément : cet homme n’est pas un malade mental car il a des capacités d’organisation et de finalisation », observe Daniel Zagury. « Cette préparation sur des annéesécarte à priori les troubles psychiques massifs », abonde Gérard Rossinelli. Même s’il faut rester « prudent et attendre les expertises ». Lors de son audition, Dino Scala a expliqué obéir à chaque fois « à des pulsions ». Des propos à prendre avec précaution, selon l’expert : « Cela peut être une stratégie de défense. »

« Le viol n’a rien à voir avec la pulsion sexuelle, c’est une volonté de destruction, de toute-puissance. »

Muriel Salmona, psychiatre à franceinfo

Répéter son crime pendant plus de trente ans « sans être pris » est une source de plaisir pour le violeur, celui « de dominer les autres et de leur infliger une peur », analyse de son côté Gabrielle Arena, psychiatre, dans 20 minutes. Néanmoins, l’affaire du « violeur de la Sambre » reste atypique dans la mesure où l’homme arrêté ne connaissait pas ses victimes. « Les viols par des inconnus représentent seulement 10% des viols », relève Muriel Salmona.

Le nombre potentiel de victimes, plus d’une quarantaine, confère par ailleurs à cette affaire une ampleur rare. « Parmi les personnes aujourd’hui incarcérées dans les prisons françaises pour des actes à caractère sexuel, on a moins de 2% d’entre elles qui ont commis cinq actes », souligne à l’AFP Sophie Baron-Laforêt, psychiatre et présidente de l’association française de criminologie.

« Accro » à la violence

Comment le comportement de Dino Scala a-t-il pu passer inaperçu ? Comment a-t-il pu dissimuler si longtemps ses actes ? « Il n’y avait rien qui présageait qu’il pouvait être comme ça », s’étonne Edwige, une voisine, interrogée par franceinfo. « Je n’ai jamais remarqué un geste ou une parole déplacés » envers les joueuses trentenaires du club de foot, précise à France 3 André Cheboub, le trésorier.

Un mécanisme classique selon Muriel Salmona, qui compare le violeur à un drogué, dont la cocaïne serait la violence. « En commettant son premier crime, le prédateur active dans son cerveau une mémoire traumatique, explique-t-elle. Quand il est envahi à nouveau par les images de ce premier viol, il va avoir envie de rejouer la scène. Il passe à l’acte pour se soulager. »

« Le reste du temps, il est anesthésié. Il peut alors jouer au bon père de famille. C’est pour cela que la famille peut très bien ne rien voir. »

Muriel Salmona, psychiatre à franceinfo

« C’est ce que l’on appelle un ‘sujet divisé’, détaille Gabrielle Arena. C’est comme si cet homme vivait dans deux mondes différents, jusqu’à chaque passage à l’acte où l’un des deux mondes surgit dans l’autre, comme par effraction. » Dino Scala incarne l’homme « aux deux personnalités », explique Sophie Baron-Laforêt. « C’est assez fréquent », ajoute-t-elle.

Un profil « banal », des mécanismes connus, mais une affaire très médiatisée… Pour Muriel Salmona, c’est le signe d’une évolution des temps et des mentalités. « Je me souviens de l’affaire Giovanni Costa, dans les années 2000. Ce faux électricien avait agressé et violé trente fillettes, mais à l’époque ça avait été moins à la une de la presse », rappelle-t-elle. Depuis, les mouvements #metoo et #balancetonporc sont passés par là.