Le plan de soutien de Bercy est revu à la hausse, de 45 à 100 milliards d’euros, dont 20 milliards destinés au sauvetage des grandes entreprises comme Air France. De quoi faire bondir le déficit public à 7,6% du PIB.

«Quoi qu’il en coûte», avait promis Emmanuel Macron le 12 mars dernier lors de sa première intervention de crise sur le coronavirus. En annonçant un plus que doublement du montant du plan de soutien aux entreprises, de 45 à 100 milliards d’euros, Bercy confirme le caractère totalement hors normes du choc économique qui menace l’hexagone. Un choc qui en l’absence d’un grand sauvetage public dont le montant ne cesse d’être revu à la hausse. Objectif : éviter, comme le disent les ministres de l’Economie Bruno Le Maire et celui des Comptes publics Gérald Darmanin dans une interview aux Echos, que des «pans entiers de l’économie français soient engloutis».

Selon le quotidien économique, ce plan d’urgence sans précédent depuis l’après-guerre – à 4,1% du PIB, il dépasse, à ce stade celui déployé par l’Allemagne – comprend notamment une enveloppe de 20 milliards d’euros destinée à venir en aide à la vingtaine d’entreprises stratégiques à risques listées par Bercy. Des fleurons industriels parmi lesquels figurent notamment Air-France KLM ou Renault frappés de plein fouet par l’arrêt brutal de leurs activités et qui pourraient nécessiter un renflouement rapide de l’Etat pour surmonter la crise. Grâce à ces fonds, elles pourraient bénéficier de prêts publics de grande ampleur ou d’injections directes d’argent public à leur capital via l’Agence des participations de l’Etat. «Des chiffres qui pourront encore évoluer, a d’ailleurs pris soin de souligner Bruno Le Maire, car la situation économique et le besoin de soutien des entreprises changent rapidement.»

20 milliards pour le chômage partiel

Le plan initial tablait sur 33 milliards d’euros de report des charges fiscales et sociales et 12 milliards de mesures budgétaires (prise en charge du chômage partiel, fonds de solidarité, etc). A ce jour indiquent les ministres, 8 milliards de report de charges sociales et 3,3 de charges fiscales ont déjà été consommés, ce qui laisse encore de la marge. Mais les autres dispositifs d’aide avaient visiblement été largement sous-évalués à la vue des demandes et vont donc être triplés, passant à 35 milliards d’euros.

Alors que 8,5 milliards avaient été provisionnés pour le recours au chômage partiel inspiré du modèle allemand, ce montant devrait finalement atteindre environ 20 milliards. A ce jour, 6,9 millions de français ont déjà été mis au chômage partiel dans 628 000 entreprises, soit entre un quart et un tiers des salariés du privé. Le fonds de solidarité, qui a déjà reçu 755 000 demandes en à peine plus d’une semaine va pour sa part voir sa dotation passer de un milliard à près de six. Il sera désormais ouvert aux entreprises en difficulté, en sauvegarde ou en redressement judiciaire.

«En dehors de toute idéologie»

Parmi les autres annonces, les deux ministres ont précisé que les dépenses exceptionnelles de santé (achat de matériel, primes défiscalisées au personnel soignant, arrêts maladie) représenteraient 7 milliards contre 2 précédemment. Pour aider la trésorerie des PME et ETI au bord de la faillite, le fonds de développement économique et social qui sert à financer des prêts directs va être abondé jusqu’à un milliard d’euros, contre 75 millions actuellement.

Enfin, de nouvelles mesures de trésorerie non comprises dans ce plan viendront soulager les entreprises. Certains crédits d’impôt, comme le crédit d’impôt recherche dont les entreprises se plaignaient des retards de remboursement, vont bénéficier à l’inverse de remboursements anticipés promet Bercy, ce qui représente une aide de plus de 20 milliards d’euros. «Nous cherchons à nous adapter en permanence en ajustant nos dispositifs et nos efforts aux besoins de notre tissu économique, a résumé Gérald Darmanin, en dehors de toute idéologie.»

Reprise «longue et coûteuse»

Dans la perspective d’une reprise qui s’annonce «longue, difficile et coûteuse», comme l’a de nouveau averti Bruno Le Maire, les dépenses de l’Etat et son endettement vont fortement augmenter. Tablant pour le moment sur un recul de 6% du PIB en 2020 – soit deux mois de confinement si l’on s’en tient à l’estimation de l’INSEE et six semaines selon le scénario de Bercy –, le projet de loi de finance rectificative qui sera présenté mercredi prochain en conseil des ministres prévoit un déficit public s’élevant à 7,6% du PIB. Un montant supérieur à celui de 2010, juste après la dernière crise financière, où il représentait 7% du PIB. De quoi porter la dette publique à 112% du PIB à la fin de l’année, soit 14 points de plus de ce que prévoyait le budget initial 2020.

Une prévision qui reste là aussi provisoire, même si les deux argentiers de Bercy se disent soucieux d’éviter un emballement de la dette publique. «Sur le long terme, il est nécessaire de disposer de finances publiques saines et de réduire la dette», concluent-ils, en arguant que les pays de la zone euro avec un niveau de dette publique faible ont des ressources plus importantes pour soutenir leur économie. Avec une dette publique qui a déjà dépassé le montant du PIB à plusieurs reprises, la France se situe parmi les pays les plus endettés de la zone euro, derrière la Grèce, l’Italie, le Portugal, la Belgique et Chypre. A l’autre extrémité du spectre, la dette de l’Allemagne dépasse à peine les 60% du PIB. Fin mars, le Bundestag a voté, après un débat très succinct, la levée de l’obligation constitutionnelle de la limiter.