« Laboratoire » du chantier de la flèche de Notre-Dame, celui de la flèche de la basilique dionysienne doit durer onze ans.

De l’autre côté du périphérique parisien, à quelques kilomètres de Notre-Dame, une flèche est aussi en reconstruction : celle de la basilique de Saint-Denis. Située au centre de cette ville populaire de Seine-Saint-Denis, à 5 kilomètres de Paris, la basilique accueille les tombeaux des rois de France.

« Ce sont deux soeurs », rappelle Luc Fauchois, vice-président de l’association Suivez la flèche, qui pilote le projet. « Deux joyaux de l’art gothique » qui ont chacune « joué un grand rôle dans l’histoire de France ». Les deux édifices ont même été en concurrence, raconte Luc Fauchois. « Au Moyen-Âge, c’était à qui aurait la flèche la plus haute ». Érigée en 1219, celle de Saint-Denis culminait à 86 mètres.

Début de la reconstruction à la fin de l’été 2021

Mais en 1845, une tornade fragilise la basilique. La flèche et la tour nord doivent être démontées pierre par pierre. L’idée d’une restauration, plusieurs fois envisagée, n’aboutit pas. En 2013, le projet est relancé par la mairie communiste et la communauté d’agglomération. L’État donne son feu vert en 2017.

Le public peut découvrir depuis cet été les préfigurations des travaux qui prendront la forme d’un « chantier pédagogique », avec visites des ateliers des artisans au travail. La reconstruction en tant que telle doit commencer à la fin de l’été 2021, après des travaux de consolidation et des fouilles archéologiques.

Un « laboratoire » pour Notre-Dame

« Notre-Dame aura tout à gagner à s’inspirer des conditions de réalisation du chantier de Saint-Denis », détaille Luc Fauchois, y voyant un « laboratoire » pour l’édifice parisien. « Ce qui était au départ une expérience limitée à Saint-Denis s’est peu à peu transformé en un chantier de formation des tailleurs de pierre restaurateurs, en forte diminution en France », ajoute Jacques Moulin, architecte en chef des Monuments historiques, en charge de la basilique.

Une dimension du projet qui a été « complètement métamorphosée » par l’incendie de Notre-Dame. « Le chantier de Saint-Denis devient une urgence technique pour Notre-Dame de Paris », souligne l’architecte, rappelant que la restauration de l’édifice parisien nécessitera également des « travaux de pierre ».

Une « filiation historique » entre Saint-Denis et Notre-Dame

Des artisans et maîtres-d’oeuvre qui passent de Saint-Denis à Notre-Dame ? Si tel est le cas, l’histoire se répétera, s’amusent les experts. « Au XIIIe siècle, le transept de Saint-Denis a servi de modèle à celui de Notre-Dame », explique Jacques Moulin. Puis, au XIXe, Viollet-le-Duc, qui restaurera Notre-Dame, va « faire ses armes à Saint-Denis », rappelle-t-il.

Il y a une « filiation historique », ajoute-t-il. « Si notre chantier de la flèche peut participer à son tour à celui de Notre-Dame, nous nous inscrirons dans une pratique séculaire. » La reconstruction de la flèche de Saint-Denis doit durer onze ans, contre cinq pour Notre-Dame. « Pour Notre-Dame, il y a un impératif d’efficacité. Un chantier pédagogique comme celui de Saint-Denis est au contraire volontairement long », développe Jacques Moulin.

Estimés entre 25 et 30 millions d’euros, les travaux doivent être financés par du mécénat privé et surtout par les visites du chantier. Objectif: 300 000 visiteurs par an, contre 140 000 aujourd’hui, soit 100 fois moins que Notre-Dame.