Des agriculteurs, pour lesquels l’élevage de bétail constitue une source majeure de revenus, dénoncent la baisse des prix des bovins, ovins et caprins pour l’Aïd Al Adha, en raison de l’impact de la pandémie du coronavirus et du déficit pluviométrique.

Tout comme d’autres secteurs économiues au Maroc, les kessabas (éleveurs) n’ont pas été épargnés par la pandémie du nouveau coronavirus. Ils disent être aujourd’hui pris entre deux feux : D’un côté, la crise sanitaire ainsi que la hausse des prix des aliments du bétail à cause de la sécheresse ; de l’autre, une baisse des prix des ovins, caprins et bovins à quelques jours de la fête du sacrifice.

«Les préparatifs de l’Aïd Al Adha ont commencé avant le Ramadan mais cette épidémie a provoqué une baisse significative des ventes de moutons», confie à Yabiladi Mohamed Bouissa, membre de l’Association nationale des éleveurs de moutons et de chèvres (ANEMC).

Confinement, fermeture des marchés et sécheresse

Il ajoute que «la fermeture des marchés hebdomadaires a accru la souffrance des éleveurs, car ils se sont retrouvés contraint de garder leur troupeau, ce qui a alourdi le fardeau des dépenses et besoin d’aliments pour le bétail».

«Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une offre qui dépasse largement la demande, ce qui signifie que les prix vont continuer à baisser. Je ne peux pas fixer un certain pourcentage, mais ce qui est sûr, c’est que les prix cette année seront bien inférieurs à ceux des années passées.»

Mohamed Bouissa

Pour ce membre de l’ANEMC, la bonne nouvelle est que «les préparatifs aujourd’hui vont bon train, afin de préparer les marchés à la vente, de façon à ce que le processus d’achat et de vente puisse se dérouler dans des conditions saines, rassurant le citoyen». «Nous espérons que les choses se passeront bien», conclut-il.

Pour sa part, Rachid, un éleveur de la ville de Taza, appréhende des «pertes» cette année. «Nous espérons que la situation s’améliorera à l’approche de la fête, et nous espérons également que la décision de permettre aux Marocains résidant à l’étranger de regagner le Maroc aura un impact positif sur la reprise des marchés du bétail», déclare-t-il.

Le jeune homme rappelle que «la fermeture des marchés hebdomadaires, l’interdiction des fêtes et des mariages, ainsi que la baisse du pouvoir d’achat du citoyen» restent la principale cause de la baisse des prix constatés ces derniers jours.

Une baisse de 700 dirhams par rapport à l’année dernière

Pour sa part, Al Miloudi, un éleveur de la ville d’El Brouj rappelle que «le processus d’achat et de vente était à l’arrêt pendant les trois mois de confinement». «Il suffit de faire un petit tour des marchés pour découvrir l’étendue de la souffrance des éleveurs. Mais nous remercions Dieu dans tout les cas», lâche-t-il.

«La fermeture des marchés et la sécheresse sont la raison pour laquelle les agriculteurs souffrent et les prix baissent», argue pour sa part Alaa El Assri, un éleveur de Ksar El Kébir.

«Les prix des moutons ont baissé de 500 à 700 dirhams par rapport à ce qu’ils étaient au cours de l’année écoulée. De plus, les marchés connaissent une faible demande en raison de la crise économique.»

Alaa El Assri

Interrogé sur les aliments de bétail subventionnés par l’Etat, et mis en place pour venir en aides aux agriculteurs, ce kessab rappelle que «ces aliments ne couvre pas le besoin». «Dans la région de Ksar El Kébir par exemple, chaque éleveur n’a reçu qu’un quintal d’orge», regrette-t-il.

Chaque année, l’Aïd Al Adha se présente en tant qu’occasion pour améliorer les revenus financiers des plusieurs milliers d’agriculteurs au Maroc, pour qui l’élevage de bétails constitue une source majeure de revenus. Selon le ministère de l’agriculture, le nombre moyen de transactions commerciales à l’occasion de l’Aïd Al Adha dépasse 12 milliards de dirhams, dont la plupart sont transférés vers les zones rurales. Cela permet ainsi aux agriculteurs de couvrir les dépenses liées à leurs activités et préparer la prochaine saison agricole.

Il est à rappeler que le directeur du contrôle des produits alimentaires à l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), Abdelghani Azzi a confirmé, il y a quelques jours, qu’avec l’approche de la fête du sacrifice, le nombre de moutons et de chèvres préparés devrait atteindre 8 millions, sachant que la demande ne dépasse pas 4 millions et demi de têtes.