À la veille d’une grande journée de manifestation, le premier ministre promet la formation d’un gouvernement d’experts. Il assure avoir «entendu le message de la jeunesse».

Pour le quatrième vendredi de suite, les Algériens s’apprêtent à descendre dans la rue. Les manifestations des trois vendredis précédents, les 22 février, 1er et 8 mars, avaient conduit à un résultat spectaculaire: le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 20 ans, avait, devant l’ampleur de la contestation, renoncé à briguer un cinquième mandat.

Dans la foulée, l’élection présidentielle du 18 avril était annulée et le premier ministre, Ahmed Ouyahia, était sacrifié dans l’espoir de clamer la rue, remplacé par son ministre de l’Intérieur, Noureddine Bedoui. À ce dernier a été adjoint un vice-premier ministre, Ramtane Lamamra. Les deux hommes n’ont toujours pas annoncé la composition de leur nouveau gouvernement. Tout juste ont-ils précisé ce matin, lors d’une conférence de presse, qu’il serait à la fois formé d’experts, ainsi que de jeunes et de femmes, façon de contenter les manifestants, qui, outre la question de la candidature de Bouteflika, réclament une modernisation de la vie politique. «Nous avons entendu le message de la jeunesse, leurs revendications seront la ligne directrice du gouvernement», ont-ils assuré.

Les étudiants toujours mobilisés

Noureddine Bedoui et Ramtane Lamamra ont balayé la question de l’illégalité du report de l’élection, justifiée par «la volonté du peuple», selon eux: «Il n’y a rien au-dessus de la volonté du peuple». Aucun calendrier précis n’a été avancé pour la suite, mais le nouveau gouvernement ne restera que «peu de temps» aux affaires, ont-ils promis. Pas plus d’une année, selon Bedoui. La Conférence nationale, chargée de réformer le pays et de rédiger une nouvelle Constitution, débutera immédiatement après la formation du nouveau gouvernement. «Il faut sortir de cette crise de manière calme et en veillant à la stabilité du pays», espère Noureddine Bedoui.

Pas certain que les étudiant l’aient entendu. Ces derniers sont descendus dans la rue mardi et mercredi, malgré l’annonce présidentielle, continuant à protester contre le pouvoir. Les vacances universitaires, initialement prévues le 21 mars, ont été avancées d’une dizaine de jours afin de tenter de calmer la révolte. Sans résultat. Sur les réseaux sociaux, les annonces du premier ministre Bedoui semblaient ne pas avoir satisfait non plus les protestataires. Il faudra toutefois attendre vendredi pour voir leur portée réelle sur les manifestations.