Les parents de Mauranne Harel et Laura Paumier ont déposé un recours administratif afin de faire reconnaître la responsabilité de l’État dans la mort de leurs filles le 1er octobre 2017. L’assaillant, Ahmed Hanachi, aurait dû se trouver en centre de rétention ce jour-là.

«Ils ont soif de justice», confie au Figaro maître Cabrera. Elle représente, avec sa consœur maître Dubreuil, la défense des familles Harel et Paumier. Le 1er octobre 2017, Mauranne Harel, 21 ans, et Laura Paumier, 20 ans, ont été tuées lors d’une attaque au couteau sur le parvis de la gare Saint-Charles à Marseille, revendiquée par Daech. Le suspect était en situation irrégulière mais circulait librement dans la Cité phocéenne. Une situation absurde traduisant une faute commise par l’État, selon les proches des victimes qui ont décidé de l’attaquer en justice.

Car lorsqu’Ahmed Hanachi passe à l’action en ce début d’après-midi d’octobre et assassine les deux étudiantes, ce Tunisien de 29 ans est loin d’être un inconnu pour les autorités. Il a été arrêté sept fois entre 2005 et 2017 tout en déclinant, à chaque fois, une identité différente. Si son nom n’est pas enregistré dans les fichiers des services antiterroristes, il a, en revanche, été interpellé quelques jours avant l’attaque à Lyon pour un vol à l’étalage. Placé en garde à vue, Ahmed Hanachi a finalement été remis en liberté. En situation irrégulière, il aurait dû être placé en centre de rétention administrative, avant sa probable expulsion du territoire.

À la suite de l’attaque, une enquête administrative de l’Inspection générale de l’administration (IGA) a mis en lumière «des dysfonctionnements graves du dispositif d’éloignement» des étrangers en situation irrégulière. L’agent à la permanence préfectorale n’aurait pas contacté le centre de rétention administrative (CRA) de Lyon Saint-Exupéry pour savoir si une place s’était libérée afin d’y placer Ahmed Hanachi. Aucune mesure d’éloignement n’aurait donc été prise.

Un an après le drame, les familles «très soudées», selon l’avocate Cabrera, ont envoyé conjointement un recours pour «faute» à l’encontre de l’État devant le tribunal administratif de Lyon. Officiellement déposé le 28 septembre dernier, il fait suite à une première tentative de recours préalable en indemnisation faite en mars. Elle devait amorcer une conciliation entre les parents des victimes et les représentants de la préfecture. Mais «il n’y a pas eu de retour positif», regrette la représentante du père de Mauranne. «Les premiers mois ont été le temps du deuil. Maintenant, les parents exigent de voir reconnaître la responsabilité de l’État. Ça va être long, mais ils sont prêts à subir le temps de la justice», a fait savoir leur conseil.

«Nous avons l’impression que l’État cherche à minimiser sa responsabilité en ne parlant que de dysfonctionnements graves du dispositif d’éloignement. Pour nous, il s’agit d’une faute avérée», ont-ils également affirmé devant les caméras de M6.

560 radicalisés dans les Bouches-du-Rhône

Côté pénal, l’enquête de la section antiterroriste du parquet de Paris pour «assassinats en relation avec une entreprise terroriste» est toujours en cours. À l’époque du drame, le préfet en poste, Henri-Michel Comet, avait dû quitter ses fonctions.

Son successeur, Olivier de Mazières, a déclaré à France Bleu lundi que «toutes les personnes radicalisées et violentes sont sous surveillance» dans les Bouches-du-Rhône. Le préfet en comptabilise près de 560. Par conséquent, «la menace est toujours au maximum.»