Sur les deux enquêtes ouvertes après l’attentat de Nice, le 14 juillet 2016, c’est peut-être la plus sensible et la plus délicate. En l’absence du terroriste islamiste tué ce jour-là, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, «autoradicalisé» et ayant prémédité son acte, l’enquête sur l’attentat s’oriente vers le jugement d’un petit nombre de complices présumés. Il appartiendra à la cour d’assises spéciales d’évaluer quelle était leur connaissance des projets d’un terroriste dont ils étaient proches et si certains préparaient d’autres attaques. La seconde enquête, bien plus polémique, porte, elle, sur les mesures de sécurité le soir de l’attentat.

l’État sur les dispositifs de sécurité. En avril 2017, une instruction pour «mise en danger d’autrui par violation d’une obligation de sécurité» était ouverte à Nice après le dépôt d’une plainte avec constitution de partie civile par Me Yassine Bouzrou, avocat de la famille de Yannis, mort à 4 ans. Les deux juges d’instruction niçois en charge du dossier, Alain Chemama et Chantal Russo, considèrent désormais les faits sous l’angle d’«homicide et blessures involontaires». La plainte réunit quelque 150 parties civiles.

Les juges ont d’ores et déjà entendu plusieurs responsables sous le statut de témoin assisté. Intermédiaire entre celui de simple témoin et celui de mis en examen, ce statut permet à la personne concernée de savoir ce qui pourrait lui être éventuellement reproché si les juges estimaient finalement que des indices graves ou concordants justifiaient sa mise en examen. Ont été ainsi entendus, du côté de l’État, l’ancien préfet des Alpes-Maritimes Adolphe Colrat et son directeur de cabinet à l’époque, François-Xavier Lauch ; et, du côté de la Mairie, l’actuel maire, Christian Estrosi, à l’époque premier adjoint, et le maire en 2016, Philippe Pradal.

Les questions que se posent les enquêteurs et les magistrats s’adressent en effet autant à l’État, et donc à la préfecture, qu’à la Mairie de Nice. Pose ainsi problème l’absence de plots protégeant la promenade des Anglais, ce soir-là. Sans même parler d’un barrage en bonne et due forme. Même interrogation quant à la décision de renoncer, quelques jours avant la fête, à la mise en place d’un dispositif de sécurité «fermé» avec filtrage du public et mise en place de barrières. La vidéosurveillance, très développée à Nice à l’initiative de la Mairie, a été également au cœur de la polémique. Dans les jours précédant l’attentat, Mohamed Lahouaiej Bouhlel a circulé à plusieurs reprises sur la «Prom», s’arrêtant, empiétant sur les trottoirs, feux de détresse allumés, sans jamais être repéré.

Un rapport de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) avait conclu en 2016 que le dispositif policier n’était pas «sous-dimensionné» et qu’il avait été bâti «sur la base d’une appréciation globale de la menace terroriste privilégiant l’hypothèse d’agresseurs piétons et armés s’en prenant à la foule». Ce qui reconnaissait implicitement que l’hypothèse d’un véhicule fonçant dans la foule avait été écartée. L’IGPN notait d’ailleurs: «Quant à un possible forcement du dispositif par un véhicule bélier, ni la nature de l’événement, ni la configuration des lieux, ni des alertes d’aucune sorte n’ont conduit la préfecture, la direction départementale de la sécurité publique et la Mairie à travailler sur cette hypothèse.»