Le sort exact du président Kaboré alimente depuis plusieurs jours toutes les incertitudes, alors qu’on ignorait sa localisation exacte, et s’il était prisonnier des mutins ou s’il restait sous protection de soldats loyalistes. Il est « toujours aux mains de l’armée », détenu « dans une villa présidentielle en résidence surveillée », a déclaré mercredi 26 janvier à l’Agence France-Presse une source haut placée au sein de son parti, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP). Elle a donné des nouvelles rassurantes : selon elle, M. Kaboré « va bien physiquement » et a « un médecin à sa disposition ».

Des propos qui confirment des déclarations du président français Emmanuel Macron, qui avait dit la veille avoir eu confirmation « qu’il était en bonne santé et qu’il n’était pas menacé ».

Incertitudes sur les premières heures

Peu avant l’annonce du putsch, le MPP avait dénoncé « une tentative avortée d’assassinat » du président burkinabè. Selon la source au MPP, M. Kaboré « n’a pas été arrêté aux premières heures » de la révolte des soldats. Dans un premier temps, alors que « sa résidence privée » était « quadrillée par les mutins », sa « garde rapprochée » l’avait exfiltré « à bord d’un véhicule banalisé pour le mettre en lieu sûr ».

« C’est plus tard, et sous la pression des mutins, que ses gardes ? notamment des gendarmes ? ont dû le laisser » entre les mains des putschistes « et se rallier à eux dans la foulée », a-t-elle dit, en soulignant que la gendarmerie ne pouvait que se rallier, car toute l’armée était consentante pour démettre le président de ses fonctions.

Une junte soutenue par la rue

Mardi matin, des centaines de manifestants étaient descendus sur la place de la Nation, au c?ur de Ouagadougou, pour soutenir les putschistes. Roch Marc Christian Kaboré a été renversé par des militaires avec à leur tête un lieutenant-colonel, Paul-Henri Sandaogo Damiba, président d’une junte appelée Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR). La junte a pris la tête d’un pays miné par la violence djihadiste depuis 2015 qui s’est intensifiée ces derniers mois, après deux jours de mutineries dans plusieurs casernes. Le MPSR avait annoncé la dissolution ou suspension des institutions de la République, ainsi que la fermeture des frontières aériennes et terrestres.

Les frontières aériennes ont cependant été rouvertes dès mardi, de même que les frontières terrestres pour certains produits, ce qui semble indiquer que la junte ne craint pas un « contrecoup » et maîtrise les différents corps d’armée. De source militaire, on indique que le lieutenant-colonel Damiba, un spécialiste de la lutte antidjihadiste, devait rencontrer mercredi la hiérarchie de l’armée, ainsi que les secrétaires généraux pour évoquer l’expédition des affaires courantes dans l’attente d’un nouveau gouvernement.

Condamnation presque unanime

Le coup d’État au Burkina, qui survient après ceux du Mali et de Guinée, a été fermement condamné par la communauté internationale qui exige « la libération immédiate » du président renversé. Mercredi, Josep Borrell, chargé de la politique extérieure de l’Union européenne, a averti que « si l’ordre constitutionnel n’est pas rétabli », cela aurait « des conséquences immédiates sur notre partenariat avec le pays ». Les condamnations viennent de la quasi-totalité des pays occidentaux, des voisins ouest-africains du Burkina Faso qui doivent se réunir en « sommet extraordinaire » vendredi, de l’Union africaine et de l’ONU. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a jugé que « les coups d’État militaires étaient inacceptables ».

La seule voix discordante est venue de Moscou où l’homme d’affaires Evguéni Prigojine, réputé proche de Vladimir Poutine et soupçonné d’être lié à l’opaque groupe paramilitaire Wagner présent dans plusieurs pays africains, a salué le putsch comme le signe d’une « nouvelle ère de décolonisation » en Afrique.

Au Burkina, le principal parti d’opposition, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), proche de l’ancien président Blaise Compaoré chassé par la rue en 2014, n’avait pas encore réagi mercredi. Seuls quelques petits partis ont condamné le coup d’État, hormis celui de Yéli Monique Kam. Unique femme candidate à la présidentielle de 2020 qui avait vu la réélection de Roch Marc Christian Kaboré pour un 2e mandat, elle a apporté son soutien « total » à la junte.