Le jeune Mohamadou Baba Bah, admirateur d’Abubakar Shekau , l’ex leader de la secte terroriste Boko Haram, avait violemment agressé devant les locaux de l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique, le chef de cette institution en poste à Yaoundé à l’époque des faits.

Le rappel des faits est du journal Kalara. Le 18 février 2019, le Tribunal militaire de Yaoundé (TMY) avait jugé et déclaré Mohamadou Baba Bah, commerçant, coupable des faits de tentative d’assassinat et d’apologie d’acte de terrorisme. La juridiction l’avait condamné à 20 ans de prison ferme. Ses compagnons, Mamadou Youssoufa et Bediang A Ngono, avaient été reconnus coupables des faits d’apologie de terrorisme. Ils avaient écopé de 10 ans d’emprisonnement ferme chacun.

Mamadou Yousoufa exerçait la profession de mototaximan à Yaoundé, alors  que Bediang A Ngono est un prédicateur musulman. Incarcérés à la prison centrale de Kondengui, les amis de Mouhamadou Baba Bah ont saisi la Cour d’appel du Centre pour qu’elle réexamine la décision du TMY. Ils estiment avoir été condamnés à de lourdes peines pour des faits non établis.

Jugement contesté

Selon le commissaire du gouvernement (procureur de la République) Mouhamadou Baba Bah avait violemment agressé devant les locaux de l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique, le chef de cette institution en poste à Yaoundé à l’époque des faits. Il s’était attaqué au diplomate américain après avoir reçu des vidéos d’Abubakar Shekau (depuis décédé).

Une secte de Boko Haram dont les membres semaient et sèment encore la terreur dans la région septentrionale du Cameroun et dans les pays voisins du Nigeria et du Tchad. L’accusation explique que dans les vidéos en question, Abubakar Shekau dénonçait la culture occidentale et invitait ses adeptes à tuer tous ceux qui n’appartiennent pas à la religion musulmane.

C’est ainsi Mouhamadou Baba Bah, après avoir visionné les images et assimilé les messages de son leader, avait décidé de passer à l’action en tentant d’éliminer l’ambassadeur des Etats-Unis avec un poignard. Maîtrisé dans son élan meurtrier, il avait été mis aux arrêts puis transféré à la prison centrale de Kondengui.

Au cours d’une enquête ouverte à ce sujet, Mouhamadou Baba Bah avait dénoncé ses deux amis Mamadou Youssoufa et Bediang A Ngono comme étant complice. Les trois personnes avaient alors été renvoyées devant le TMY pour répondre des infractions de tentative d’assassinat et d’apologie d’acte de terrorisme.

Circonstances atténuantes

Le 15 juillet 2021, seuls Mouhamadou et Bediang A Ngono ont répondu à la convocation de la Cour d’appel du Centre. Et à l’absence de son avocat, M. Bediang A Ngono ne s’est pas exprimé. Son coaccusé Mamadou Youssoufa a pris la parole pour présenter sa défense. Il a de nouveau plaidé non coupable avant de contester le jugement du tribunal militaire qu’il qualifie d’injuste.

Il explique que c’est à travers un certain Ibrahim qu’il a fait la connaissance de Mouhamadou Baba Bah. Il dit avoir, un jour, accompagné au domicile de ce dernier, le prédicateur Bediang A Ngono qui y prenait régulièrement ses repas.

Il raconte que ce jour-là, il avait acheté un téléphone portable de seconde main qui contenait de nombreuses vidéos parmi lesquelles celles de Abubakar Shekau. « C’est lorsque j’ai décidé de supprimer tous les éléments qui ne m’intéressaient pas dans cet appareil que je venais d’acquérir que Mouhamadou Baba Bah, qui manipulait mieux que moi, a  transféré dans son téléphone les vidéos de Abubakar Shekau auxquelles je n’attachais aucune importance », a clamé Mamadou Youssoufa.

Il ajoute qu’il n’était pas en compagnie de Mouhamadou Baba Bah lorsqu’il tentait d’assassiner l’ambassadeur des Etats-Unis. Il nie également avoir fait l’apologie du terrorisme.  « En dehors de Mouhamadou Baba Bah, je n’ai remis cette vidéo à personne d’autre. Si je savais que l’affaire allait prendre cette envergure, j’aurais empêché à ce dernier de prendre ces messages. De même, je ne reconnais pas avoir incité les gens à tuer les autres ou avoir organisé une quelconque rébellion contre les autorités », a-t-il confié.

Absence de témoins

Le commissaire du gouvernement déclare pour sa part que : « nul n’est censé ignoré la loi ». Pour lui, les arguments de la défense de Mamadou Youssoufa ne peuvent pas prospérer. Il estime qu’en remettant les messages à Mouhamadou Baba Bah qui est « une personne fanatique », le mis en cause  a participé, d’une manière ou d’une autre, à l’apologie du terrorisme.

Il demande, néanmoins, à la Cour d’accorder des circonstances atténuantes aux accusés à cause de leur bonne  tenue devant la barre mais de rejeter leur requête d’annulation de la décision d’instance. En d’autres termes, le représentant du parquet pense que les juges de la Cour doivent, dans le meilleur des cas, réduire les peines infligées à ces deux personnes.

L’avocate de Mamadou Youssoufa demande à la Cour de prendre une décision sur la base des éléments des débats faits devant la barre. Elle soutient que l’accusation n’a produit aucune pièce et aucun témoin qui accable son client. « C’est Mohamadou Baba Bah qui avait lui-même  transféré les vidéos querellées et il avait entrepris tout seul de tenter d’assassiner le diplomate américain », a noté l’avocate.

Elle soutient que Mamadou Youssoufa est un homme honnête. Il n’a jamais eu l’intention de faire l’apologie du terrorisme. « Je vous demande de déclarer ces personnes non coupables des faits qui leurs sont reprochés. A travers une telle décision vous allez donner du crédit à la justice camerounaise », a-t-elle conclu. La Cour compte rendre son verdict le 19 août 2021, date de la prochaine audience.