Deux journalistes français de l’AFP ont été violemment interpellés puis molestés par la police, samedi, alors qu’ils couvraient une manifestation de l’opposition, interdite par les autorités.

Lors de la dispersion, samedi 15 juin, d’une manifestation de l’opposition, interdite par les autorités, à Bangui, deux journalistes français de l’Agence France-Presse (AFP) ont été brutalement interpellés. Leur matériel leur a également été confisqué.

Charles Bouessel (28 ans) et Florent Vergnes (30 ans), ont déclaré avoir été retenus plus de six heures et auditionnés à trois reprises après avoir été arrêtés et brutalisés par des membres de l’Office centrafricain de la répression du banditisme (OCRB).

Les deux correspondants, pourtant accrédités pour travailler dans ce pays, ont été arrêtés samedi vers 15h.

Coups au visage, matériel fracassé au sol

« L’AFP proteste contre les violences policières injustifiables dont ont été victimes deux de ses collaborateurs samedi à Bangui », a déclaré Boris Bachorz, le directeur AFP pour l’Afrique.

Les journalistes ont d’abord été retenus par l’OCRB puis transférés dans les locaux de la direction des services de police judiciaire (DSPJ) situés à Bangui.

« Avec Florent nous tentons de partir (…). L’OCRB nous voit et semble furieux qu’on ait filmé la scène, ils foncent sur nous », a-t-il ajouté. « L’un d’eux attrape ma caméra et la fracasse par terre. Je mets les mains en l’air mais je me prends une première claque dans la tête. Mon sac à dos (où j’ai mes papiers, passeport, carte bleue, accréditation presse…) est arraché et jeté par terre. Je demande à le prendre, ainsi que les débris de mon appareil mais je reçois seulement des coups ».

« Ceinturé à la gorge »

Charles Bouessel affirme que son confrère et lui ont été libérés à 20h48. À ce moment là, celui-ci n’a plus ni papiers, ni argent, ni téléphone. « Les policiers proposent de nous ramener mais demandent 10 000 frances (15 euros) pour l’essence. »

De son côté, Florent Vergnes a affirmé avoir « été ceinturé à la gorge » et s’être « pris des beignes, des coups de crosse de kalachnikov dans le dos ». « Ils m’ont arraché mon sac, mon appareil photo et mon téléphone » pendant l’arrestation.

« J’ai saigné du nez et j’ai mal au dos et à la mâchoire », a-t-il ajouté, faisant constater ses blessures par un médecin à Bangui, dimanche matin.

Selon les termes du certificat médical, Florent Vergnes présente « un volumineux hématome temporal droit, un hématome sur l’omoplate droite, un hématome sur la base du nez et une douleur sur l’articulation temporo-mandibulaire gauche et un trouble de l’articulé dentaire ».

Pourtant, Florent Vergnes assure qu’au moment de son interpellation, il a bien signalé être dûment accrédité. « Je leur ai dit que j’étais journaliste et que j’étais accrédité » explique-t-il, avant de poursuivre, « ils m’ont dit ‘appelle ton ministre’ »

Flavien Mbata, ministre centrafricain de la Justice, a quant à lui expliqué que les deux journalistes « ont été interpellés par la police, car ils étaient présents sur les lieux d’une manifestation interdite par la police ».

Liberté de la presse

Outrée, l’AFP proteste. « Nous demandons aux autorités centrafricaines des assurances que ces deux journalistes, comme l’ensemble de leurs collègues en Centrafrique, puissent continuer à effectuer leur mission sans avoir à craindre pour leur intégrité physique », a déclaré Boris Bachorz, indiquant qu’une démarche formelle de l’AFP serait effectuée en ce sens dès lundi.

Reporters sans frontières (RSF) a également « condamné l’agression » des deux correspondants. « Ces mauvais traitements ne doivent pas rester impunis », a écrit l’ONG dimanche sur Twitter.

Dans le dernier classement mondial de la liberté de la presse de RSF, la Centrafrique occupe la 145e place sur 180.