Après le renoncement de Bruno Retailleau, le président des sénateurs Les Républicains, Christian Jacob est devenu l’homme à qui est promis la présidence de LR. Le modèle même de… l’anti-chef !

Un parti bonapartiste sans Bonaparte, c’est comme une soupe sans sel ou un baiser sans moustache, ça n’a plus de saveur, quasiment plus de raison d’être. Or, après le renoncement de Bruno Retailleau, le président des sénateurs Les Républicains, l’homme à qui est promise la présidence de LR est le modèle même de… l’anti-chef! Christian Jacob, actuel patron du groupe des Républicains à l’Assemblée nationale, a en effet toutes les qualités…d’un excellent anesthésiant. Il est d’ailleurs salué à l’avance comme « un rassembleur » capable d’apaiser les tensions. Mais pas question de l’élever sur le pavois gaulois du futur présidentiable. Ce très sympathique personnage n’est là que pour sauver ce qui peut encore l’être.

La carrière même de Christian Jacob est à sa façon exemplaire. À la différence de nombre des gastéropodes politiques, en avançant il n’a laissé derrière lui aucune trace brillante d’ambition. Pas même de sillon sanglant ni de tâche qui puisse gâcher son sourire bonhomme. Cet ancien syndicaliste agricole a su progresser sans trop déranger. S’il avait des adversaires, ceux-ci diraient même qu’il n’a laissé aucun souvenir marquant dans sa carrière pourtant déjà longue.

Maîtrise de passe-muraille

Qui se souvient qu’il a commencé, après le syndicalisme agricole, comme  député européen ? Et qu’il fut ensuite promu secrétaire d’État, puis ministre plusieurs fois (Famille, PME, Fonction publique)? Il faut quand même un talent certain pour ne pas déranger à ce point. C’est aussi grâce à cette maîtrise de passe-muraille et à ses excellentes dispositions humaines que le turbulent Jean-François Copé le choisira pour lui succéder à la tête du groupe parlementaire UMP. Bon choix : Jacob ne se distinguera pas par son autoritarisme ni par des innovations « bouleversifiantes », tout en se montrant un opposant résolu, parfois sommaire, à la gauche puis au macronisme. Ses discours ne s’envoleront jamais vers les cimes. Mais il fera le boulot.

Jacob se montrera toujours fidèle à ses engagements amicaux. Chiraquien d’un jour, chiraquien toujours, mais suffisamment habile pour plus tard devenir le président du comité de soutien à Nicolas Sarkozy lors des dernières primaires de la droite, avant de devenir le co-coordinateur de la campagne de François Fillon qui sombra moralement comme on le sait. Sans qu’on se rappelle que Christian Jacob ait quelque part que ce soit à ce naufrage. Ce qui est fort tout de même…

Le provincial de Provins

En annonçant son retrait de la course, Bruno Retailleau souligne, comme le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti, comme le député européen Geoffroy Didier, comme tous, « les qualités humaines de Christian Jacob, sa franchise, sa loyauté, son sens de l’engagement », qui permettraient d’éviter « une nouvelle guerre des chefs ». Comme s’il y en avait plusieurs en lice. Une guerre des tout petits chefs, des chefaillons, peut-être !

Mais Retailleau n’oublie pas d’ajouter: « Il faut tout changer, du sol au plafond, ou on se réinvente ou on meurt ». Moyennant quoi, il se désiste… Étrange logique, puisque le sénateur conservateur est l’un de ceux qui ambitionnent « une refondation totale », quasi une révolution qui n’est pas le genre de Jacob, le provincial de Provins. Un laboureur qui a toujours creusé son sillon droit, droite plus exactement, tranquillou, se permettant cependant quelques escapades chasseresses, notamment avec son compère et autre excellent fusil François Baroin. Pour l’offensive généralisée, il faudra repasser. Le président de LR par intérim Jean Leonetti, ce médecin spécialiste de la fin de vie, pourra administrer avec le Jacob un parfait sédatif.